19 juin 2012

Chamboulitude

Je me suis lancé dans ce blog avec l'idée de m'y répandre en longueur sur un rythme soutenu. J'ai tenu le pari deux mois durant. Depuis le début de ce mois, je travaille à l'extérieur, assez loin de chez moi qui pis est, si bien que je me trouve dans l'incapacité d'écrire ici quand et comme je voudrais. Vous me direz qu'on n'a pas inventé les week-ends pour le repos des braves et c'est vrai — sauf que, vivant seul, je n'ai pas trop de ces deux jours pour m'adonner aux joies hebdomadaires du ménage et autres activités vitales, telles les emplettes à la ville voisine (j'habite un patelin) ou la ballade à pieds d'homme à travers bois et champs (j'ai besoin de marcher). Me voilà donc obligé de revoir ma stratégie et de songer à des articles nettement plus courts. Or, je ne suis pas l'homme des brèves. J'aime l'écriture vagabonde et pensive. Je n'aime même que cela. Il faudra bien pourtant adapter le format et la fréquence de publication au temps raréfié dont je dispose. J'y réfléchis.

Je travaille au sein d'une véritable fourmilière dont je suis au surplus, avec une collègue, le centre nerveux. Ma liste des tâches comporte trois feuillets au format A4. La maison compte une vingtaine d'employés dont chacun porte un prénom, un nom, un visage particuliers, et une fonction plus ou moins précise, vers qui je dois dispatcher les appels, puisque le standard téléphonique fait partie de mes compétences. Le premier jour, j'étais complètement étourdi par la masse de choses et de noms à retenir. Je n'avais rien à apprendre de ma collègue qui débutait en même temps que moi et se trouvait par moments aussi désemparée que moi. Le bâtiment, qui pis est, est un véritable labyrinthe où diverses activités sont menées. Le centre regroupe plusieurs associations du type Loi de 1901 (organisation d'événements, service traiteur, atelier graphique, formations professionnelles — cuisine et informatique —, marché hebdomadaire des produits du terroir, etc). Qui est qui et qui fait quoi, où ? ont été mes principales pensées les premiers jours. 

Habitué que je suis depuis des lunes à travailler chez moi et seul, aux horaires qui conviennent le mieux à mon tempérament solitaire (le soir et la nuit), c'est déroutant de se retrouver à être embrassé soudain et serré de la pince chaque matin par une ribambelle de gens plus ou moins heureux. Je me faisais ce matin encore la réflexion que la plupart des gens passent ainsi normalement une large partie de leur vie à côtoyer chaque jour des inconnus qui le resteront même après vingt ans. Ce sont des êtres sociaux, ils aiment le contact, mais dans les limites strictement professionnelles. Sinon, rien à cirer de Bernard qui..., de Solange qui..., etc. Les femmes, à cause des gosses et de la curiosité féminine, s'intéressent plus aux autres sous l'aspect intime. Moi, je ne dis rien, ou le moins possible. Ma collègue parle beaucoup et je sais d'elle des détails qui ne regardent pas un étranger. Je ne lui ai rien demandé pourtant. Mais elle parle. C'est une femme. Je suis un bavard dans mon genre, sauf que je sais me taire. Il y a parfois durant les pauses des discussions politiques, mais je me tiens à l'écart. Comme partout ailleurs, le milieu associatif est un repaire de gauchistes « avisés » et d'écolos pâlots. Ce n'est pas mon milieu. Je ne vais pas travailler pour entendre parler de politique, et moins encore pour y répandre mes idées notoirement nauséabondes. 

Travail pour moi purement alimentaire. Je fais ce qu'on me demande de faire, et je le fais au mieux, avec soin (si mon travail consistait à sculpter des tours de Pise dans des étrons, je m'en acquitterais avec le même soin, c'est une question d'honneur). Me voici donc, cinq jours par semaine, contraint de me lever dès potron-minet (à cinq heures et demie) pour prendre à sept heures le bus qui me conduira en à peu près quarante minutes à une bonne trentaine de kilomètres de chez moi. Au sortir du bus, il me reste à parcourir à pied un bout de chemin (ça me prend un quart d'heure ou vingt minutes selon la météo). Arrivé sur les lieux de mon travail, je dispose encore de suffisamment de temps pour fumer une dernière cigarette (la prochaine, ce sera pour la pause de dix heures, tout en grignotant des raisins secs ou un biscuit). En fin de journée, même chose. Rentré, je m'accorde une heure d'Internet avant de préparer mon repas du soir et ma collation de midi du lendemain. Repas, vaisselle. Jusqu'à l'heure de me mettre au lit, je prends des notes. Je me couche vers dix heures et je lis une demi-heure, une heure. Par sécurité, je mets à sonner mon portable et un réveil classique avec cinq minutes de décalage. Après trois jours, je pouvais m'en passer. Je m'éveille désormais quelques minutes avant la sonnerie et j'en profite pour m'étirer longuement et chanter quelque peu, pendant que le café passe. En moins d'une semaine, moi qui vivais anarchiquement depuis 1740, me voilà dans le train-train avec mon petit billet dûment composté. Je commence à ressembler à tout le monde et à n'importe qui. Cela ne m'inquiète pas encore. Toutes ces nouveautés m'amusent. Ce boulot, dont j'avais besoin, pour lequel j'ai postulé et que j'ai obtenu à ma grande et confuse surprise, devrait me permettre de vivre plus à l'aise et de financer deux ou trois projets de vie que j'ai — à commencer par l'achat d'un véhicule. 

Naturellement, je ne vais pas vous bassiner avec mes faits et gestes d'un quotidien pas exceptionnel du tout, s'il l'est pour moi et cessera de l'être quand j'aurai acquis routine et cheveux gris, soit demain. En attendant de trouver la formule magique pour un blog digne de ce nom (publications régulières et de qualité), je compte publier dès que possible les deux ou trois longues notes commencées que j'ai en réserve.

5 commentaires:

  1. Vous chantez à cinq heures et demie du matin ? Hé bé ! Bien content de ne pas être votre voisin immédiat…

    Sinon, bon courage !

    (Et trouvez rapidement un prétexte pour refuser les “bises” et les poignées de main du matin : rien de plus pénible que ce contact des chairs mal réveillées…)

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  2. Enfin, je chante... Je croasse un peu, je fais la balance du son, je pousse deux ou trois refrains qui certainement provoquent du côté de Sète des retournements sous la terre et dans sa tombe, d'un chanteur moustachu à guitare, pas tellement réputé pour être un gueulard. Je me mets de bonne humeur ainsi.

    Les poignées de main, ça passe. Les bisous, y en a trop, surtout que présent sur place avant tout le monde, je suis assailli par les arrivants. Même les stagiaires et les personnes en formation s'y mettent, les hommes comme les femmes. J'ai déjà donné du "Soyons virils !" à un jeune homme enthousiaste et depuis, il me tend une main encore bien hésitante. Je songe à me frotter de lard et d'ail les joues, à me couvrir de pustules au bord de l'explosion. Nous garderons le flingue pour les récalcitrants récidivistes !

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  3. A quand le tacot du triptyque tacot-boulot-dodo ?
    Ca va vous changer la vie... et vous poser à l'accueil. Suggestion ?
    The BBB.
    :)

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    1. Ah ouais, pas moins... Mais est-ce que le remplissage du seul réservoir ne coûte pas la moitié du prix de ce véhicule présidentiel ? Pour ne rien dire de la consommation estimée à 15 ou 16 litres au 100...

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    2. Pas plus que la Mercedes du patron... :)

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