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16 nov. 2014

Vladimir et les cochons

Naturellement, nous n'y étions pas, à Brisbane. On y a vu cependant une étrange manifestation de diplomatie envers un homme qui est en soi une concentration de péchés : Vladimir Poutine. Cet homme, qui n'était pas venu pour dérouler ses biceps, a pu constater à quel point la grossièreté et l'arrogance occidentales étalaient ses charmes, comme putains de bas-quartier. Les rappeurs anglo-saxons s'en sont donné à cœur joie, à l'unisson, telle une chorale de vieilles maquerelles liftées. Le Français, dans sa danse de l'entre-deux façon normande (un coup je veux, un coup je veux pas), s'est une fois de plus illustré par un manque de savoir-vivre qu'on pensait encore voici peu réservé à la racaille internationale. On se voile les yeux, on n'a rien vu : la honte nous submerge. L'ours n'a pas grogné, malgré les chiens clabaudant à ses mollets. Il est rentré chez lui avant des agapes qu'il pressentait comme une longue et dégoulinante bâfrerie avec rots et pets en guise de buccins. Nous ne savons pas ce qui se passe dans sa tête. Nous l'admirons pour sa parfaite maîtrise, son refus de la surenchère braillarde. Nous devinons que sans jouer il vient encore d'avancer un pion majeur. Nous ne sommes pas le seul à le penser.

16 juil. 2014

Und nun ist Krieg, großer Krieg

Était-ce une gelée de coing ? Un instant, je l'ai cru. C'était François Hollande. Il s'exprimait depuis l'Élysée. Flanquaient l'andouille, déguisés en journalistes, deux éboueurs municipaux, Bouleau et Pujadas, qui m'ont paru dubitatifs à maints endroits, voire ironiques par moments, dans leur attitude du moins.

Quand je vois François Hollande, lorsque je l'écoute, je n'arrive pas à croire que c'est là le président de la République. À chaque fois je me dis que c'est un gag et que va surgir des coulisses le régisseur plié en deux, accompagné du scénariste et d'une maquilleuse. Je dois me pincer pour y croire, et que cela fait deux ans qu'il usurpe la fonction, et qu'il en reste trois pour se débarrasser de l'âne, le renvoyer à son carré de trèfles.

Le bonhomme a autant de charisme qu'un trépied pour traire les vaches. Tout sonne faux chez lui, à commencer par la clarine. Tendu, pas à l'aise, la voix mal assurée. Il est sur la défensive en permanence, l'air d'attendre qu'on le gourmande, le traite d'imposteur, de manant, de turlupin, qu'une gifle méritée le jette à bas de son siège. C'est un peureux et cela se sent. Il essaie par moments d'affermir sa présence, d'avoir l'air consistant, alors il hausse un peu la voix, sans y croire et cela s'entend. Il se précipite et avale ses mots, tel un jeune premier boutonneux qui aurait à faire à la belle actrice une déclaration d'amour et chercherait à se débarrasser de son texte en le balançant à la va-vite, trop conscient de son physique ingrat, de sa faible crédibilité, de son ridicule absolu. On a pitié de lui parfois. On aimerait qu'il se détende un peu, esquisse une grimace qu'on appellerait sourire, par compassion. Or, rien. Un véritable flan. Au navet. À la verveine.

Que nous chante cet artiste ? La même et moite antienne que toujours : la reprise, elle est là ; la crise, elle est derrière nous. Lui-même n'en croit rien. Il nous répète que la crise est derrière nous comme si la chose, en plus d'être avérée, d'avoir été constatée par les meilleurs huissiers du pays, avait un caractère définitif. La crise elle est derrière nous et puis voilà, c'est fait. Plus besoin de revenir là-dessus, c'est bouclé, on verse le dossier aux archives et vogue la galère. Et comme la crise est derrière nous, ben, la reprise elle est là. C'est mathématique, voyez-vous. Pujadas fit observer à l'optimiste qu'il était un peu prématuré de parler de reprise, vu que la croissance pour le dernier trimestre était de zéro. À l'arrêt, ça ne roule pas. Pas besoin de posséder un permis de conduire pour faire ce constat. Qu'à cela ne tienne ! Puisque la crise est derrière nous, et même si la reprise toussote, ça va aller, soyez un peu patient, que diable !

S'il ne ment pas, Hollande prend ses rêves pour des réalités. Naturellement, il aimerait croire en ses propres et lénifiantes paroles. Il ne peut pas dire la vérité aux Français, pas plus qu'il ne peut se mettre à poil devant eux. Le cadavre d'un noyé gît sur la berge ; Hollande se penche et lui souffle à l'oreille que la noyade est derrière lui et que la vie est là. On emporte le noyé. « Encore un de sauvé ! » murmure le fou présidentiel.

La crise n'est pas derrière nous. Nous sommes en plein dedans. La croissance stagne et ne cesse de stagner. Ce qu'ils ne veulent — ou plutôt ne peuvent — pas admettre, nos gouvernants en chocolat au lait, c'est que la crise n'est pas, définitivement, conjoncturelle, mais structurelle. Tant que l'on ne changera pas les règles du jeu monétaire et financier, il n'y aura ni reprise, ni croissance, ni parasol déployé sur la plage, ni baigneuse étendue sous le grand soleil de l'optimisme économique. Et ces règles qu'il faudrait changer, ce n'est pas un minusculissime président français tout couinant qui pourra rien y faire. Ce cocotier-là ne peut pas être secoué par un nain.

Que se passe-t-il dans les faits ? Nos dirigeants veulent croire ou feignent de croire que tout ne va pas si mal, puisque l'indicateur boursier est au beau fixe. Parlons-en, tiens, de la Bourse. On ne le sait que trop, sans le répéter assez souvent, la Bourse et l'économie réelle sont déconnectées. Vous suivez les cours de la Bourse, vous voyez que l'indice monte, et vous voilà rassuré. Tout va bien, la marquise est jolie. Or, s'il est vrai que la Bourse se porte bien, que la tendance haussière se poursuit, on observe depuis pas mal de temps un faible volume d'échanges. Certains spécialistes parlent même d'un volume d'échanges si faible qu'il en est inquiétant. Un si faible volume d'échanges sur une aussi longue période ne peut pas aller de pair avec une hausse constante des valeurs sans qu'il y ait là-dessous du bidonnage.

Constate-t-on quelque-part sous nos latitudes que l'économie se porte bien ? Les entreprises ferment les unes après les autres, le chômage croît, les gens consomment au ralenti, tout le monde se met à craindre jusqu'au soleil. Seul M. Hollande affiche un optimisme « déodatien » (allusion au facteur Déodat, éternel optimiste, figure sympathique de La jument verte, de Marcel Aymé). Il est ou bien fou, ou bien aveugle, ou bien complice du tant décrié système.

Il se trame des choses qu'on nous cache. La vérité, c'est que rien n'a changé depuis la crise de 2007 et que la finance folle poursuit ses exactions. Plus que jamais, nous sommes sous la menace d'un krach. On nous le promet sanglant à souhait. Il ne sera plus possible cette fois de sauver les banques, parce qu'il y aura trop de banques, trop de grosses banques, à sauver. Nous n'avons plus les moyens de sauver les banques. Elles s'écrouleront les unes après les autres, selon le principe des dominos, et engendreront les dix plaies d'Égypte, augmentées de quelques épouvantes.

L'argent des transactions financières en Bourse est le faux or issu des planches à billets américaines. C'est du vent d'orge, de la poussière de blé. Les valeurs grâce auxquelles prospèrent ceux qui manipulent ce dollar de Monopoly ne sont pas issues de l'économie réelle, mais de l'imagination féconde et diabolique des financiers rapaces. Elles représentent des actifs douteux, des produits dérivés, tout ce qu'on voudra dans le genre toxique, sauf quoi que ce soit de tangible, de palpable. Ces valeurs n'ont pas plus de consistance qu'un fantôme de président français caché sous la crinoline de sa favorite du moment. Quand ceux qui possèdent fictivement ces valeurs fiduciaires réclameront ce qu'elles sont censées représenter, les émetteurs leur remettront du vent, rien d'autre. Je ne sais pas vous, mais moi, si j'avais investi des mille et des cents dans ce type de valeurs (garanties en principe et reposant sur la confiance), et qu'au moment où je prétends toucher les dividendes de mon investissement, la voix caverneuse de mon banquier résonne comme quoi, ben, je peux danser, et que j'apprends en même temps que mon capital, que je voudrais sinon récupérer, a disparu dans les poches trouées des banksters et autres spéculateurs marrons, je vois rouge et je pète un câble, quoi. Car le problème est là : vous confiez vos économies à un banquier de bonne fame, et lui, afin de maximiser son profit via de juteuses commissions, il l'investit, sans vous en informer, dans des actifs à très hauts risques, du genre de ceux décriés ci-dessus, qui ne valent pas plus qu'un clou rouillé de cercueil. Et c'est pourquoi, si vous avez des économies en banque, qu'elles reposent sur un compte dormant ou travaillent en Bourse à votre insu, il vous est conseillé fortement de les récupérer au plus vite, car votre banquier s'amuse avec. Vous regardez votre compte et voyez 10 000. Vous respirez : mon argent est à l'abri. Eh bien non, c'est de l'écriture. Ce que vous voyez est un nombre écrit. Ce qu'il représente n'est pas forcément disponible. Essayez donc un peu, là, soudain, de retirer de votre compte une somme importante, oh, beaucoup plus importante que ça. Ah ben, vous ne pouvez pas. C'est votre argent, et cependant vous n'en disposez pas à votre gré. Vos capacités de retrait sont limitées à un certain montant (qui diminue de mois en mois) et vous ne pouvez plus jongler avec le liquide comme avant. Pourquoi donc ? Parce que cet argent-là, le vôtre pourtant, n'est pas à l'abri dans un coffre bien fermé comme vous l'imaginez, il circule, sert à d'autres. Si les mille clients d'une banque donnée exigeaient soudain de récupérer l'argent qu'ils y ont déposé et dont les montants figurent noir sur blanc sur leurs extraits, eh bien la banque ne pourrait pas faire face, elle ferait faillite, faute de pouvoir rendre à chacun son dû. Dès lors que vous déposez trois sous en banque, ils disparaissent. N'ayez crainte, si vous en avez besoin demain, vous pourrez les retirer. On vous les rendra depuis le compte d'un tiers qui, lui, n'a pas besoin de ses liards. C'est ainsi que ça fonctionne, et ça fonctionne fort bien en temps normal. Les problèmes ne surgissent pas quand M. Durant veut retirer de quoi acheter une babiole à Poupoune, sa chérie. Ils surgissent quand tous les clients d'une banque, ou une majeure partie d'entre eux, veulent en même temps récupérer leurs billes — ce qui arrive en cas de crise ou menace de crise, quand la confiance ne règne plus, à tort ou à raison. Et vous savez ou devriez savoir que les états de la zone euro peuvent désormais saisir l'épargne des Européens pour renflouer les banques faillies si besoin. Cela se fera, si cela doit se faire, pendant votre sommeil et en catimini. Non, l'état ne vous enverra pas une lettre préalable : « Cher Citoyen... blabla... au regret de vous annoncer pour... blabla... la saisie totale de votre épargne... et croyez bien que nous regrettons... blabla... » Le hold-up parfait. C'est possible en principe. C'est prévu. Est-ce que cela arrivera pour autant ? Ça semble trop énorme, vraiment. Ça l'est peut-être. Que cette extrémité ait été envisagée, que l'on ait mis en pratique déjà, partiellement (ballon d'essai !), cette entourloupe (à Chypre), a de quoi faire flipper même les moins nantis d'entre nous, que nous ayons mille, cent ou dix sous en banque. Que cette confiance-là puisse être rompue de la sorte, de la manière la plus brutale, est une déclaration de guerre à la population.

Et le dollar ? Quid du dollar, cette valeur sûre ? Valeur sûre, le dollar ? Euh... Le dollar, en plus d'être la monnaie d'un pays, les États-Unis, demeure la principale monnaie d'échange des transactions internationales, et pas uniquement sur les marchés financiers. C'est en dollar qu'on règle les factures du pétrole, par exemple. Un Chinois commerçant avec un Péruvien demandera à être rémunéré en dollars, pour la garantie qu'offre cette espèce : la monnaie d'un grand pays, à la robuste économie. Là encore : euh... C'était vrai, ce ne l'est plus. Que voit-on ? Des pays (la Chine, l'Inde...) détenant des dollars (en quantité faramineuse) se dépêchent de s'en débarrasser pour se rabattre sur l'or ou l'argent, valeurs on ne saurait plus tangibles. Les dollars libérés inondent ainsi le marché. Aux États-Unis, l'économie étant bloquée et l'habitude de vivre à crédit ne cessant pas, on nourrit le Léviathan avec des dollars inventés. On crée de l'argent, voilà. Il ne provient d'aucune activité humaine, ne correspond à aucun travail, ne trahit pas, bien au contraire, une quelconque et réelle opulence. Il apparaît soudain, par un simple jeu d'écriture comptable. C'est ce qu'on appelle la planche à billets. C'est une émission de dettes, rien de plus. Si vous achetez de cette dette, c'est que vous avez confiance en l'émetteur (le Trésor américain, en l'occurrence). Jadis, cette création monétaire pure était adossée à des biens de valeur reconnue, comme les métaux précieux. Ce n'est plus le cas. En jardinant, vous trouvez de l'or. Je suis banquier. Vous me confiez votre or et en échange je vous remets un bout de papier où j'ai écrit 10 000. Vous avez entre les mains une valeur scripturale, mais garantie par l'or que vous m'avez confié. Si, demain, pour une raison quelconque, vous voulez récupérer votre or, vous venez me voir et je vous remets votre lingot, en échange du papier où j'ai écrit 10 000 — et je déchire purement et simplement ce dernier, car il ne vaut que pour notre convention. Je suis toujours banquier. Vous venez me trouver, cette fois sans or. Vous avez besoin d'argent, d'une belle somme. Moi, parce que je suis banquier, avec la qualité de mains sales que ma profession suppose, j'ai besoin, pour vivre plus confortablement que je ne vis (je suis déjà très gros, mais je veux jouir davantage de mon obésité), j'ai besoin, dis-je, de votre dette, ou plutôt des intérêts que votre dette me rapporteront. Je vous invente un bout de papier et j'écris dessus 10 000. Il est à vous ! « Woaw ! » dites-vous. En échange, bien sûr, vous me signez un autre bout de papier, où c'est qu'il y a d'écrit que je vous ai prêté autant et que vous vous engagez à me rembourser cette somme avant telle date, par tranches, ponctuellement, augmentée des intérêts, autrement dit de ma rémunération, car c'est un service que je vous rends et il faut bien que je vive, que j'engraisse le cochon. Je caricature à dessein. C'est le principe qu'il faut retenir, et la morale de l'histoire surtout. Vous commencez à me rembourser, jusqu'au jour où... ben, patatras, vous ne pouvez plus : votre patron vous a licencié, vous l'avez jouée façon cigale, etc. Vous venez me trouver, un peu penaud. Vous vous souvenez que j'avais l'air bien gentil et que je dégoulinais de sympathie. À la vente, vous ne trouverez que des camelots aimables et joviaux. À la réclamation, au retour du bidule qui ne va plus et qui devrait, c'est une autre figure que vous allez trouver, avec des angles, des bords tranchants, et infiniment moins de cette rondeur humectée qui vous avait tant séduit ! Donc vous voilà devant moi qui vous ai fait crédit d'une somme importante et vous ne pouvez honorer votre dette. Ce sont des choses qui arrivent et je compatis. Si vous m'aviez confié un bon vieux lingot en échange de mon papier gras avec 10 000 marqué dessus, je me rembourserais en conservant le lingot et je vous libérerais de votre dette en déchirant le papier de notre convention. Vous y perdriez un beau lingot, mais vous rentreriez chez vous tout habillé et libéré d'une dette. Mais il n'y a pas de lingot... Qu'est-ce que je fais, moi, alors, qui ne suis pas une bonne sœur, en dépit de ma sincère compassion ? Je vous saisis ! Je me rembourse sur vos biens que je peux réaliser, jusqu'à l'apurement de votre dette, intérêts et tous frais compris : matériel hi-fi, voiture, habitation, etc. Vous vouliez de l'argent, du crédit ? Je vous en ai donné. Vous ne pouvez pas honorer votre dette vis-à-vis de moi ? Je sous siphonne. J'ai la trompe qu'il faut pour cela, et la légitimité et le droit. Vous n'êtes rien face à votre créancier, pas plus qu'une larve de taupin sur un océan de lave.

Il y a donc en circulation dans le monde des milliards et des milliards de dollars. Quand il y a, pour dix personnes, deux pains, le pain est un bien précieux, recherché. Quand chacune des dix personnes a son pain, tout le monde est satisfait et rassasié. Quand pour dix personnes il y a mille pains, le pain ne vaut plus rien, sa valeur tombe. C'est aussi simple que ça. Votre pain surnuméraire, vous essayez de le revendre, mais personne n'en veut, puisque tout le monde en possède, de quoi crever dix fois d'aérophagie. Naturellement, vous parviendrez à en écouler quelques-uns. Les gogos ne manquent pas, ni les spéculateurs : à l'abondance succédera le manque, et lorsque ce dernier se fera sentir, la demande en pains sera forte et moi, spéculateur avisé, je serai en mesure de vendre à prix d'or mon pain, qui ne m'a rien coûté ou presque rien au temps de son abondance. Sauf que, voilà, votre pain aura pris le temps de rassir, de moisir, et personne n'en voudra. Vous n'aviez pas acheté du pain, mais du vent.

Le cours du dollar actuellement se maintient à un bon niveau. Ce n'est pas naturel et ça ne peut pas durer. Il n'est maintenu à ce niveau que soutenu par la création monétaire dont je parle plus haut. C'est du vent, de l'air. Ce dollar ne vaut plus rien déjà. Vous me rétorquerez que ce vent, cet air, est tout de même ce qui porte l'avion et lui permet de voler. Non, monsieur. Ce n'est pas le vent ni l'air qui permettent à l'avion de voler : c'est sa propre force, sa dynamique, l'énergie qu'il contient et le savoir-faire, l'expérience de son pilote. Or, précisément, quelle est la dynamique des États-Unis ? Too big to fail ?

Que va-t-il se passer quand ceux (personnes physiques, institutions) qui détiennent la dette américaine, ne parvenant plus à la refourguer à des gogos — désormais bien instruits, donc méfiants —, réclameront leur dû ? Leur dû, c'est-à-dire les biens réels garantissant le bout de papier à gros zéros qu'ils ont acheté. Que leur donnera-t-on en échange ? Six brouettes pleines à ras bords de dollars, avec quoi ils ne pourront pas même acheter une pochette d'allumettes ? On leur donnera Detroit, ruinée ? On leur donnera des morceaux de Porto Rico, en capilotade ? On leur donnera ce qu'ils ont mérité et qui reste la dernière richesse américaine : du vent, que dalle ! Alors, les mouettes, on va les entendre, et ce ne sera pas joli.

En l'état actuel des choses, à mon avis, le dollar ne peut pas tenir le coup. Et si le dollar s'effondre, les dominos voisins vont tomber en cascade. Ce sera comme un tsunami. On ne peut rien faire pour arrêter un tsunami. On peut le voir venir et s'en protéger. Mais l'empêcher de tout dévaster, impossible. Même Superman dopé aux amphétamines ne pourra rien, ni Barbie, ni Bambi.

Que se passe-t-il quand une entreprise fait faillite ? Elle ferme. Elle cesse de produire, donc d'exister. Le personnel est licencié, parfois reclassé, quand l'entreprise a des filiales. On nomme un curateur, chargé de liquider les actifs de la défunte entreprise (l'outil de travail, l'usine et ses machines) en veillant que les créanciers soient remboursés dans l'ordre de priorité prévu par la loi. Quand les journaux en parlent, c'est en deux lignes : « Trucmuche & Co met la clé sous le paillasson à Tâtemoi-lès-Miches. » Ce sont des choses qui arrivent tous les jours, partout, et ça ne vous concerne pas. Que des familles entières se retrouvent dans la mouise à cause d'emplois perdus et d'emprunts désormais difficilement remboursables, ça vous touche, ouais, si-si, mais moins qu'une élimination brésilienne en bleu. L'homme est ainsi. On se noie dans votre jardin et vous dites : « C'est la vie ! », avant de passer aux choses sérieuses : le foot, Ruquier l'insolent, le décolleté de Nabila, la quéquette à Nestor, qui déforme le devant de son training Adidas.

Quand une ville, une région ou un état est en cessation de paiements, comment ça se passe ? Assez mal. Imaginez : l'Île-de-France n'a plus un rond et personne ne veut ou ne peut lui avancer de quoi rincer même d'eau sale le gosier de ses fonctionnaires. Les salaires ne sont plus versés, le travail s'arrête. Les services publics ne fonctionnent plus. Une sorte de grève, sur la plus grande échelle. Les fonctionnaires, privés de tout revenu, puisent dans leurs maigres économies et se restreignent sur tout. Ne consommant plus, faute d'argent, ils provoquent la faillite du boucher, du boulanger, de l'épicier. Le chaos s'instaure ; du chaos naît l'anarchie ; l'anarchie favorise le pillage et les crimes. La guerre civile éclate, les rivalités ethniques explosent. Le prince est à Varennes, et le bougnat dans les choux ! Vous n'êtes pas encore concerné ? Il vous faut quoi pour l'être enfin ? De la bombe atomique ?

Une telle issue (de faillite de l'économie mondiale, virtuelle pour l'heure, mais plausible) peut-elle être évitée ? Je voudrais bien, mais non. Quand cela arrivera-t-il, puisque je semble sûr de la chute de Carthage ? Demain, la semaine prochaine ou dans un an, deux ans. Ça pue, mais est-ce que ça pue assez fort ? Sait-on comment ça pue vraiment, une civilisation qui s'effondre ?

Mais il existe des solutions ; deux solutions. L'une est vieille comme le monde et la seconde inédite, formidablement, mais très aventureuse. La première solution porte le beau et noble nom de guerre. Eh oui. La guerre est un puissant remède aux crises économiques majeures. Elle permet de relancer l'économie, surtout la grosse industrie, (l'acier, l'armement, etc.), de mobiliser la population autour d'un projet désirable (la victoire). Elle suscite la fibre patriotique et fédère ; elle exige des sacrifices et en obtient plus qu'elle n'en requiert en général, le citoyen étant plutôt chatouilleux de la cocarde : on lui demande de se battre pour sa patrie-en-danger, il y court, sabre au clair, plume au cul, pour se faire étriper par le premier ahuri d'en face croisé sur son chemin-vers-la-gloire. À la guerre, on meurt. Militaires, miliciens, mamelouks, civils des trois sexes, ornithorynques, vaches, veaux, couvées, tout meurt à la guerre et tout y périt, par milliers — mais ce n'est pas important de mourir quand c'est pour la nation-en-péril. C'est même très bien, ça fait vendre des médailles ensuite, et des linceuls et des cercueils, et des mouchoirs brodés afin que la veuve puisse pleurer l'époux mort-pour-la-patrie, et la mère son unique enfant. La guerre a ce mérite supplémentaire de réguler la démographie, et l'on sait que la démographie galopante est le défi de notre temps. Alors pourquoi se priver de cette arme si belle ?

N'êtes-vous pas frappés, depuis, en gros, la réélection d'Obama (novembre 2012), par la nervosité et l'agressivité surprenantes des États-Unis ? Obama, c'est le grand demi-black distingué et souriant à qui, on ne sait au juste pour quelle geste (au féminin, oui : du latin res gestæ, les hauts-faits), on a remis le prix Nobel de la Paix, pas même un an après sa première élection à la présidence des États-Unis. Un Gandhi noir ! C'est magique, c'est beau, c'est cool, c'est trop humain ! Ouais. Et ta sœur, elle a pas trop d'humains sales dans sa culotte de zouave ?

Voici un an, les États-Unis prétendirent attaquer la Syrie du pas toujours fort gentil Assad, au prétexte que ce dernier, non content de posséder des armes chimiques, s'en servait contre sa propre population et les rebelles à sa peu aimable politique. On avait, à ces rebelles, fourni des armes. Et si, ma foi, ces rebelles ne montaient pas au front en récitant des poèmes de Khayyām et de Sully Prudhomme (un ancien de la maison Nobel, quartier littérature), mais dégoisaient au lieu de ça de martiales jérémiades ou le terme « djihad » revenait souvent, tandis que les lames affûtées de leurs jambiyas tranchaient déjà, allègrement, un col par ici, une gorge par là, une tête complète à l'occasion, que l'on retrouvait le lendemain sur Facebook, en train de rouler toute seule, souillant les murs sinon proprets des internautes occidentaux (généralement sensibles à la vue du sang, mais fascinés parfois) — tout cela, cette bile, ce sang, cette barbarie, n'avait aucune espèce d'importance en regard du crime absolu perpétré par l'infâme Assad : ses armes chimiques, dont il faisait un usage abondant, écrivirent les journalistes, qui savent tout. Protocole de Genève de 1925, prolongé et précisé par la Convention de 1993, entrée en vigueur le 29 avril 1997. Nous eûmes à l'oreille une puce au souvenir de « preuves » plus anciennes, en provenance d'Irak, exhibées à la face sidérée du monde par l'affable et manipulé Colin Powell. Ils nous remettaient le même disque ! Ils avaient besoin, à nouveau, d'une raison de partir en guerre, contre la Syrie cette fois, mais pas tout seuls — alors ils ressortirent des placards de la White House les petites fioles sombres avec leurs jolies étiquettes manuscrites, où c'est qu'on pouvait lire cette fois : Chemical weapons from Syria (on devinait, sous Syria, le mot Iraq, que l'on avait gratté). En vérité, non, ils ne montrèrent pas leurs fameuses preuves. Ils en avaient, nul ne devait en douter. Sauf que... Hollande, qui n'était rien, se rêva soudain en chef de guerre : « François de Tulle, homme politique et guerrier français, né à... mort à... » Il trépigna tant et plus pour qu'on y aille, en Syrie, faire la guerre, assassiner l'Assad comme son prédécesseur avait assassiné le Kadhafi, de ses propres mains, si menues pourtant. Il en devint tout rouge d'excitation. Il fallut le sucer en urgence dans les couloirs de l'Élysée. J'ignore qui s'y colla, si ce fut une femme ou un homme. L'histoire ne dit pas tout. Ses petits secrets crasseux nous seront révélés plus tard, ou bien jamais. Bref, le gars de Tulle frétillait à l'idée d'en découdre, et s'était mis à la tête des troupes françaises (12 hommes, un chien, un clairon, une gourde), son casque colonial en tête, sous lequel sonnait creux le crâne présidentiel. L'enthousiasme demeurant discret, il menaça de partir tout seul, crânement, à dos de pédalo, son fourniment au grand complet : slip, chaussettes... Poutine, flanqué d'un Chinois silencieux, d'une pichenette expédia de la scène le ciron français et parla de preuves inexistantes. Lui et son compère tout jaune, à l'ONU, mirent leur veto. L'ONU ne parla plus de guerre sous son égide, l'OTAN avait la tête ailleurs, déjà, et l'Américain se tâta deux fois avant de renoncer à la petite guerre qu'il avait promise à sa femme pour son divertissement et prouver qu'il en avait de costaudes et de bronzées dans son falzar. On continua de fournir aux rebelles tout ce dont ils avaient besoin, mais on ne leva pas de troupes contre le vilain Assad. Fort curieusement, pour avoir, par sa diplomatie, évité une guerre, Poutine ne reçut point cette année-là le prix Nobel. Un oubli sûrement, que la digne et diligente Svenska Akademien réparera sans le moindre doute cet automne... 

Alors, et soudain, au printemps, Kiev et l'Ukraine firent parler d'eux à la télé. Autre pays, autre tactique, autre modus operandi, autre bataille — même objectif : la guerre. War, war, war ! eût chanté Ferré. Si vous ne me croyez pas que les États-Unis sont derrière tout cela, comme un chef d'orchestre invisible opérant depuis les coulisses, renseignez-vous. Vous ne trouverez pas l'information dans le Monde, ni dans Libé, pas même dans le Figaro, ou bien à la page 38 du supplément hebdomadaire consacré à la peinture sur soie dans le Haut-Kurdistan. Lui qui, au départ, occupé qu'il était par les J.O. de Sotchi, ne souhaitait rien, Poutine récupéra au passage la Crimée. C'était en mars dernier. Depuis, tout a été fait pour que la Russie entre dans la macabre danse du Donbass, mais Poutine ne bronche pas. On le provoque, on le titille, on l'accable, mais il demeure coi. Il a compris. On veut lui faire jouer un jeu qui n'est pas le sien. Poutine ne joue jamais. Il se contente de gagner. Et cette fois encore il gagnera, sans forcément combattre. Quand les États-Unis et leurs valets européens lâcheront leur créature, le chocolatier Porochenko, probablement déjà cet hiver, Poutine ramassera les débris de la poupée et on saura qui commande, là-bas, à l'Est... On ignore si les Américains, leur dollar en miettes, seront en mesure de protester. Je pense qu'ils auront plus urgent à faire. 

J'évoquais plus haut un second remède à la crise, inédit celui-là, d'une folie sans équivalent dans l'histoire, génial peut-être ou foireux déjà. Ce n'est pas moi qui l'envisage, rassurez-vous. Je demeure un saltimbanque. Ce n'est pas moi, du fond de mes provinces boisées, qui vais noyer le bébé dans l'eau de son bain avant de jeter le tout par la fenêtre, mais bien — accrochez-vous — le FMI, en total accord avec tout ce que le monde occidental compte de mondialistes à voile et à vapeur. 


Une vidéo surprenante fit son apparition récemment sur Facebook. Elle date de janvier dernier. On peut y voir et entendre Christine Lagarde — en anglais — dans un curieux numéro de... numérologie, autour du chiffre 7, chiffre important pour les kabbalistes. Message occulte ? Que disait-elle là ? Selon les commentaires, elle annonçait, clairement, une date : le 20 juillet 2014. Mais la date de quoi ? Du prochain krach boursier, comme il est suggéré en commentaires ? Depuis quand prévoit-on un krach, au jour près qui plus est ? Cette vidéo, la voici. 

La semaine dernière, j'épluchais les dernières vidéos (brillantes) du trader canadien Martin Prescott, du site Money Maker Edge. Il évoquait dans l'une d'elles une prestation de Christine Lagarde — encore elle ! — pour Bloomberg TV, le 31 janvier dernier, à l'occasion du Forum Économique Mondial de Davos. Nul ne semble avoir relevé en Europe cet entretien, où la directrice du FMI évoque à plusieurs reprises la nécessité d'un reset économique ! Voici comment est présenté l'entretien sur le site de Bloomberg TV :

IMF Managing Director Christine Lagarde sits down for a one-on-one conversation with Bloomberg's Francine Lacqua at the World Economic Forum in Davos. During the 30 minute show Lagarde talks about why it's important that we 'Reset' the global economy, the lessons learned from the downturn and the impact of Fed tapering.

Un reset économique...

En anglais, to reset signifie « remettre à zéro » ou « réinitialiser ». Une réinitialisation, ce n'est pas exactement la même chose qu'une réforme, laquelle suggère mille discussions, mille résistances, mille accommodements, pour un résultat qui ne léserait personne sans contenter grand monde. Rien ne va plus, le système encroûté crève de sa propre incurie ? Reset ! Est-ce envisageable sérieusement ? Il me semble que, tout de même, la directrice du FMI n'est pas la première venue, et le délire en direct n'est pas sa spécialité. La vidéo, si cela vous tente...

Si nous mettons maintenant en relation les deux vidéos, sommes-nous fondés à penser que Christine Lagarde nous annonce un reset financier pour ce dimanche 20 juillet ? Ça paraît fou, trop énorme pour croire possible un tel Big Bang. Une survenue soudaine de Martiens parmi nous semble à peu près tout aussi envisageable, mais on sait que « certains » osent tout, et que c'est même à ça qu'on les reconnaît. En attendant, moi, je mets mes petites économies à l'abri du système.

20 juil. 2013

Le grand mot d'un tout petit homme

« Trappes : Valls juge les violences inacceptables »

Inacceptable : le grand mot du petit homme.

Un commissariat de police assiégé par deux cents excités du Coran ? Inacceptable ! On fait quoi ? On dit que c'est inacceptable. Mais encore ? On joue du bec et des claquettes, façon Cambadélis : « La cohésion française abîmée par le sarkozysme est achevée par la relégation urbaine. Il faut bien sûr en appeler à la République, mais s'interroger sur ce qu'elle a à offrir à ses enfants comme modèle d'intégration, donc d'égalité. » La France du PS égrène son chapelet républicain et s'interroge. Mais concrètement, quoi ?

Trois personnes veillant devant une mairie de province ? Inacceptable ! Et on envoie un fourgon pour mater les terroristes immobiles.

Port d'un T-shirt représentant une famille traditionnelle, donc moisie ? Inacceptable ! Ça ou lire Mein Kampf devant une classe de primaire, traitement identique : dans le fourgon, garde à vue, procès !

Ils ne comprendront jamais, parce qu'ils refusent la réalité, qu'une part importante de Français d'origine subsaharienne et musulmane refuse l'intégration, refuse la démocratie, conchie la France et toutes ses institutions. Une seule solution (redoutable) : on remballe tout ça, Français ou non, et direction le pays d'origine. Et ce, dès le premier pet de travers dans la djellaba ou le kami. En attendant, il existe une force qui s'appelle l'armée et à laquelle il suffirait de demander d'intervenir et de tirer à vue, histoire de refroidir ceux qui sont bel et bien en train de détruire la civilisation.

Mais voilà, tout cela est inacceptable en vérité. Alors on s'adonne en silence à des incantations hollandaises : ça va passer, suffit d'y croire et de le marteler dans le poste en présence des Pujadas émerveillés, leurs petits yeux rapprochés de fouine écarquillés. Le réveil sera brutal et douloureux.

31 mai 2013

In Europa venenum

Imaginez une bande internationale de siphonnés crapuleux qui décréteraient à brûle-pourpoint que l'amanite phalloïde est bonne désormais pour la santé (la vôtre surtout). Ils ne diraient pas ça par cynisme, dans l'espoir de vous empoisonner, mais par idéologie, persuadés qu'ils seraient du bien-fondé de leur science nouvelle, science évidemment nourrie à la louche par des experts graves et sentencieux. Qui peut mettre en cause la science des experts ? Pas vous, ni moi.

Un peu dubitatif, méfiant, vous commenceriez à grignoter de l'amanite, un petit bout ici, un petit bout là. Rien de bien dangereux ni de toxique, en dehors de quelques troubles un peu gênants toutefois, mais supportables à force d'optimisme et de propagande. Arrive le moment où votre santé montre des signes de faiblesse inquiétants. Vous adressez vos doléances au consortium de raclures : « C'est la faute à ce champignon vénéneux que vous nous faites manger ! » — « Ah mais pas du tout ! entonne le chœur unanime des saletés internationales. Pas du tout, mon brave ! Vous êtes malade parce que vous ne mangez pas assez de ce champignon magique et bienfaisant. » 

Vous n'êtes pas un mauvais bougre, ni un anarchiste : vous doublez la dose, matin, midi et soir. Et bientôt vous n'êtes plus en état de vous plaindre de quoi que ce soit en ce bas monde, mort que vous êtes et sous terre...

Maintenant, demandez-vous pourquoi, à la lueur de ce qui précède, le remède aux problèmes qui sont les nôtres à cause de l'Europe des malfaisants est, de leur point de vue : plus d'Europe, davantage d'Europe et moins de nations !

L'excellent remède que voilà...

4 juin 2012

Le grand dérèglement ontologique

Récemment, sur les ondes d'une radio que je ne nommerai pas, j'ai exprimé le malaise que provoque en moi la multiplication des actes de cannibalisme et autres dépeçages en règle. Je suis, c'est vrai, une petite nature pour ce qui est de la viande, surtout saignante, et l'imagination ne me laisse pas en repos, que je veuille ou non chasser les images épouvantables que trois lignes lues dans un canard suscitent en mon esprit. Je ne parle pas d'un malaise psychologique, s'il est présent toutefois. Le malaise que je ressens est profond, ontologique. 

Quand je pense à ces affaires, c'est malgré moi et sans complaisance aucune. Je m'interroge. En vain. 

Ce ne sont pas moins de quatre histoires de cannibalisme que les médias ont colportées la semaine dernière : une en France, trois en Amérique du Nord. L'histoire française semble fade comparée aux trois autres cas, tous plus abominables et effrayants les uns que les autres, à propos desquels je n'arrive d'ailleurs pas à plaisanter.

L'histoire française se déroule à Montauban, dans le Tarn-et-Garonne. Un SDF de 31 ans, clandestin du nom d'El Bouazati, condamné à diverses reprises pour des faits de violence — et toujours pas expulsé, bien entendu —, s'en prend, alcoolisé au dernier degré, à un homme de 42 ans dont le tort aura été de se trouver par hasard sur le chemin de l'énervé. Une rixe éclate. Coups de pieds et de poings. El Bouazati accule sa victime, l'enserre et lui dévore les deux tiers de l'oreille droite. Et La Dépêche de préciser : « On ne sait d'ailleurs où il a recraché les morceaux. Les enquêteurs et policiers n'ont rien retrouvé dans le périmètre de la rixe. » Autant dire qu'il ne les a pas recrachés, mais avalés !

Aux États-Unis, à Baltimore (Maryland), un étudiant de 21 ans, Alexander Kinyua, est interpellé suite à la découverte à son domicile, par son frère, de restes humains (une tête, deux mains). D'autres parties de corps furent ensuite retrouvées à proximité dans un container. La victime, démembrée au couteau, était un homme de 37 ans, Kujoe Bonfaso Agyei-Kodie, colocataire de Kinyua et porté disparu depuis quelques jours. Arrêté, Kinyua reconnaît les faits et avoue avoir mangé le cœur et une partie du cerveau de sa victime...

Le cannibalisme n'est pas avéré dans le cas de Luka « Rocco » Magnotta, le dépeceur de Montréal, mais il en a fait l'apologie sur Internet et dans des mails à des journalistes. Qu'il ait ou non consommé de la chair humaine n'apportera rien, n'ôtera rien à la parfaite horreur de son crime, dûment prémédité, annoncé, mis en scène, filmé et diffusé. 

Le plus fou des cas dans l'absolu est celui du « zombie de Miami ». Rudy Eugene, d'origine haïtienne, est surpris complètement nu le long d'une voie rapide en plein cœur de la ville, en train de dévorer le visage de l'homme qu'il venait d'agresser, un sans-abri du nom de Ronald Poppo. Des témoins tentent d'intervenir. Eugene relève la tête, des morceaux de chair dans la bouche, grognant. La police intervient et abat le... la chose, dirais-je. Ronald Poppo, toujours hospitalisé entre la vie et la mort, est désormais amputé de... 80% de son visage !

On pourrait ajouter à ces cas celui, glaçant, de Wayne Carter, cet homme de 43 ans du New Jersey, retranché dans son appartement et menaçant de se blesser à l'aide d'un couteau. Alertés par un témoin, deux policiers font irruption et somment Carter de lâcher son couteau. Sourd aux injonctions policières, Carter s'inflige des coups de couteau dans l'abdomen, le cou, les jambes. Il est en train de s'éviscérer. Aspergé de spray au poivre, il ne réagit pas... du moins pas dans le sens espéré : il se met à lancer vers les policiers des bouts de sa propre chair déchirée et de ses intestins ! 

Qu'un homme en tue un autre ou plusieurs, même de sang-froid, même spectaculairement à la manière Breivik, ce n'est pas rien, bien sûr, mais cela reste dans la norme humaine, si je puis m'exprimer ainsi. Un homme que l'on a des raisons de tuer — raisons politiques, passionnelles ou psychiques —, on le tue, autrement dit on l'élimine physiquement, on le raye du monde des vivants. En aucun cas on ne le dépèce, en aucun cas on ne le déguste. On voulait un cadavre, rien de plus. S'acharner sur un cadavre à la manière d'un boucher ivre de sang, c'est de la démence. Ce n'est plus la mort d'un homme qui excite alors, mais son sang. L'attrait du sang signe la bête, non l'homme. En plus, boire ce sang, manger cette chair, sans être motivé par la faim dans des circonstances extrêmes, comme celles des rescapés andins du Vol 571, qui s'adonnèrent à l'anthropophagie pour survivre... 

Qui peut croire qu'on puisse avoir envie de démembrer un être humain et d'en goûter la chair ? 

Un ami me souffle que, dans de pareils cas, le Diable n'est jamais loin. Le Diable me semble un invité un peu trop commode pour expliquer de telles horreurs, une telle accumulation d'horreurs en un temps si court. Puisque c'est le Diable, dormez tranquilles, bonnes gens ! On le connaît ! Il rassure en un sens, malgré ses méfaits sanguinaires, puisque son existence prouve celle de Dieu — comme le reflet dans un miroir prouve la personne qui se mire ! Merci bien pour la leçon de théologie et de réflexion, mais l'explication me semble à peine plus crédible que la très américaine suggestion d'une soudaine invasion de zombies ! Si je ne suis pas ce qu'on pourrait appeler un brainchovey, ou un mythomane en bon français — si je refuse les explications faisant la part trop belle au cinéma ou à la dramaturgie biblique, je ne crois pour autant pas au hasard. 

Des signes existent, multiples et récurrents, dans divers domaines, tendant à prouver l'existence sournoise encore d'un phénomène humain prenant chaque jour davantage de consistance et de force, que, faute de mieux, j'appellerai le grand dérèglement ontologique. D'où il vient, de quels tréfonds, je l'ignore, mais il pourrait avoir pris racine et corps dans une espèce de sublimation négative des tabous. À force de vouloir tout vaincre, de prétendre à tout surpasser, soi-même en premier, à être en tout le meilleur, le plus fort, le plus performant, le plus original, le plus célèbre, etc., on aboutit à nier tout ce qui faisait de nous des humains plus ou moins débonnaires, plus ou moins veules ou salauds, en tous cas limités, voire même cernés (par la honte, la pudeur, la crainte du jugement parfois divin, etc.). Le phénomène en soi n'est pas neuf. L'histoire regorge de criminels étranges et de fous — sauf qu'ici le phénomène semble collectif et touche le commun des mortels. On assiste à de permanentes surenchères et à des déchaînements de folies tous azimuts, parfois absurdes (des octogénaires qui se mettent au saut à l'élastique, au saut en parachute, à l'escalade ; des handicapés, tel cet amputé des quatre membres saisi d'une frénésie nautique et qui s'échine à vouloir faire le tour du monde à la nage et qui bien sûr y parviendra, à moins qu'un requin ne s'en mêle). À peine un homme en a-t-il occis dix autres sans raison, si ce n'est pour le frisson, qu'un plus ambitieux en épingle douze à son tableau de chasse, avant d'être sorti des statistiques par un plus conquérant, qui portera à vingt le macabre record, etc. Même l'art, naguère encore domaine des dieux, est contaminé par des performeurs de plus en plus loufoques et malades. Nous connaissions quelques allumés du chapeau, les Actionnistes viennois (Otto Muehl, Günter Brus, Hermann Nitsch), Pierre Molinier, le Peintre Nato, Michel Journiac, Carolee Schneemann, David Wojnarowicz, Orlan, Jean-Louis Costes et des dizaines d'autres, tous plus véhéments, malsains, fêlés, pourris les uns que les autres. J'apprenais récemment que le MOCA (Museum of Contemporary Art) de Los Angeles avait présenté l'exposition d'un performeur russe, Oleg Kulik, dont la spécialité éminemment contemporaine et puissamment artistique est de... vivre comme un chien ! Dès l'aéroport, le type marchait à quatre pattes. Jeffrey Deitch, le directeur du MOCA, l'a embarqué tel quel dans le coffre d'un véhicule loué pour l'occasion, parce que bien sûr la performance commençait avant la performance, laquelle consistait à vivre quinze jours durant comme un chien sous les regards du public.  

Entre l'octogénaire que l'envie prend soudain de sauter en parachute et le dépeceur montréalais, s'il existe une différence — et de taille ! —, ce n'est qu'une différence de degré et non de nature. Ça ne veut pas dire que la vieille est susceptible de s'adonner un jour prochain aux délices du cannibalisme. Ça veut dire qu'un truc... je ne sais quoi... une saleté cosmique... un monstrueux et multiforme cancer de l'âme est à l'œuvre en nous depuis pas mal de temps déjà, mais que là, soudain, les dernières défenses explosent de toutes parts, alors que nous avons atteint nos trop humaines limites, que nous avons tout remis en question et qu'à force de défis, de transgressions, nous sommes sortis de nos gonds.

20 mai 2012

Ici la guerre : 2 - hégémonie

Pour rappel : Ici la guerre : 1 - prémices

* * *

Ce brave Ivan Petrovitch Pavlov avait un très bon chien. Il a fait des petits :

vous constatez qu'autour de vous la parole raciste et fasciste s'est libérée
Si nous nous mobilisons, c’est parce que cela fait trop longtemps que la parole raciste s’est libérée en France
Les « déra­pa­ges » ver­baux de mem­bres du gou­ver­ne­ment se suc­cè­dent, la droite décom­plexée la plus réac­tion­naire revient aux affai­res
Nous devons com­bat­tre cette bana­li­sa­tion des dis­cours racis­tes, anti­sé­mi­tes, isla­mo­pho­bes, sexis­tes et homo­pho­bes qui encou­ra­gent la haine de l’autre et pous­sent à la vio­lence
Mardi matin se tenait le débat parisien sur l'identité nationale au lycée Louis-le-Grand. Malgré les volontés de poser des cadres, la parole raciste s'est, comme ailleurs, libérée, offrant une tribune inespérée à l'extrême droite
C’est ainsi qu’en toute impunité s’est libérée et se libère à nouveau la parole raciste en France, 70 ans à peine après notre douloureuse histoire pétainiste

Google est à la portée de vos petits doigts frétillants si vous en voulez d'autres.

À gauche, on aime à se faire peur — ou plus exactement on aime à faire peur à l'aide d'épouvantails habillés pour la cause de cet antiracisme dont on peut désormais dire qu'il est un nouveau fascisme, tant il intervient dans tous les domaines pour dénoncer les « phobies » les plus délirantes et obtenir que soient punis ceux qui prétendent parler et débattre, comme il est naturel de le faire en démocratie.

L'antiracisme, on le sait, est une escroquerie politique imaginée par François Machiavel Mitterrand afin de diaboliser la droite. L'antiracisme est devenu un business juteux (le cas de Lilian Thuram). 

Si la parole, quelle que soit cette parole, se libère, c'est donc qu'elle était muselée. Par qui ? Un Carambar a celui qui trouve la bonne réponse. Je ne sache pas que beaucoup de procès en déviance langagière aient été ou soient intentés par Marine Le Pen, Éric Zemmour, Robert Ménard, Riposte Laïque, Christian Vanneste ou d'autres spécialistes de la langue bien pendue, tous fort nauséabonds au regard vigilant de la doxa antiraciste, antifasciste, citoyenne et bien-pensante.

Un type, on ne sait pourquoi, vivait depuis des années dans les égouts. Il en soulève soudain la plaque et arrondit les lèvres pour prononcer quelque chose. Il ne le dira jamais : fond sur lui un bataillon de vigilants casqués, rouleaux de sparadrap au poing. On le bâillonne. On ne sait ce qu'il allait dire, mais il allait le dire. Et ça n'aurait pas senti bon. Par « type vivant depuis des années dans les égouts », vous devez entendre « Français de souche » : un rat, un raciste. 

En dictature, il est toujours excellent que la parole se libère. En démocratie, c'est mal. Les gens y sont trop cons pour faire autre chose que de honteux amalgames. Ils sont incapables de distinguer entre ce qui relève du débat démocratique (les fameuses questions qui fâchent, sur l'immigration, l'islam) et l'insulte gratuite. Parler de l'islam, en parler sous l'aspect des problèmes sociétaux et culturels que sa présence implique ou risque d'impliquer pour des raisons démographiques, c'est du racisme — ni plus ni moins que de traiter de sale bougnoule ou de macaque un Noir qui n'en peut mais. Le procès intenté à Riposte Laïque par la LDH, la LICRA et le MRAP prouve que la « parole libérée » ne vole jamais longtemps ni haut : à peine murmurée, la voici remise au trou. Où la censure prophylactique ne peut s'exercer, la médecine judiciaire dispose de traitements variés et vigoureux pour soigner le patient atteint du syndrome de la liberté d'expression.
 
Ainsi donc la gauche est en France au pouvoir partout ou peu s'en faut, ses dogmes et interdits font la pluie au pays de Voltaire... malgré quoi la parole libérée menace ! Il reste trois loups en France, d'ailleurs apprivoisés, mais on hurle au loup au moindre craquement du plancher ou du buffet hérité de la grand-mère. Comprenne qui pourra.

En vérité, cette prétendue menace d'une « parole qui se libère » est un jeu de claquettes parfaitement orchestré. Il n'a pour dessein, toujours le même, que de diaboliser la droite même la plus fade, de la faire se sentir coupable du seul fait d'exister, de la contenir enfin dans son ghetto schizoïdique. Bien que matée, anesthésiée, surveillée nuit et jour, il importe toutefois que cette droite paraisse menaçante à l'occasion. On l'excite alors, ou bien on s'excite autour d'elle. Claude Guéant, en vantant la supériorité des civilisations qui respectent la vie, les femmes, la liberté et d'autres valeurs assez peu fascisantes, a ainsi déclenché un fort prévisible hourvari d'indignations. Un tel automatisme, une telle unanimité, relève moins de l'émotion véritable que du procédé. Alors que l'ex-ministre de l'Intérieur (il l'était encore à l'époque) n'a jamais proféré là que des évidences (de ces vérités qu'on appelle truismes, si peu contestables qu'il est vain de les énoncer), le voici convaincu de préparer la couche et les oreillers de la Bête Immonde du nazisme, et désigné comme une sorte de Goebbels à lunettes, ce qui est aussi grotesque que de soupçonner François Hollande de stalinisme. Cependant le message est passé, et le public en arrive, sinon à croire, à soupçonner que l'honnête et droit Guéant travaille pour le FN, donc pour Hitler. Plus c'est gros, plus ça passe, comme on dit.

Si, ces dernières années, jusqu'à l'élection de Hollande, la droite a détenu le pouvoir politique, c'est la gauche qui détient le pouvoir culturel, autrement plus puissant. La droite au pouvoir ne fait jamais que ce que la gauche veut bien qu'elle fasse. Cette droite que l'on prétend dominatrice ne domine guère, dans les faits — quand elle est au pouvoir —, que ses propres pieds, et encore, d'une faible hauteur. C'est la gauche qui tient la société et lui dicte ses lois. Si on se représente la vie politique en France sous la forme d'un échiquier autour duquel gauche et droite disputeraient une partie acharnée, on doit savoir que les Blancs et les Noirs sont agis par la seule main du joueur de gauche. Lorsque la droite veut jouer, elle demande quoi faire à son vis-à-vis, l'écoute puis joue, ou laisse carrément ce dernier déplacer les pièces à sa place, moitié flemme, moitié trouille gluante du mauvais coup, du célèbre dérapage.

Depuis une bonne quarantaine d'années (Mai 68, en gros), nous vivons sous le régime culturel hégémonique de la gauche. La gauche a décidé une fois pour toutes qu'elle représentait le Bien et que toute opposition à sa doxa figurait le Mal — le pire que l'on puisse envisager, avec les relents nauséabonds que vous devinez. Si tu es de droite, même la plus modérée, tu n'es pas un type qui pense différemment, et respectable comme tel : tu es un adversaire, un ennemi dangereux, un suppôt du Diable à svastika. À force de stigmatisations, on en arrive ainsi, lorsqu'on est de droite, à avoir honte de soi et à s'excuser d'être. 
 
C'est peu dire que Gramsci a gagné. La guerre de position (ou d'influence) qu'il prônait, préalable à la guerre de mouvement qu'il assignait comme but au marxisme contre le capitalisme, était la condition même de la lutte finale, le théorème parfait de ce parfait corollaire. Nous vivons bel et bien sous l'hégémonie culturelle de la gauche. Si vous en doutez, c'est que vous êtes de gauche, et donc de mauvaise foi, ou bien d'un crétinisme achevé — et je ne peux rien pour vous.

Que Gramsci ait gagné n'induit pas que sa victoire, écrasante, soit définitive. Avec lui, mais contre lui en fait, je pense que nous ne parviendrons à rien par la politique sans engager d'abord, et remporter, la guerre de position — celle des idées, des mots —, condition sine qua non de la reconquête envisagée. 
 
Comment y parvenir ? La contre-propagande, le raisonnement ? Oui et non. Plutôt non, d'ailleurs, que oui. Au petit jeu traditionnel de la dialectique, nous serons perdants à tous les coups. Je ne propose pas de convaincre, d'éduquer (ou de rééduquer) moins encore — mais de frapper. Nous passerons en revue dans le prochain billet quelques-unes des méthodes, toutes joyeuses, que vous pourrez ensuite utiliser au quotidien avez autant d'alacrité que d'efficacité. Vous n'aurez rien à potasser, rien à télécharger.

7 mai 2012

Bastille, 6 mai 2012

Reportage à chaud de mon ami Nico de Montreuil sur Facebook hier soir, publié avec son autorisation.

* * *
 
Bastille, ce soir. Sur le quai du métro, déjà des cris. Nous croisons un groupe d’Africains qui monte en vitesse dans la rame en criant : « Sarko en prison ! ». La progression dans le couloir est très difficile, l’ambiance électrique. Les agents de la RAPT sont sur le côté, nerveux. Un Beur les nargue : « M’sieur, m’sieur, mon pote, il a pas de ticket ! Vous faites rien ? ». Sourires crispés. C'est le genre de fête qu'on craint de ne plus parvenir à maîtriser. Un homme en bonnet phrygien s’adresse aux CRS en prononçant le nom de Sarkozy. Le CRS n’a pas compris, lui demande de répéter, pour s’assurer qu’il ne vient pas de se foutre de sa gueule. Il vient de le faire certainement, mais que faire dans ce chaos ?

Nous sortons enfin. La foule est très diverse. Je réalise alors que je n’ai aucune chance d’approcher la colonne de la Bastille. J'espérais prendre de belles photos des drapeaux algériens et autres que vous avez tous vus à la télé.

La grande majorité des drapeaux sont partisans : drapeaux rouges du Front de gauche-PCF, Verts, PS. Viennent ensuite les drapeaux communautaires : pays d’origine des immigrés, drapeaux multicolores, puis ceux de l’UE. Enfin, il y a les drapeaux français tenus par des Blancs, mais aussi par des « issus de ».

Surprise, j’entends une Marseillaise assez véhémente. Je m’approche. Un groupe de jeunes gens pas vraiment vêtus comme des gauchistes. Ils crient : — « Vive la France ! » de toute leurs forces. Ces sont des FN ou des UMP, venu prendre une revanche symbolique, en se faisant passer pour des socialos. J’en croiserai d’autres dans la foule, aisément reconnaissables, car ils observent attentivement ce qui se passe autour d'eux. Je m’approche un peu de la scène. La chanteuse Anaïs. On n’entend rien, pas une note. La sono est insuffisante. Je déteste cet endroit, cette foule, le bordel qui règne partout dans une ambiance Barbès. Et surtout cette haine qui partout s’étale, victorieuse, indécente ; on ne compte plus les slogans anti-Sarko, particulièrement venant des Blacks-Beurs : « Casse-toi pov’con », « Naboléon. »

Soudain, une clameur. Martine Aubry apparaît à l’écran. De l’endroit où je me trouve, on n’entend toujours rien. Les blagues désobligeantes sur son physique fusent.

Je me souviens, cinq ans auparavant, place de la Concorde. La foule joyeuse, calme, qui commence tranquillement à huer les socialistes, et Sarkozy qui les arrête au nom du respect dû aux électeurs, et la foule qui se tait, aussitôt. Je me souviens de la foule fervente et tranquille du Front National, l’autre jour.

Quel contraste avec le déchaînement de haine de ce soir ! Je n’avais pas besoin qu’on me le démontre, mais c’est toujours impressionnant de le constater : la gauche, si convaincue d’incarner le Bien, n’aime rien tant que crier sa haine contre le Mal.

J’en ai ma claque de cet endroit. Et je ne parviens pas à prendre de bonnes photos, trop de mouvements partout. Il me faudra encore une demi-heure pour sortir de la foule. Je suis au-delà de l’écœurement. Nous sommes en France, le jour de la plus grande élection, et personne autour de moi n’a l’air étonné de voir des drapeaux étrangers. On a honte pour les leaders du PS qui s’expriment et dont je vois les visages sur l’écran derrière moi. Oui, il y avait Chirac en 2002, mais ils pouvaient dire alors qu’il y avait un « contexte » particulier. Maintenant, c’est simplement une habitude.

Je quitte la place au son des tam-tams. Une groupe devant moi scande : « On va s’ma-rier ! » sur l’air de « On a ga-gné ! » Plus tard : « Sarko, t’es foutu, les pédés sont dans la rue ! » Les passants sourient. Dans un café, des Arabes d’âges mûrs, assis, écoutent, l’air sombre. Ils n’aiment visiblement pas ce genre de provocations. On dirait qu’ils pensent : « Quant nous serons majoritaires, il faudra remettre de l’ordre ici. »

Les lendemains de fête risquent d’être rudes.