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9 janv. 2015

Si toi Charlie, moi Joséphine

Quelques réflexions en vrac sur la tuerie de Charlie Hebdo de ce 7 janvier.

Fallait s'y attendre : après le choc, les grands trémolos. Thérapie de groupe d'une certaine France sortie à la Kalachnikov de sa longue anesthésie.

Bouleversant témoignage de Philippe Val, en pleurs, désemparé. Ni risible, ni pathétique. « J'ai perdu tous mes amis... » Le désarroi d'un enfant. Cet homme avait besoin d'être consolé, entouré, et nous pouvons le comprendre. 

Le dessinateur Plantu, le soir à la télé, crut bon devoir ne pas sembler trop ému, lui qui avait aussi perdu des amis, et déroula de longues platitudes bien baveuses avec de gros morceaux de bons sentiments dedans. Nounours m'a tuer, mais ça sert à rien d'en vouloir à tous les nounours qui demandent qu'à nounourser en paix. Ce genre d'âneries.

Jeannette Bougrab, compagne de Charb, l'une des victimes de la tuerie, parut à la télévision le lendemain et mit en branle les grandes orgues : « Tous ces dessinateurs méritent le Panthéon. Ils se sont battus pour des principes et des libertés que l'on a oublié de défendre. Ils sont morts pour que l'on puisse rester libre dans ce pays. » Est-ce l'émotion ou la simple connerie qui s'exprime à travers elle ? Le Panthéon ? Rien de moins ? Si ceux de Charlie méritent le Panthéon pour avoir défendu le feutre à la main les principes et les libertés que, où mettre ceux qui ont défendu ces mêmes principes et libertés avec un fusil, en 14-18, en 40-45, en Afghanistan, au Mali ? Où mettre les dépouilles des policiers et policières morts dans l'exercice de leurs fonctions, puisque le Panthéon sert désormais de cimetière aux pitres et de vitrine nationale aux zozos ?

Ceux de Charlie ne sont absolument pas morts pour avoir défendu la liberté d'expression, et moins encore le droit de rire. On ne les a pas tués parce qu'ils riaient trop fort ou présentaient volontiers le pape en pédophile sodomite ou dessinaient des zizis. ils sont morts pour avoir insulté Allah via des caricatures réitérées. On les a tués pour l'unique raison qu'il avait représenté et caricaturé Mahomet, chose que l'islam ne permet pas. Ils ne peuvent se plaindre d'avoir été abattus par surprise. 

Je lis que nous sommes en France, pays de la liberté, des Droits de l'Homme et du savon de Marseille et que le blasphème n'est pas en France un délit. Je vous arrête tout de suite : ça, c'était vrai avant, dans cette France paraît-il fantasmée, rance, pétainiste, blanche, catholique, hétérosexuelle, où voudraient nous renvoyer les Zemmour, les Camus et autres nostalgiques d'un temps que les moins de trente ans n'ont pu connaître. La France désormais est un grand pays multiculturel, vous nous l'avez assez seriné. L'islam est en France chez lui, nous répètent en boucle les immuables comiques Hollande, Cazeneuve, Valls, Peillon et associés. De sorte que les musulmans, chez eux, sont fondés à ne pas trouver drôle du tout qu'on veuille rire du Prophète au nez et à la barbe de ses fidèles. Et s'ils ont une manière un peu brutale de le faire savoir, c'est leur culture. Une société ouverte, tolérante, multiculturelle, n'a pas à juger comment des invités, désormais chez eux, doivent penser et agir. Et si vous regrettez maintenant d'avoir ouvert grand les portes à des gens peu soucieux des mœurs courtoises à la française, c'est trop tard. Il fallait vous renseigner avant. La littérature regorge de mises en garde contre l'islam et ses difficultés à intégrer les grands idéaux démocratiques. L'islam n'est pas tellement réputé pour sa verve humoristique.

Dans la France rance d'avant, vous pouviez avec vos petits feutres dessiner des Jésus tout nus, des Vierge Marie en bas résilles et des papes en érection au cul des petits garçons : ça choquait les bigots, mais les bigots, malgré leurs déplorables défauts, ne songeaient pas un instant à réagir autrement que par le mépris ou, à l'occasion, par un article plein de fiel dans un journal bien-pensant. C'était le bon temps, n'est-ce pas ? À l'ère bienheureuse du multiculturalisme, il reste possible de tout dire et de tout dessiner, à condition d'en assumer les conséquences. Ceux de Charlie semblaient assumer ce risque. La facture leur tomba dessus et elle était carabinée. Eux qui n'étaient que rires et plaisanteries, sans doute n'ont-ils pas pris au sérieux la menace. Ils se sont crus protégés par les grands principes républicains et la pétoire rouillée de Mickey Cazeneuve. Ils se sont gourés et voilà tout. La France n'est plus ce qu'elle était, et ces cadavres étaient de ceux qui la voulurent autre, de toutes leurs forces. Leur France a fait parlé la poudre. Contre eux. On n'est jamais si bien trahi que par les siens. 

Le 11-Septembre français (Onfray, Zemmour)... Oui, si l'on considère qu'il y aura désormais un avant et un après 7 janvier 2015. Et quel après ?

Je redoute la farce bien plus que la tragédie. La peur va régner un certain temps, comme à chaque fois. Puis les accordéons ressortiront des placards, comme à chaque fois. Ce qui n'empêchera aucunement la France de sombrer chaque jour un peu plus, en raison des guignols et des caves qui la gouvernent et qu'il serait urgent de remplacer.

Solennité caramélisée du blaireau de l'Élysée face aux caméras. Un président « normal », incapable de gouverner quand il ne se passe rien, est assurément le dernier à pouvoir agir quand la France baigne dans le sang. On se demande quel coup de massue il lui faudrait recevoir sur le crâne pour inciter cette médiocrité faite homme à prendre une seule fois dans sa vie une décision virile. Prendre une décision, qui plus est bonne, induit de regarder en face la réalité. Or, la réalité, M. Hollande n'aime pas ça. Ça le perturbe, le pauvre, que la réalité ne s'ajuste pas à ses petits rêves bien jaunâtres de président en caleçon. Il ne fera donc rien, sinon quelques conneries, involontaires, bien sûr. On l'a vu, on l'a entendu. Déclaration d'une solennité bouffonne, voix de canard châtré. Il fallait être grave, comme l'a été Sarkozy ; ou martiale, comme Le Pen l'a été. Il fallait dire les choses et appeler un chat un chat. S'il fallait se fier à la seule intervention de M. Hollande, nul ne saurait en France que la tuerie de la rue Nicolas-Appert a beaucoup à voir avec l'islam et rien avec Zemmour ou Le Pen.

Faut-il craindre de nouveaux attentats ? Qui peut le dire ? Dans les premières heures, sonné comme tout le monde, j'ai pensé : « Ça y est, c'est parti. » Mais à la réflexion, je n'y crois pas. L'attentat contre Charlie Hebdo était contre Charlie Hebdo et en raison des caricatures — pas contre la démocratie, la République ou la liberté d'expression. Que la démocratie, la République ou la liberté d'expression se sentent atteintes, c'est normal, mais cette atteinte est à mettre au compte des dégâts collatéraux. L'objectif visé était Charlie Hebdo et le moins qu'on puisse dire est qu'il a été atteint, sinon anéanti. En dehors de nouvelles provocations et caricatures, pourquoi y aurait-il de nouveaux attentats ? J'en profite pour dire combien je trouve stupide et dangereuse la décision de certains journaux de rediffuser les caricatures de Mahomet. Le taureau a vu rouge. Parce que vous vous croyez les plus forts avec vos dérisoires crayons brandis et vos principes républicains, vous pensez devoir agiter à nouveau la muleta sous le mufle encore ensanglanté de la bête, à vos risques et à nos périls. C'est une erreur, et je formule le vœu que pas un innocent ne paiera de sa vie ces inutiles bravades.

16 nov. 2014

Vladimir et les cochons

Naturellement, nous n'y étions pas, à Brisbane. On y a vu cependant une étrange manifestation de diplomatie envers un homme qui est en soi une concentration de péchés : Vladimir Poutine. Cet homme, qui n'était pas venu pour dérouler ses biceps, a pu constater à quel point la grossièreté et l'arrogance occidentales étalaient ses charmes, comme putains de bas-quartier. Les rappeurs anglo-saxons s'en sont donné à cœur joie, à l'unisson, telle une chorale de vieilles maquerelles liftées. Le Français, dans sa danse de l'entre-deux façon normande (un coup je veux, un coup je veux pas), s'est une fois de plus illustré par un manque de savoir-vivre qu'on pensait encore voici peu réservé à la racaille internationale. On se voile les yeux, on n'a rien vu : la honte nous submerge. L'ours n'a pas grogné, malgré les chiens clabaudant à ses mollets. Il est rentré chez lui avant des agapes qu'il pressentait comme une longue et dégoulinante bâfrerie avec rots et pets en guise de buccins. Nous ne savons pas ce qui se passe dans sa tête. Nous l'admirons pour sa parfaite maîtrise, son refus de la surenchère braillarde. Nous devinons que sans jouer il vient encore d'avancer un pion majeur. Nous ne sommes pas le seul à le penser.

23 juil. 2014

De Mossoul à Sarcelles (via Oradour)



L'archevêché de Mossoul a été incendié samedi dernier par les zélotes de « la religion d'amour et de paix » (selon Manuel Valls). Les chrétiens de la ville (ils étaient encore 25.000 jeudi) fuient en masse vers le proche Kurdistan. Ils avaient été sommés la semaine précédente de se convertir ou de payer un tribut, sous la menace du sabre en cas de résistance. 

Dans ces régions où ils étaient présents bien avant le premier couinement de la première chèvre violée par Mahomet, des chrétiens sont aujourd'hui spoliés, chassés, quand ils ne sont pas éliminés sans la moindre distinction de sexe ou d'âge, d'une manière pas toujours très présentable, même pour les cœurs bien accrochés. Leur crime ? Ils sont chrétiens, donc infidèles. Et dans le monde nuancé de l'islam, l'infidèle doit périr, s'il ne se convertit pas ou refuse de se soumettre. Ainsi perd-on la tête, parfois. 

Qu'on les nomme islamistes, salafistes ou djihadistes, ces barbares sont la lie putréfiée de l'humanité. Il n'y a pas à discuter avec ces monstres. Inutile d'attendre d'eux la moindre réflexion, le moindre scrupule ou compassion, le plus petit remords, ni l'ombre d'une quelconque résipiscence. Cessons de croire, naïfs, idiots que nous sommes, qu'ils nous ressemblent et puissent être rendus à la raison. Ce sont des fous, et ils sont nombreux, et forts. Des fous déchaînés, des empoisonnés de Dieu. Ils ne sont forts que parce que nous sommes faibles, et leur religion de mort prospère sur les larmes d'un christianisme rangé des conquêtes, embourgeoisé.

Que leur opposons-nous ? Des prières — pour ceux qui croient et poussent le bouchon jusqu'à entrer parfois dans des églises pour un motif autre que les vitraux, les statues ou le mobilier religieux. La prière, ou la parole muette de l'impuissance... Eux prient, moi je tonne. C'est le même dégueulis de mots et le même prurit verbal. Les zélotes d'Allah parlent avec le couteau et on les écoute, on les entend.

Si j'avais un quelconque pouvoir, j'ordonnerais le feu nucléaire pour nettoyer le monde de cette plaie. 

Vous me direz qu'une tapette suffit pour écraser les mouches. S'ils n'étaient que des mouches ! Ce sont des frelons, chacun de la taille d'un aigle, dont le venin est dix fois plus puissant que celui de cent cobras enragés. Rangez votre tapette ridicule et cessez de considérer comme des humains ceux qui n'ont d'humain que l'apparence. Hitler pouvait rire, plaisanter, admirer un paysage, une œuvre d'art, respirer le parfum d'une fleur, apprécier un air de musique, chantonner, etc. Il avait au moins ça d'humain. Ça ne l'exonère d'aucun crime et ça ne minore pas l'horreur de son projet. Mais il était des nôtres, né parmi nous, enfui de nous plus tard, parti à l'opposé de la raison, au nom d'une rationalité érigée en système, en dogme, en religion. A-t-on déjà vu rire un djihadiste ? Ricaner, oui, en exhibant la tête fraîchement tranchée d'un infidèle ou d'un musulman à la ferveur douteuse. Imagine-t-on un salafiste faisant des blagues, genre contraindre un chrétien à s'asseoir sur une chaise garnie d'un coussin péteur ? Quant aux œuvres d'art, on sait quel sort les attend quand l'islamiste, barbe noire en avant et kami souillé du sang rouge encore de sa dernière victime, pointe son nez. Les Bouddhas de Bâmiyân l'ont su, hélas ! Récemment, on a pu voir les images d'une statue assyrienne démolie à coup de masse par un de ces dégénérés furieux, tout fier de son massacre, parce que pour ces bactéries-là tout ce qui rappelle l'humain et la trace divine qu'il porte en lui doit être anéanti, car susceptible de distraire le croyant de sa piété (tout créateur assume une part divine qui le signale comme un concurrent de Dieu, un concurrent bénin, à la mesure de l'homme, parfaitement conscient de n'être que ça, même chez un hâbleur tel que Dali, qui était aussi un comédien, un fou au délire maîtrisé). Demain, soyez-en avertis, ils seront devant Notre-Dame avec la tractopelle et vos cris et vos larmes n'y pourront rien changer. Ni vos prières.

Considérez un peu le nombre de dictateurs, grands et petits, que la terre a vu passer. Tous ont été, plus ou moins, amateurs d'art et de frivolités. On aime à croire qu'ils avaient des goûts de chiottes, pour leur dénier tout voisinage avec l'humanité telle que nous la concevons : urbanité, exquisité et sûreté du goût, délicatesse, bon sens, mesure, etc. S'ils étaient comme nous, nous serions un peu eux, au moins virtuellement, suspects de complicité même inconsciente, susceptibles donc de basculer dans la folie meurtrière, nous aussi. « Hitler ne peut pas avoir aimé Bach ! » s'emporte Aline, indignée. Qu'en savons-nous ? S'il eût aimé Bach, ça ne fait pas de Bach un musicien fasciste, ni de ceux qui aiment Bach dans la foulée du Führer des complices du nazisme, mais ça consigne Hitler parmi les hommes et non parmi des entités extraterrestres. Tous ces dictateurs, y compris les plus sanglants, étaient des hommes, par cette disposition qu'ont les hommes de goûter les fruits de la création artistique, même quand ils sont amers. Une fois encore, ce n'est en aucun cas une circonstance atténuante. Démembrer sa femme au couteau de cuisine dans la baignoire sur un fond tonitruant de Vivaldi ne rend pas la boucherie plus aimable.

C'est humain de torgnoler un moutard impossible. C'est humain d'avoir envie de tuer une personne qui nous fait souffrir ou de la désirer morte. C'est humain de souhaiter que soient pendus ministres, juges et banquiers, et ce l'est encore de rire d'un pauvre hère qui se casse la pipe (c'est la situation qui fait rire, pas l'individu). Mais est-ce humain de suriner un inconnu parce qu'il porte un chapeau rond, une rosette à la boutonnière, des lunettes, un kilt ? — parce qu'il vous refuse la clope qu'il n'a pas ou n'obtempère pas à l'humiliation gratuite à quoi vous voulez le soumettre ? Est-ce humain de violer une octogénaire, de torturer un chaton, de tuer pour dix sous qu'on ira boire ou de défoncer le crâne d'un type qui photographie un réverbère, avec la circonstance aggravante et fatale pour lui qu'il le fait dans votre quartier ? Est-ce humain, pour conclure la litanie, de sortir de chez soi un beau matin avec une ceinture d'explosifs pour aller se faire sauter dans un bus bondé, tout cela au nom d'un idéal politique ou religieux ?

Et qu'on ne vienne pas me chanter comme quoi le déni de l'humanité de ceux qu'ils éliminaient était précisément par quoi se signalaient les Nazis, pour couper court à tout émoi psychologique, empêcher le vague à l'âme, écarter la menace du scrupule suspensif, tout flottement de la détermination dans l'exécution de la sombre tâche, rendre enfin plausible l'insupportable. Je ne parle pas d'éradiquer du monde des gens paisibles ou trop ceci ou pas assez cela. Je ne parle pas de noyer les roux, les chauves ou les canailles à gros bide, au seul motif qu'ils sont cela et que j'en ai la sainte horreur. Je parle d'éliminer impitoyablement, par les moyens que j'ai dit, la pourriture islamiste et tout ce qui hait au nom cent fois maudit, mille fois ignoble, d'Allah. On peut très bien ne pas aimer les Juifs ou la judéité sans pour autant planifier un génocide. Il ne s'agit pas de vengeance, mais de prophylaxie. On tolère l'existence des scorpions et des serpents les plus venimeux, des araignées à la piqûre mortelle et autres sales bêtes ailées ou non. Nul ne demande qu'on débarrasse la planète de ces créatures peu amènes, du moins tant qu'elles ne se mettent pas à proliférer et à tout infester, nuire gravement aux autres espèces, mettre en péril l'existence même de tout ce qui n'est pas scorpion, ni serpent parmi les plus venimeux, ni araignée à la redoutable piqûre. Ce n'est donc pas au nom de ma détestation personnelle, mais à celui de l'humanité, de l'espèce, que je prône l'anéantissement des assassins se réclamant d'Allah et du Coran.

Je ne suis pas décidé à faire la part des choses, à relativiser, à séparer le bon grain musulman, tout beau, tout gentil, fréquentable, de l'ivraie qui serait le modèle perverti du premier, comme il y a d'un côté les femmes et de l'autre les putes. Je les mets tous dans le même panier, je scelle le couvercle du panier et je vous balance tout ça dans un volcan en ébullition, pour ne pas polluer l'océan davantage qu'il ne l'est. Je ne suis pas venu ici pour répandre une confiture poisseuse de bons sentiments et de réflexions pondérées. Je ne suis pas venu pour assurer le musulman de base, qui n'emmerde personne et n'exige pas que je bannisse le porc de mon alimentation, de ma fraternelle sympathie, ni pour lui dégueuler à la face tout le miel de mon hypocrisie avec des propos du genre : « L'islam est une religion de tolérance, d'amour et de paix, malheureusement pervertie par une poignée d'inconséquents. » Je suis venu dire que l'islam, modéré ou non, n'a pas sa place chez nous, en Occident, pas plus qu'un éléphant dans un magasin de porcelaines. Nous n'avons pas besoin de lui, et comme il semble nous haïr à un point frisant la démence, nous le prions d'aller se faire soigner à la pisse de chamelle là où personne ne critiquera le bâchage des femmes ni le port obligatoire du poil abondant dans le bas de la gueule.

Il faut, me souffle-t-on dans le casque, éviter tout amalgame de cette espèce : l'islam des salafistes ne représente que lui-même, il est la détestable exception (qu'il faut combattre évidemment, par le dialogue et la démocratie) d'une confession sinon tout à fait estimable et parfaitement adaptée à la société occidentale, laquelle ferait mieux d'ailleurs de cesser de stigmatiser les musulmans, car cela exacerbe les souffrances et blablabla.

Albert, ta gueule. J'en ai rien à foutre. Je ne veux rien savoir de l'islam en général et en particulier, qui est une pratique exogène, notoirement hostile aux valeurs pour lesquelles sont morts des milliers de gens : la liberté de dire et de faire, celle de débattre et de contester, de contredire, avec des mots dans la bouche et non des couteaux sous la gorge, celle de croire ou non — en Dieu, en Diable, en Bouddha, en Mick Jagger ou en bermuda ! Ils se sont battus pour que l'homme et la femme chez nous puissent se vêtir comme bon leur semble et aller là où l'envie les attire : à la messe, à la plage, au bordel, au cinoche, sans avoir à se justifier auprès d'un barbu à l’œil noir et sourcil froncé qui consultera son catéchisme pour décider si c'est ou non conforme à la doxa et à la volonté du cornichon divin qu'il vénère et craint comme je vénère la merde et crains l'air pur.

Le musulman modéré, c'est le loup blanc dont tout le monde parle et que l'on cherche en vain. On le dit pourtant nombreux !

Où vois-tu, lecteur raisonnable et gentillet, admirateur pleurard des perles humanistes enfilées par Nicolas Domenach — où vois-tu que les musulmans modérés protestent, dans quelles rues désertes de Paris, Rome ou Londres, dans quels libelles à fort tirage ? Quand une voix musulmane ose émettre un semblant de critique envers ses pairs moins modérés, elle l'assortit aussitôt d'une restriction annulant de facto sa critique : « Non, Merah, ce qu'il a fait, ce n'est pas bien, mais ça ne serait pas arrivé si les Juifs arrêtaient de massacrer le peuple palestinien. » Parce que, bien entendu, partout dans le monde, les musulmans en bavent à cause des Juifs qui ont des griffes aux doigts et le nez crochu, comme on nous l'a appris en maternelle. Et quand ils ne tuent pas des enfants, ils les mangent — vivants. Même que c'est vrai : un pote à moi l'a lu sur Twitter. Quand le disque judaïque se raye, on accuse la société « qui ne nous aime pas », « les Français qui sont racistes ». Il ne faut pas attendre d'un musulman qu'il fasse son autocritique : il est parfait, au poil.

Beaucoup de musulmans sont des hypocrites. Les interdits religieux quant à l'alimentation et aux mœurs sont régulièrement bafoués. On le conçoit et on les féliciterait volontiers, n'était que ce gamin qui traite sa « sœur » de pute pour son habillement et son comportement de française, n'est pas le dernier à se goinfrer de porc, à écluser des bières devant le zinc, à écumer les boîtes de nuit, à mater les putes blondes, quand un semblable et bref coup d’œil de la part d'un Céfran sur une Beurette équivaut à signer son arrêt de mort.

Naturellement, un terroriste ne sommeille pas en chaque musulman. Ce serait trop simple. Il est évident qu'une majorité de musulmans ne partage pas la folie djihadiste. Or, ceux-là se taisent. Et nous savons qu'ils se taisent pour éviter l'accusation de tiédeur, de blasphème ou d'apostasie. Impossible donc de savoir au juste combien de musulmans dits modérés se taisent par complicité silencieuse et combien par crainte. En quoi d'ailleurs le modéré prouve-t-il qu'il l'est ? Avant le massacre d'Utøya, le taciturne Breivik était un modéré, alors, puisqu'il se tenait coi. Le silence ne prouve en aucun cas la modération, et il est des silences lourds. Ne rien dire ne signifie pas ne rien penser. Je peux tout aussi bien me taire et attendre l'heure propice. En islam, cette attitude porte un nom : la taqîya...

Je suis catholique, admettons. Une frange extrémiste issue du catholicisme et s'en réclamant perpètre des meurtres en série au nom de Jésus, Marie, etc. Je m'insurge, non ? J'exige au moins des autorités ecclésiastiques qu'elles se prononcent et condamnent les assassins, les excommunient. Et si ce n'est pas le cas, si je sens le clergé un peu tiède, j'entre en dissidence ou je quitte l'Église. En chrétienté, heureusement, chacun dispose de son libre-arbitre. En islam, non. Ceci est dû à l'absence de hiérarchie cléricale digne de ce nom. N'importe quel imam autoproclamé peut, au nom du Coran, décréter une fatwa contre tel énergumène qui aurait vaguement critiqué le Prophète ou ri de sa poire (toute critique équivalant à un blasphème, et tout blasphème étant puni de mort dans un grand nombre de pays).

Voici moins d'un mois, le terroriste al-Baghdadi s'autoproclamait calife dans le nouvel État Islamique instauré dans le Nord de l'Irak et l'Est de la Syrie à la faveur du chaos offert à ces pays par les États-Unis et leur politique étrangère inconséquente. Dans la foulée, l'apprenti-calife, sans rire, réclamait que tous les musulmans lui fassent allégeance. Imaginez le curé de votre paroisse s'emparant, avec son armée d'enfants de chœur et de bigotes en furie, d'un lopin de terre municipal et y instaurant un État Catholique, exigeant que les catholiques du monde entier lui fassent allégeance : rires assurés de Rome à Byzance, immense poilade à tous les étages de l'Église ! Une ambulance serait vite affrétée, les enfants de chœur sermonnés et les bigotes envoyées à l'hospice. Quant à l'intrépide curé, il s'en tirerait avec une tape épiscopale et miséricordieuse sur l'épaule, agrémentée d'un : « Voyons, mon brave... ! » prononcé sur le ton de l'ironie douce-amère et de la sincère affliction.

La posture chrétienne consistant à prier et à ne faire que ça en présence d'un malheur touchant la communauté m'exaspère au plus haut point. Bel aveu d'impuissance ! Un chrétien reçoit une baffe ? Il ne la rend surtout pas, il pardonne, puis il prie. C'est ça, le message chrétien (tout entier issu de la cuisse païenne du stoïcisme philosophique, avec sa devise Sustine et abstine — « Supporte et abstiens-toi »). On te fout sur la tronche ? Prends la mandale et ne réplique pas ! Il y a là quelque chose de sublime, paraît-il. Comme idéal oui, sans doute. Mais que sommes-nous ? Hommes ou peaux à tanner ? Qui peut, en dehors de quelques saintes exceptions, tolérer qu'on porte la main sur lui sans même esquisser un geste naturel de défense ? Eh bien, pas moi. Je ne suis pas et ne veux pas être une sainte exception.

« Nous sommes la civilisation et eux sont les barbares. Ne nous mettons pas à leur niveau ! » Tel est en substance le message rabâché sous nos latitudes devant l'innommable. Autant avouer que cela ne nous concerne pas ! S'ils fustigent, égorgent, lapident et crucifient, devons-nous laisser faire, prier ensuite puis, horreur ! pardonner ? Chercher à comprendre, psychologiser ? Et puis quoi encore ? Une fessée et au lit sans dîner ?

Un pauvre chien endormi près de l'âtre est massacré par son maître sans la moindre raison. C'est de la barbarie. Le même maître contraint de tuer son chien devenu furieux et qui l'attaque ne peut être qualifié de barbare. Il se défend et défend son existence menacée. Ce n'est pas l'heure de chercher à comprendre, mais d'agir. Et en présence d'un chien furieux qui tente de vous happer à la gorge, on n'agit pas à coups de prières ni d'oraisons canines. On frappe, on déglingue ! Et si on retrouve suite à cela des morceaux de chien éparpillés un peu partout, c'est lui qui l'aura cherché, pas vous. Bien sûr, on n'aime pas ça, on n'a nulle envie d'en faire un métier, on préférerait comme tout un chacun s'adonner à des activités moins brutales, mais quand c'est la guerre, ce n'est plus le temps de pleurnicher ni d'éplucher qui sa Bible, qui son Manuel d'Épictète : il faut la faire, et la gagner si Dieu le veut.

Habib, un réfugié chaldéen d'Irak établit à Sarcelles se plaint dans le Figaro : « Nous sommes partis pour fuir les islamistes et nous les retrouvons ici », faisant allusion aux violentes manifestations pro-palestiniennes du week-end dernier. Nous les retrouvons ici... En France ! Ils ne sont pas arrivés ici à vélo pour participer au Tour et vivre-ensemble avec nous dans la joie et la bonne humeur. La plupart sont nés ici, chose déjà fort inquiétante. Ce ne sont pas les mêmes qu'à Mossoul, bien sûr... pas encore ! On commence par hurler contre les Juifs (dans le pays du plus-jamais-ça et de la repentance !), puis à brûler quelques-uns de leurs commerces après un pillage atavique, à tenter de s'en prendre à une synagogue. La République est débordée et les CRS bien moins fiers et forts que devant les poussettes et les fleurettes de La Manif Pour Tous ou du Printemps Français. Ça rassure, vraiment ! Et demain quand ils seront mille fois plus dans cent villes différentes, simultanément, la France aura cessé d'exister, du moins comme état de droit. Et alors, lâchés, les chiens ne se gêneront pas pour être ce qu'ils sont, sans muselière, sans laisse, sans maître. Et où serons-nous alors ? Dans nos églises en train de prier ? Pour finir façon barbecue géant, à la mode d'Oradour ?


20 juil. 2013

Le grand mot d'un tout petit homme

« Trappes : Valls juge les violences inacceptables »

Inacceptable : le grand mot du petit homme.

Un commissariat de police assiégé par deux cents excités du Coran ? Inacceptable ! On fait quoi ? On dit que c'est inacceptable. Mais encore ? On joue du bec et des claquettes, façon Cambadélis : « La cohésion française abîmée par le sarkozysme est achevée par la relégation urbaine. Il faut bien sûr en appeler à la République, mais s'interroger sur ce qu'elle a à offrir à ses enfants comme modèle d'intégration, donc d'égalité. » La France du PS égrène son chapelet républicain et s'interroge. Mais concrètement, quoi ?

Trois personnes veillant devant une mairie de province ? Inacceptable ! Et on envoie un fourgon pour mater les terroristes immobiles.

Port d'un T-shirt représentant une famille traditionnelle, donc moisie ? Inacceptable ! Ça ou lire Mein Kampf devant une classe de primaire, traitement identique : dans le fourgon, garde à vue, procès !

Ils ne comprendront jamais, parce qu'ils refusent la réalité, qu'une part importante de Français d'origine subsaharienne et musulmane refuse l'intégration, refuse la démocratie, conchie la France et toutes ses institutions. Une seule solution (redoutable) : on remballe tout ça, Français ou non, et direction le pays d'origine. Et ce, dès le premier pet de travers dans la djellaba ou le kami. En attendant, il existe une force qui s'appelle l'armée et à laquelle il suffirait de demander d'intervenir et de tirer à vue, histoire de refroidir ceux qui sont bel et bien en train de détruire la civilisation.

Mais voilà, tout cela est inacceptable en vérité. Alors on s'adonne en silence à des incantations hollandaises : ça va passer, suffit d'y croire et de le marteler dans le poste en présence des Pujadas émerveillés, leurs petits yeux rapprochés de fouine écarquillés. Le réveil sera brutal et douloureux.

26 mai 2012

Les mondes affrontés

Je n'oublie bien sûr pas la suite promise de ma série Ici la guerre.

Les mondes affrontés... Qu'est-ce à dire ?

J'utilise affronté dans son acception héraldique ou numismatique de « front à front », lorsque deux figures, souvent identiques d'ailleurs, jumelles, sont présentées ainsi. Elles se font face, s'opposent, sans nécessairement entretenir un rapport d'hostilité. Je suggère donc l'idée de mondes qui se regardent dans le blanc des yeux, avec toute la froideur que suppose un affrontement sérieux, loin donc des minuscules bisbilles de chapelles, des picrocholines querelles de clochers.

La droite contre la gauche, ou vice-versa, semble pour beaucoup une bien artificielle opposition, comme s'il ne s'agissait que d'un perpétuel et lassant chassé-croisé en vue d'exercer le pouvoir et de profiter surtout des avantages y afférents. Cette vision dégénérée de la bataille politique reflète autant la sottise de ceux qui ne pigent rien à la politique et ses enjeux, que la réalité du cirque politique contemporain. On se bat pour le prestige et des pots de confiture. On ne vainc que pour être vu, admiré, envié, craint parfois. On vise les plus belles places, celles qui brilleront en lettres d'or dans le Who's Who. On veut être là pour y être, comme à Cannes. Et comme à Cannes, l'important c'est la pose.

Veut-on un exemple remarquable de ces nuisibles qui pullulent en politique ? Rachida Dati. Elle n'est là que pour y être et papoter avec les copines. La remplacerait-on par un canard en plastique ou un parapluie que cela ne modifierait en rien le poids de la droite, n'altérerait en rien sa « force ». Et des nuisibles comme elle, moins spectaculairement nuisibles peut-être, la politique en compte mille et cent, à droite comme à gauche. Je m'abstiendrai de tout recensement. Là n'est pas le sujet.

La politique, au sens noble du terme, c'est autre chose que la vaine bataille pour un pouvoir et des dorures, des privilèges. À quoi sert un pouvoir qui ne veut rien, sinon se conserver ? Lorsqu'il est donné — par le suffrage universel —, ou pris — par la force des armes —, le pouvoir devrait servir un unique dessein : la cause politique pour laquelle on s'est battu. Le pouvoir ainsi vu n'est pas un but, mais un moyen. Il n'est pas une fin en soi, mais un départ. Que fait-on de ce pouvoir ? On l'exerce, pardi ! Chirac ne l'a pas exercé, mais il en a joui. Sarkozy l'a exercé, sans la moindre vision, modifiant sa stratégie au gré des vents ; lui aussi a joui de son pouvoir. Il aurait pu être président du Gabon ou de la Lettonie. C'est tombé sur la France. Hollande veut sans doute. Que peut-il dans les faits ? Et s'il pouvait ce qu'il veut, voulons-nous ce qu'il veut, lui ? Non, bien sûr : sa vision du monde n'est pas la nôtre. Nous le regardons comme un ennemi, lui et ses sbires.

On peut certes me reprocher d'admirer excessivement peut-être le général de Gaulle. Je l'admire moins pour sa politique, dans les faits, que pour sa vision politique, sa façon d'incarner à lui seul la France, de se confondre en elle. Personne n'eut de vision moins partisane que la sienne. Il se moquait même des gaullistes. Le Général exerçait le pouvoir sans en jouir. Jamais il ne dérogea à ses principes. Cette rigidité fait toute sa grandeur. Après lui, la France ne pouvait que décliner. Elle fit mieux, puisqu'elle dégringola. La souveraineté nationale, que le Général avait si constamment désirée et si farouchement défendue, fut mise à mal par le Traité de Maastricht en 92, instituant une Europe politique (de Communauté Économique Européenne — CEE —, l'Europe devint par ce traité la Communauté Européenne — CE —). Le Traité de Lisbonne en 2007 acheva la France (et les pays liés par ce traité) comme on achève une bête malade. La voici, nous voici désormais sous la tutelle d'une obscure Commission supranationale. Rien ne se fait plus au sein des nations européennes sans l'aval d'une Commission qui fait davantage penser à un consortium d'épiciers qu'à un état-major d'armée ou à un corps de philosophes au sens nietzschéen, dynamique, du terme. 

Quand Charles de Gaulle, le petit-fils du fondateur de la Ve République, se présenta au suffrage universel sur les listes du FN (v. note), ce fut une levée de boucliers familiale. Comment un de Gaulle pouvait-il salir à ce point le Nom ? Ce que je me demande, moi, c'est comment les héritiers du Nom peuvent supporter que les successeurs du « pater familias » aient dilapidé le bel héritage en cédant la France à l'Europe épicière. Ce que lesdits successeurs ont fait est comparable, le contexte guerrier en moins, au renoncement de Pétain à poursuivre la guerre contre les Nazis, à la politique d'alignement et de collaboration qui s'ensuivit. Le FN aujourd'hui, c'est de Gaulle depuis Londres et son célèbre appel. S'il est tout de même culotté d'avancer que le Général serait aujourd'hui lepéniste (ou mariniste), lui qui détestait les partis, on peut être sûr par contre qu'il eût rué des quatre fers pour empêcher qu'on attelât la charrette France au bœuf Europe, d'une manière telle que la souveraineté nationale n'existe plus dans les faits, bien que les pantins au pouvoir veuillent nous faire croire à l'indépendance préservée du pays. Tout ce que l'épicerie France contenait a été vendu au consortium dénoncé plus haut. Ne nous reste plus que les commis désœuvrés, ces hommes et ces femmes politiques que nous élisons et qui ne servent à rien, puisqu'ils ne peuvent plus rien.

Quand Sarkozy a lancé, par opportunisme, le débat sur l'identité nationale, j'ai suivi celui-ci en sachant bien que la taupinière accoucherait d'une fourmi. La question était pourtant de première importance, et son traitement vigoureux eût pu faire tache d'huile en Europe, mais elle fut traitée avec une légèreté digne d'un vaudeville de Labiche, par des intervenants qui n'y croyaient pas eux-mêmes, avaient honte d'en être. Parce que les mots nation, identité, quantités d'autres de cette famille, sont devenus nauséabonds. La droite le sait qui ne bavarde jamais là-dessus sans recevoir un immédiat coup de gourdin sur la tête — de la part du camp adverse et des médias affiliés, mais de son propre camp aussi, parfois préventivement, comme pour apparaître sinon plus vertueux, au moins plus rapides que les spécialistes autoproclamés du genre. Quand « la droite la plus bête du monde » bouge son cul, c'est pour affrioler l'adversaire, en offrir le défonçage à son vit breneux.

Les mondes affrontés sont deux visions antagonistes du monde. Les débats sur les bienfaits ou les méfaits de l'immigration de masse ne sont par exemple pas, comme la gauche le prétend, des conflits de cour de récréation sur fond de racisme plus ou moins échevelé : c'est une vision nationale et familiale d'une société donnée, typée, ancienne, enracinée, légitime, inquiète, contre une vision internationaliste et communautariste d'un monde asexué où chacun serait pareil à soi et soi pareil à chacun, un monde parfaitement indifférencié — ce qui est le comble du racisme, puisqu'il nie les différences au nom de l'égalitarisme. Quand on affirme qu'un étranger doit posséder en France les mêmes droits qu'un Français, on fait deux choses : on interdit à cet étranger d'être ce qu'il est, c'est-à-dire un étranger (ce n'est pas une maladie honteuse, mais un particularisme), et on vole au Français sa maison (puisqu'on l'ouvre à tous).

La droite dite républicaine est piégée dans tous les débats souverainistes par la gauche aux cris d'orfraies et par ses propres atermoiements, son incapacité chronique à s'affirmer, à assumer ses choix. On n'ose plus dire « la France », parce que ça pue la vieille France, la France rurale chère à Pétain. On dit « la République », alors que la République n'est jamais qu'un moment de l'histoire de France, une parenthèse peut-être. Il est hors de question de pleurnicher sur la disparition de l'Ancien Régime, de souhaiter une quelconque restauration, le retour du trône avec un roi dessus et des courtisans tout autour. Quant à la France rurale de Pétain, qui fut aussi celle du Général en sa jeunesse via Barrès ou Péguy, elle n'existe tout simplement plus, s'il reste des campagnes et trois vaches. La question du régime politique est pour moi subsidiaire. Une France moderne et ouverte sur le monde peut fort bien exister sans être pour autant une France agglomérée, une France où tous les citoyens du monde seraient chez eux, sauf précisément les Français de souche, ayant à expier je ne sais quel crime historique, quelle tare congénitale. Et ce que je dis de la France concerne aussi les autres nations. Une France française et indépendante ; une Italie italienne et indépendante ; une Allemagne, etc. Que chaque nation, affirmée, puisse conclure des alliances avec des nations voisines ou plus éloignées, par affinités ; alliances commerciales, culturelles, etc. Des traités, pourquoi pas ? pourvu qu'ils ne ligotent pas les nations. Ce contre quoi je suis, radicalement, c'est un état supranational. Je n'admets pas qu'un obscur fonctionnaire chypriote puisse décider que la Normandie doive produire moins de fromages au lait cru, et je n'admets pas davantage qu'un fonctionnaire français veuille que Chypre tonde la laine de ses moutons comme ceci et non comme ils ont là-bas l'habitude de le faire depuis des siècles. À la limite, je me fous pas mal que des pays arriérés pratiquent la charia ou l'excision, pourvu qu'on ne vienne pas introduire ces usages chez nous.

Je suis convaincu que la gauche n'est même pas choquée par la xénophobie en soi. Je tiens la xénophobie comme un réflexe naturel de protection. Des xénophobes, vous en trouverez autant à gauche qu'à droite. Il est naturel de préférer sa famille à ses voisins, ses voisins ou ses amis aux « touristes », surtout quand ces derniers prétendent dresser leurs tentes dans votre jardin, au nom d'une hospitalité pour laquelle vous n'avez pas été consulté. La préférence des siens aux autres n'induit pas une hostilité systématique aux autres. L'hostilité naît du surnombre, quand la quantité des autres vous fait sentir minoritaire chez vous. Une famille anglaise ou même maghrébine dans le village, ça ne le dénature pas, ça le colore d'une sympathique touche d'exotisme. Quand, sur les cent feux du patelin, quarante-cinq proviennent de vingt-trois nations différentes, surtout d'Afrique, surtout de mœurs et de pratiques religieuses étrangères à celles du cru, il est non seulement naturel, mais sain de s'en émouvoir. Oui à l'hospitalité, non à l'invasion.

La gauche est choquée par contre, ou fait semblant de l'être, par tout discours affirmant la primauté de la nation, son indépendance, sa volonté de demeurer soi, son désir de faire durer son histoire et ses particularismes, parce que la vision du monde à gauche est cosmopolitique et multiculturaliste. Pour ces gens-là, ils sont chez eux partout, et vous êtes tenus de tolérer chez vous des ahuris baragouinant deux mots de français et qui, à peine installés, se mêleront de vouloir repeindre vos murs à leurs couleurs, se mêleront d'exclure le porc de votre assiette par sournoise intimidation, empêcheront vos femmes et filles de se baigner au soleil dans des tenues toujours trop choquantes pour ces puritains hypocrites. Il n'y a pas d'un côté, à gauche, la vertu et de l'autre, à droite, le vice. L'affrontement gauche/droite n'oppose pas le Bien au Mal. Ce ne sont pas des luttes morales, mais politiques et politiques seulement. La droite a tort de se laisser entraîner dans des catégories morales. Et puisque, décidément, elle s'avère incapable de marquer son territoire sans en avoir sollicité la permission auprès des papautés de la gauche, nous abandonnons cette droite à son embarras et cessons d'attendre d'elle qu'elle défende notre vision du monde.

Quand à droite on prononce « nation », à gauche on affecte d'entendre « nationalisme », au sens exacerbé, agressif et conquérant du terme, et on s'étrangle, comme seule la gauche peut s'étrangler, avec la gestuelle exagérée du cinéma expressionniste. Peut-être ne suis-je pas attentif à tout, mais je ne crois pas avoir jamais entendu Marine Le Pen suggérer qu'elle s'empresserait, au pouvoir, d'attaquer et d'annexer la Suisse, la Belgique et autres contrées folkloriques, avant d'étendre l'aile impériale du coq français sur le reste du continent, afin d'y imposer je ne sais quoi de celtique, la cueillette du gui, le port obligatoire de la coiffe ou la blondeur. Le retour aux fondamentaux d'une nation indépendante ne signifie pas non plus, comme la gauche et une partie de la droite feignent de le penser, un repli frileux entre des frontières garnies de miradors avec soldats casqués dedans et chiens de berger tenus en laisse par d'inquiétantes sentinelles aux lourdes capotes vert-de-gris. Restaurer le contrôle aux frontières et restreindre par ce biais l'immigration illégale, ça n'est pas plus fasciste que de préférer les coccinelles aux doryphores. Quant à la préférence nationale qui fait hurler les comédiens engagés pour ce rôle, laissez-moi rire. Le Pen a affirmé à plusieurs reprises qu'elle ne distinguait pas les Français entre eux (et c'est à mon avis une lamentable erreur, si ce n'est pas un mensonge stratégique). Pour elle, pas de différence entre un Français dont le pedigree remonterait à Vercingétorix et un « Français » né la veille à Roissy d'un couple de Maliens en transit. 

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NOTE — Charles de Gaulle a d'abord été membre de l'UDF giscardienne, avant de rejoindre le MPF de Philippe de Villiers. Aux élections européennes de 1999 et municipales de 2001, il figure sur la liste du FN. Cette « infamie » lui vaudra d'être rappelé à l'ordre par une tribune dans Le Monde, signée de 57 descendants du Général. 

20 mai 2012

Ici la guerre : 2 - hégémonie

Pour rappel : Ici la guerre : 1 - prémices

* * *

Ce brave Ivan Petrovitch Pavlov avait un très bon chien. Il a fait des petits :

vous constatez qu'autour de vous la parole raciste et fasciste s'est libérée
Si nous nous mobilisons, c’est parce que cela fait trop longtemps que la parole raciste s’est libérée en France
Les « déra­pa­ges » ver­baux de mem­bres du gou­ver­ne­ment se suc­cè­dent, la droite décom­plexée la plus réac­tion­naire revient aux affai­res
Nous devons com­bat­tre cette bana­li­sa­tion des dis­cours racis­tes, anti­sé­mi­tes, isla­mo­pho­bes, sexis­tes et homo­pho­bes qui encou­ra­gent la haine de l’autre et pous­sent à la vio­lence
Mardi matin se tenait le débat parisien sur l'identité nationale au lycée Louis-le-Grand. Malgré les volontés de poser des cadres, la parole raciste s'est, comme ailleurs, libérée, offrant une tribune inespérée à l'extrême droite
C’est ainsi qu’en toute impunité s’est libérée et se libère à nouveau la parole raciste en France, 70 ans à peine après notre douloureuse histoire pétainiste

Google est à la portée de vos petits doigts frétillants si vous en voulez d'autres.

À gauche, on aime à se faire peur — ou plus exactement on aime à faire peur à l'aide d'épouvantails habillés pour la cause de cet antiracisme dont on peut désormais dire qu'il est un nouveau fascisme, tant il intervient dans tous les domaines pour dénoncer les « phobies » les plus délirantes et obtenir que soient punis ceux qui prétendent parler et débattre, comme il est naturel de le faire en démocratie.

L'antiracisme, on le sait, est une escroquerie politique imaginée par François Machiavel Mitterrand afin de diaboliser la droite. L'antiracisme est devenu un business juteux (le cas de Lilian Thuram). 

Si la parole, quelle que soit cette parole, se libère, c'est donc qu'elle était muselée. Par qui ? Un Carambar a celui qui trouve la bonne réponse. Je ne sache pas que beaucoup de procès en déviance langagière aient été ou soient intentés par Marine Le Pen, Éric Zemmour, Robert Ménard, Riposte Laïque, Christian Vanneste ou d'autres spécialistes de la langue bien pendue, tous fort nauséabonds au regard vigilant de la doxa antiraciste, antifasciste, citoyenne et bien-pensante.

Un type, on ne sait pourquoi, vivait depuis des années dans les égouts. Il en soulève soudain la plaque et arrondit les lèvres pour prononcer quelque chose. Il ne le dira jamais : fond sur lui un bataillon de vigilants casqués, rouleaux de sparadrap au poing. On le bâillonne. On ne sait ce qu'il allait dire, mais il allait le dire. Et ça n'aurait pas senti bon. Par « type vivant depuis des années dans les égouts », vous devez entendre « Français de souche » : un rat, un raciste. 

En dictature, il est toujours excellent que la parole se libère. En démocratie, c'est mal. Les gens y sont trop cons pour faire autre chose que de honteux amalgames. Ils sont incapables de distinguer entre ce qui relève du débat démocratique (les fameuses questions qui fâchent, sur l'immigration, l'islam) et l'insulte gratuite. Parler de l'islam, en parler sous l'aspect des problèmes sociétaux et culturels que sa présence implique ou risque d'impliquer pour des raisons démographiques, c'est du racisme — ni plus ni moins que de traiter de sale bougnoule ou de macaque un Noir qui n'en peut mais. Le procès intenté à Riposte Laïque par la LDH, la LICRA et le MRAP prouve que la « parole libérée » ne vole jamais longtemps ni haut : à peine murmurée, la voici remise au trou. Où la censure prophylactique ne peut s'exercer, la médecine judiciaire dispose de traitements variés et vigoureux pour soigner le patient atteint du syndrome de la liberté d'expression.
 
Ainsi donc la gauche est en France au pouvoir partout ou peu s'en faut, ses dogmes et interdits font la pluie au pays de Voltaire... malgré quoi la parole libérée menace ! Il reste trois loups en France, d'ailleurs apprivoisés, mais on hurle au loup au moindre craquement du plancher ou du buffet hérité de la grand-mère. Comprenne qui pourra.

En vérité, cette prétendue menace d'une « parole qui se libère » est un jeu de claquettes parfaitement orchestré. Il n'a pour dessein, toujours le même, que de diaboliser la droite même la plus fade, de la faire se sentir coupable du seul fait d'exister, de la contenir enfin dans son ghetto schizoïdique. Bien que matée, anesthésiée, surveillée nuit et jour, il importe toutefois que cette droite paraisse menaçante à l'occasion. On l'excite alors, ou bien on s'excite autour d'elle. Claude Guéant, en vantant la supériorité des civilisations qui respectent la vie, les femmes, la liberté et d'autres valeurs assez peu fascisantes, a ainsi déclenché un fort prévisible hourvari d'indignations. Un tel automatisme, une telle unanimité, relève moins de l'émotion véritable que du procédé. Alors que l'ex-ministre de l'Intérieur (il l'était encore à l'époque) n'a jamais proféré là que des évidences (de ces vérités qu'on appelle truismes, si peu contestables qu'il est vain de les énoncer), le voici convaincu de préparer la couche et les oreillers de la Bête Immonde du nazisme, et désigné comme une sorte de Goebbels à lunettes, ce qui est aussi grotesque que de soupçonner François Hollande de stalinisme. Cependant le message est passé, et le public en arrive, sinon à croire, à soupçonner que l'honnête et droit Guéant travaille pour le FN, donc pour Hitler. Plus c'est gros, plus ça passe, comme on dit.

Si, ces dernières années, jusqu'à l'élection de Hollande, la droite a détenu le pouvoir politique, c'est la gauche qui détient le pouvoir culturel, autrement plus puissant. La droite au pouvoir ne fait jamais que ce que la gauche veut bien qu'elle fasse. Cette droite que l'on prétend dominatrice ne domine guère, dans les faits — quand elle est au pouvoir —, que ses propres pieds, et encore, d'une faible hauteur. C'est la gauche qui tient la société et lui dicte ses lois. Si on se représente la vie politique en France sous la forme d'un échiquier autour duquel gauche et droite disputeraient une partie acharnée, on doit savoir que les Blancs et les Noirs sont agis par la seule main du joueur de gauche. Lorsque la droite veut jouer, elle demande quoi faire à son vis-à-vis, l'écoute puis joue, ou laisse carrément ce dernier déplacer les pièces à sa place, moitié flemme, moitié trouille gluante du mauvais coup, du célèbre dérapage.

Depuis une bonne quarantaine d'années (Mai 68, en gros), nous vivons sous le régime culturel hégémonique de la gauche. La gauche a décidé une fois pour toutes qu'elle représentait le Bien et que toute opposition à sa doxa figurait le Mal — le pire que l'on puisse envisager, avec les relents nauséabonds que vous devinez. Si tu es de droite, même la plus modérée, tu n'es pas un type qui pense différemment, et respectable comme tel : tu es un adversaire, un ennemi dangereux, un suppôt du Diable à svastika. À force de stigmatisations, on en arrive ainsi, lorsqu'on est de droite, à avoir honte de soi et à s'excuser d'être. 
 
C'est peu dire que Gramsci a gagné. La guerre de position (ou d'influence) qu'il prônait, préalable à la guerre de mouvement qu'il assignait comme but au marxisme contre le capitalisme, était la condition même de la lutte finale, le théorème parfait de ce parfait corollaire. Nous vivons bel et bien sous l'hégémonie culturelle de la gauche. Si vous en doutez, c'est que vous êtes de gauche, et donc de mauvaise foi, ou bien d'un crétinisme achevé — et je ne peux rien pour vous.

Que Gramsci ait gagné n'induit pas que sa victoire, écrasante, soit définitive. Avec lui, mais contre lui en fait, je pense que nous ne parviendrons à rien par la politique sans engager d'abord, et remporter, la guerre de position — celle des idées, des mots —, condition sine qua non de la reconquête envisagée. 
 
Comment y parvenir ? La contre-propagande, le raisonnement ? Oui et non. Plutôt non, d'ailleurs, que oui. Au petit jeu traditionnel de la dialectique, nous serons perdants à tous les coups. Je ne propose pas de convaincre, d'éduquer (ou de rééduquer) moins encore — mais de frapper. Nous passerons en revue dans le prochain billet quelques-unes des méthodes, toutes joyeuses, que vous pourrez ensuite utiliser au quotidien avez autant d'alacrité que d'efficacité. Vous n'aurez rien à potasser, rien à télécharger.

14 mai 2012

Ici la guerre : 1 - prémices

Avant d'être un animal politique (au sens général de πολῑτικός, l'homme au sein d'une société organisée et non livré à lui-même et aux lois de la jungle), l'homme est un animal tout court. Le plus civilisé, le plus exquis, le plus aimable des hommes possède toujours en lui un fond d'animalité. Sa nature primordiale et profonde est celle de l'animal en milieu hostile. J'en profite pour rappeler aux étourdis et aux bas du front que « primordial » ne signifie en aucun cas « important », mais « primitif », « qui se rapporte aux origines ». 

Ce serait faire à l'homme — ἄνθρωπος et non ἀνήρ, l'humain, pas le mâle — un fort méchant procès que de lui reprocher d'avoir conservé par-delà les siècles et la civilisation une chose aussi capitale que, par exemple, l'instinct de survie. Quoi qu'on en dise, l'homme moderne est d'une incroyable tolérance (version optimiste) ou d'une veulerie sans nom (version pessimiste). Lui fait-on les poches ? S'il ne sourit pas, il se plaint à peine. Lui donne-t-on un ordre qu'il réprouve intérieurement, il obtempère, se bornant à grogner dans sa barbe, quitte à se défouler plus tard sur un innocent (les femmes, les enfants et les animaux familiers servent à cela), en guise de représailles et de compensation. On le bouscule ? Il s'excuse d'être là. On le frappe ? Bien content d'être sauf, il réfléchit et s'efforce de comprendre son agresseur, s'échine à lui trouver des circonstances atténuantes (mélanodermie, précarité sociale...). On lui pique sa femme ? Il écarte les bras en signe d'impuissance et voûte le dos en s'éloignant des réalités amères de ce monde injuste. On le montre du doigt ? Il court se cacher, le rouge au front. On le traite publiquement d'imbécile ? Il rit comme un demeuré, feint de la trouver bien bonne.

Bref, si comme moi vous lisez la presse tous les jours et observez un peu votre environnement, jusqu'à vous observer vous-même dans vos manières un peu contraintes de réagir face à une offense réelle, vous établirez vite le constat que s'il y a beaucoup d'hommes en nombre, il y en a très peu en qualité. J'en profite pour avouer que je fais partie du nombre, à mon grand désarroi, car si j'ai la tête et le cœur à la guerre, je n'ai pas le bras très vaillant. Je ne suis pas moins qu'un autre le fruit d'une éducation dite chrétienne que je trouve avec le temps chaque jour plus délétère. Pour le dire tout net, j'en ai plein le cul d'être un brave homme et je rêve parfois d'être un homme brave, enfin — sinon un guerrier, un chevalier. Peut-être lis-je trop... 

Dans l'ensemble, tous, nous préférons la paix — la tranquillité — et les plaisirs à la guerre avec ses horreurs. La paix en ce sens est une aimable chose, mais cette paix dont je parle n'est pas la paix à tous prix des pacifistes, qui, lorsque vous leur lancez des briques, vous renvoient des fleurs et des poèmes. Nous ne ferions pas la guerre pour des broutilles, par excès de virilité ou de nerfs, mais la paix à n'importe quel prix, alors que la guerre nous a été déclarée, est aussi porteuse de sens et de vie, à mon avis, que de traverser la rue — dans les clous — en regardant avec indulgence, sans esquisser le moindre geste, le chauffard qui fonce vers vous à toute vitesse pour vous envoyer cueillir en enfer les pissenlits déracinés de votre funeste destin !

Sommes-nous en guerre ? Oui. L'avons-nous voulu ? Non. Pas directement. Nous l'avons voulu par bonté, cette bonté blême du chrétien réconcilié avec ses démons et pacifié, avec sa folie de croire à l'universalité de ses valeurs : compréhension, indulgence, compassion, humilité, pardon et, disons-le tout net, pacifisme bêlant. Nous avons voulu la guerre pour avoir renoncé à nos corps, par excès non de spiritualité, mais d'idéalisme. Nous avons voulu la guerre pour avoir interdit d'interdire, pour avoir abattu nos frontières tant morales et culturelles que, bien sûr, géographiques. Nous avons voulu la guerre pour avoir trop désiré une paix qui n'est pas du monde, ni de l'homme. Et cette paix, nous seuls la voulons — pas nos ennemis. 

On pouvait bien vouloir la paix en 39 et tout faire alors pour éviter la guerre. Sauf qu'en face l'ennemi avait un projet martial et un irrépressible désir d'expansion et de soumission des peuples. Dès lors que la guerre fut déclarée, ce n'était plus le temps de prêcher. On n'aime pas le feu, mais quand il y a le feu, il y a plus efficace que les lamentations et les poèmes de Paul Éluard pour vaincre les flammes. Il n'y a pas à tergiverser : faut se battre. Si nous perdons, au moins aurons-nous combattu. L'honneur sera sauf. Nous serons redevenus des hommes, au lieu de ces sinistres pantins empâtés et vaguement rigolards que je vois se perdre autour de moi dans un brouillard aux senteurs de pet.

C'est une chose que de prendre la mesure des faits, d'admettre enfin la réalité. C'en est une autre que d'y répondre adéquatement, sans se mettre au préalable à criailler et à courir en tous sens comme une pintade aux abois. L'instinct de survie chez la pintade existe non moins que chez les humains, sauf que l'intelligence lui fait hélas ! défaut. C'est bien de vouloir se tirer d'un mauvais pas, mais si on le fait en gigotant comme un malade alors que nous sommes pris dans les sables mouvants, nous n'arriverons qu'à précipiter notre perte. L'instinct de survie sans l'intelligence de survie ne sert pas plus qu'un arrosoir pour jouer du violon.

Cette sorte d'intelligence que requiert le combat, elle n'est pas donnée à tout le monde, aux intellectuels moins qu'aux gens un peu plus habitués qu'eux à trimbaler leurs bottes dans le fumier de la vie et à progresser dans les cloaques. Cependant les intellectuels ont un rôle à jouer du fait de leurs connaissances historiques, des leçons de l'histoire qu'ils sont censé avoir apprises et retenues. Ils peuvent sans doute voir plus loin que le combattant armé qui, lui, ne verra pas au-delà du canon de son fusil, parce qu'il vit dans l'instant, dans l'émotion de l'instant, dans la pure brutalité de l'instant, sans dessein, sans avenir. Je caricature volontairement pour bien marquer les rôles et mettre au net ce qu'on attend des acteurs. Untel sera le valet de chambre, un autre fera le marquis, un troisième le pendu dans la scène finale. On ne mélange pas les rôles et on les attribue en fonction des capacités propres à chacun.

Je focalise sur le rôle des intellectuels parce que cette drôle de guerre qui nous échoit est une guerre de plume et de babil avant toute chose, mais elle n'est pas que cela — et surtout elle n'est que le préambule d'une guerre véritable avec des macchabées et du vrai sang, une guerre que je pense inévitable à moyen terme et qui sera totale. Les intellectuels de notre camp ont pour mission, dans un premier temps, de faire savoir à l'ennemi qu'il est notre ennemi déclaré et que nous ne sommes pas déterminés à nous laisser intimider et que nous irons aussi loin que possible pour l'envoyer au tapis, lui faire mordre la poussière, l'abattre, physiquement au besoin. Ces intellectuels en pointe (et de pointe, si je pense à quelques figures connues que je me garderai de nommer) sont donc nos porte-étendards et nos éclaireurs et beaucoup plus que cela. Ils nous incitent par leur exemple et leur audace à l'ouvrir, à nous affirmer, à oser enfin dire et contredire, sans barguigner, avec force et discernement, avec violence si nécessaire (les pamphlets n'ont pas vocation à servir de torche-culs aux vagabonds diarrhéiques). Si, à l'exemple de... mettons G., encouragé par lui et convaincu par la pertinence de son propos, j'ose écrire enfin et rendre public ce que je me contentais jusque-là de confier à mon journal intime ou de murmurer en cercle très restreint, j'inciterai de la même manière H., qui me lira, à développer à son tour ses volutes et à piquer de la pointe aiguisée de sa plume le bedon de l'adversaire, sans craindre Dieu ni la foudre, parce qu'en vérité il n'y a rien à craindre : ce bedon n'est qu'un réservoir de merde, et à le percer on ne risque que d'être éclaboussé d'excréments. Ce qui est cherché ici, c'est l'effet boule de neige. Il faut des troupes pour combattre, car l'ennemi est nombreux. Ce n'est pas avec trois mousquetaires et un quatrième en embuscade que l'on gagne une bataille, ni a fortiori une guerre. Nous n'avons pas besoin non plus de ces dandys tout au romantisme et à l'esthétisme d'un combat à fleuret moucheté, avec banquet final, verre de l'amitié et filles à poil pour ébaudir l'assistance. Il nous faut donc grossir les troupes, inciter les silencieux à bruire enfin, délier la langue des muets. Il faut que, dans chaque village, dans chaque chaumière, le moindre talent prenne à son tour les armes (celles dont nous parlons, de salive et d'encre) et se batte à nos côtés pour rétablir l'équilibre des forces, car si nous sommes virtuellement en plus grand nombre que nos ennemis ne le pensent — eux pérorent beaucoup, nous nous taisons, et quand nous parlons, nous le faisons trop souvent avec l'air de nous excuser, ou peureusement, à la manière en certains points compréhensible d'un Richard Millet —, nous sommes trop faibles encore, trop peu audibles pour espérer renverser bientôt la tendance, remporter une première victoire (culturelle), avant la phase B, plus saignante, de notre projet de restauration.

Il sera question de méthodes et de stratégies dans une prochaine chronique.