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16 nov. 2014

Vladimir et les cochons

Naturellement, nous n'y étions pas, à Brisbane. On y a vu cependant une étrange manifestation de diplomatie envers un homme qui est en soi une concentration de péchés : Vladimir Poutine. Cet homme, qui n'était pas venu pour dérouler ses biceps, a pu constater à quel point la grossièreté et l'arrogance occidentales étalaient ses charmes, comme putains de bas-quartier. Les rappeurs anglo-saxons s'en sont donné à cœur joie, à l'unisson, telle une chorale de vieilles maquerelles liftées. Le Français, dans sa danse de l'entre-deux façon normande (un coup je veux, un coup je veux pas), s'est une fois de plus illustré par un manque de savoir-vivre qu'on pensait encore voici peu réservé à la racaille internationale. On se voile les yeux, on n'a rien vu : la honte nous submerge. L'ours n'a pas grogné, malgré les chiens clabaudant à ses mollets. Il est rentré chez lui avant des agapes qu'il pressentait comme une longue et dégoulinante bâfrerie avec rots et pets en guise de buccins. Nous ne savons pas ce qui se passe dans sa tête. Nous l'admirons pour sa parfaite maîtrise, son refus de la surenchère braillarde. Nous devinons que sans jouer il vient encore d'avancer un pion majeur. Nous ne sommes pas le seul à le penser.

20 juil. 2013

Le grand mot d'un tout petit homme

« Trappes : Valls juge les violences inacceptables »

Inacceptable : le grand mot du petit homme.

Un commissariat de police assiégé par deux cents excités du Coran ? Inacceptable ! On fait quoi ? On dit que c'est inacceptable. Mais encore ? On joue du bec et des claquettes, façon Cambadélis : « La cohésion française abîmée par le sarkozysme est achevée par la relégation urbaine. Il faut bien sûr en appeler à la République, mais s'interroger sur ce qu'elle a à offrir à ses enfants comme modèle d'intégration, donc d'égalité. » La France du PS égrène son chapelet républicain et s'interroge. Mais concrètement, quoi ?

Trois personnes veillant devant une mairie de province ? Inacceptable ! Et on envoie un fourgon pour mater les terroristes immobiles.

Port d'un T-shirt représentant une famille traditionnelle, donc moisie ? Inacceptable ! Ça ou lire Mein Kampf devant une classe de primaire, traitement identique : dans le fourgon, garde à vue, procès !

Ils ne comprendront jamais, parce qu'ils refusent la réalité, qu'une part importante de Français d'origine subsaharienne et musulmane refuse l'intégration, refuse la démocratie, conchie la France et toutes ses institutions. Une seule solution (redoutable) : on remballe tout ça, Français ou non, et direction le pays d'origine. Et ce, dès le premier pet de travers dans la djellaba ou le kami. En attendant, il existe une force qui s'appelle l'armée et à laquelle il suffirait de demander d'intervenir et de tirer à vue, histoire de refroidir ceux qui sont bel et bien en train de détruire la civilisation.

Mais voilà, tout cela est inacceptable en vérité. Alors on s'adonne en silence à des incantations hollandaises : ça va passer, suffit d'y croire et de le marteler dans le poste en présence des Pujadas émerveillés, leurs petits yeux rapprochés de fouine écarquillés. Le réveil sera brutal et douloureux.

31 mai 2013

In Europa venenum

Imaginez une bande internationale de siphonnés crapuleux qui décréteraient à brûle-pourpoint que l'amanite phalloïde est bonne désormais pour la santé (la vôtre surtout). Ils ne diraient pas ça par cynisme, dans l'espoir de vous empoisonner, mais par idéologie, persuadés qu'ils seraient du bien-fondé de leur science nouvelle, science évidemment nourrie à la louche par des experts graves et sentencieux. Qui peut mettre en cause la science des experts ? Pas vous, ni moi.

Un peu dubitatif, méfiant, vous commenceriez à grignoter de l'amanite, un petit bout ici, un petit bout là. Rien de bien dangereux ni de toxique, en dehors de quelques troubles un peu gênants toutefois, mais supportables à force d'optimisme et de propagande. Arrive le moment où votre santé montre des signes de faiblesse inquiétants. Vous adressez vos doléances au consortium de raclures : « C'est la faute à ce champignon vénéneux que vous nous faites manger ! » — « Ah mais pas du tout ! entonne le chœur unanime des saletés internationales. Pas du tout, mon brave ! Vous êtes malade parce que vous ne mangez pas assez de ce champignon magique et bienfaisant. » 

Vous n'êtes pas un mauvais bougre, ni un anarchiste : vous doublez la dose, matin, midi et soir. Et bientôt vous n'êtes plus en état de vous plaindre de quoi que ce soit en ce bas monde, mort que vous êtes et sous terre...

Maintenant, demandez-vous pourquoi, à la lueur de ce qui précède, le remède aux problèmes qui sont les nôtres à cause de l'Europe des malfaisants est, de leur point de vue : plus d'Europe, davantage d'Europe et moins de nations !

L'excellent remède que voilà...

26 mai 2012

Les mondes affrontés

Je n'oublie bien sûr pas la suite promise de ma série Ici la guerre.

Les mondes affrontés... Qu'est-ce à dire ?

J'utilise affronté dans son acception héraldique ou numismatique de « front à front », lorsque deux figures, souvent identiques d'ailleurs, jumelles, sont présentées ainsi. Elles se font face, s'opposent, sans nécessairement entretenir un rapport d'hostilité. Je suggère donc l'idée de mondes qui se regardent dans le blanc des yeux, avec toute la froideur que suppose un affrontement sérieux, loin donc des minuscules bisbilles de chapelles, des picrocholines querelles de clochers.

La droite contre la gauche, ou vice-versa, semble pour beaucoup une bien artificielle opposition, comme s'il ne s'agissait que d'un perpétuel et lassant chassé-croisé en vue d'exercer le pouvoir et de profiter surtout des avantages y afférents. Cette vision dégénérée de la bataille politique reflète autant la sottise de ceux qui ne pigent rien à la politique et ses enjeux, que la réalité du cirque politique contemporain. On se bat pour le prestige et des pots de confiture. On ne vainc que pour être vu, admiré, envié, craint parfois. On vise les plus belles places, celles qui brilleront en lettres d'or dans le Who's Who. On veut être là pour y être, comme à Cannes. Et comme à Cannes, l'important c'est la pose.

Veut-on un exemple remarquable de ces nuisibles qui pullulent en politique ? Rachida Dati. Elle n'est là que pour y être et papoter avec les copines. La remplacerait-on par un canard en plastique ou un parapluie que cela ne modifierait en rien le poids de la droite, n'altérerait en rien sa « force ». Et des nuisibles comme elle, moins spectaculairement nuisibles peut-être, la politique en compte mille et cent, à droite comme à gauche. Je m'abstiendrai de tout recensement. Là n'est pas le sujet.

La politique, au sens noble du terme, c'est autre chose que la vaine bataille pour un pouvoir et des dorures, des privilèges. À quoi sert un pouvoir qui ne veut rien, sinon se conserver ? Lorsqu'il est donné — par le suffrage universel —, ou pris — par la force des armes —, le pouvoir devrait servir un unique dessein : la cause politique pour laquelle on s'est battu. Le pouvoir ainsi vu n'est pas un but, mais un moyen. Il n'est pas une fin en soi, mais un départ. Que fait-on de ce pouvoir ? On l'exerce, pardi ! Chirac ne l'a pas exercé, mais il en a joui. Sarkozy l'a exercé, sans la moindre vision, modifiant sa stratégie au gré des vents ; lui aussi a joui de son pouvoir. Il aurait pu être président du Gabon ou de la Lettonie. C'est tombé sur la France. Hollande veut sans doute. Que peut-il dans les faits ? Et s'il pouvait ce qu'il veut, voulons-nous ce qu'il veut, lui ? Non, bien sûr : sa vision du monde n'est pas la nôtre. Nous le regardons comme un ennemi, lui et ses sbires.

On peut certes me reprocher d'admirer excessivement peut-être le général de Gaulle. Je l'admire moins pour sa politique, dans les faits, que pour sa vision politique, sa façon d'incarner à lui seul la France, de se confondre en elle. Personne n'eut de vision moins partisane que la sienne. Il se moquait même des gaullistes. Le Général exerçait le pouvoir sans en jouir. Jamais il ne dérogea à ses principes. Cette rigidité fait toute sa grandeur. Après lui, la France ne pouvait que décliner. Elle fit mieux, puisqu'elle dégringola. La souveraineté nationale, que le Général avait si constamment désirée et si farouchement défendue, fut mise à mal par le Traité de Maastricht en 92, instituant une Europe politique (de Communauté Économique Européenne — CEE —, l'Europe devint par ce traité la Communauté Européenne — CE —). Le Traité de Lisbonne en 2007 acheva la France (et les pays liés par ce traité) comme on achève une bête malade. La voici, nous voici désormais sous la tutelle d'une obscure Commission supranationale. Rien ne se fait plus au sein des nations européennes sans l'aval d'une Commission qui fait davantage penser à un consortium d'épiciers qu'à un état-major d'armée ou à un corps de philosophes au sens nietzschéen, dynamique, du terme. 

Quand Charles de Gaulle, le petit-fils du fondateur de la Ve République, se présenta au suffrage universel sur les listes du FN (v. note), ce fut une levée de boucliers familiale. Comment un de Gaulle pouvait-il salir à ce point le Nom ? Ce que je me demande, moi, c'est comment les héritiers du Nom peuvent supporter que les successeurs du « pater familias » aient dilapidé le bel héritage en cédant la France à l'Europe épicière. Ce que lesdits successeurs ont fait est comparable, le contexte guerrier en moins, au renoncement de Pétain à poursuivre la guerre contre les Nazis, à la politique d'alignement et de collaboration qui s'ensuivit. Le FN aujourd'hui, c'est de Gaulle depuis Londres et son célèbre appel. S'il est tout de même culotté d'avancer que le Général serait aujourd'hui lepéniste (ou mariniste), lui qui détestait les partis, on peut être sûr par contre qu'il eût rué des quatre fers pour empêcher qu'on attelât la charrette France au bœuf Europe, d'une manière telle que la souveraineté nationale n'existe plus dans les faits, bien que les pantins au pouvoir veuillent nous faire croire à l'indépendance préservée du pays. Tout ce que l'épicerie France contenait a été vendu au consortium dénoncé plus haut. Ne nous reste plus que les commis désœuvrés, ces hommes et ces femmes politiques que nous élisons et qui ne servent à rien, puisqu'ils ne peuvent plus rien.

Quand Sarkozy a lancé, par opportunisme, le débat sur l'identité nationale, j'ai suivi celui-ci en sachant bien que la taupinière accoucherait d'une fourmi. La question était pourtant de première importance, et son traitement vigoureux eût pu faire tache d'huile en Europe, mais elle fut traitée avec une légèreté digne d'un vaudeville de Labiche, par des intervenants qui n'y croyaient pas eux-mêmes, avaient honte d'en être. Parce que les mots nation, identité, quantités d'autres de cette famille, sont devenus nauséabonds. La droite le sait qui ne bavarde jamais là-dessus sans recevoir un immédiat coup de gourdin sur la tête — de la part du camp adverse et des médias affiliés, mais de son propre camp aussi, parfois préventivement, comme pour apparaître sinon plus vertueux, au moins plus rapides que les spécialistes autoproclamés du genre. Quand « la droite la plus bête du monde » bouge son cul, c'est pour affrioler l'adversaire, en offrir le défonçage à son vit breneux.

Les mondes affrontés sont deux visions antagonistes du monde. Les débats sur les bienfaits ou les méfaits de l'immigration de masse ne sont par exemple pas, comme la gauche le prétend, des conflits de cour de récréation sur fond de racisme plus ou moins échevelé : c'est une vision nationale et familiale d'une société donnée, typée, ancienne, enracinée, légitime, inquiète, contre une vision internationaliste et communautariste d'un monde asexué où chacun serait pareil à soi et soi pareil à chacun, un monde parfaitement indifférencié — ce qui est le comble du racisme, puisqu'il nie les différences au nom de l'égalitarisme. Quand on affirme qu'un étranger doit posséder en France les mêmes droits qu'un Français, on fait deux choses : on interdit à cet étranger d'être ce qu'il est, c'est-à-dire un étranger (ce n'est pas une maladie honteuse, mais un particularisme), et on vole au Français sa maison (puisqu'on l'ouvre à tous).

La droite dite républicaine est piégée dans tous les débats souverainistes par la gauche aux cris d'orfraies et par ses propres atermoiements, son incapacité chronique à s'affirmer, à assumer ses choix. On n'ose plus dire « la France », parce que ça pue la vieille France, la France rurale chère à Pétain. On dit « la République », alors que la République n'est jamais qu'un moment de l'histoire de France, une parenthèse peut-être. Il est hors de question de pleurnicher sur la disparition de l'Ancien Régime, de souhaiter une quelconque restauration, le retour du trône avec un roi dessus et des courtisans tout autour. Quant à la France rurale de Pétain, qui fut aussi celle du Général en sa jeunesse via Barrès ou Péguy, elle n'existe tout simplement plus, s'il reste des campagnes et trois vaches. La question du régime politique est pour moi subsidiaire. Une France moderne et ouverte sur le monde peut fort bien exister sans être pour autant une France agglomérée, une France où tous les citoyens du monde seraient chez eux, sauf précisément les Français de souche, ayant à expier je ne sais quel crime historique, quelle tare congénitale. Et ce que je dis de la France concerne aussi les autres nations. Une France française et indépendante ; une Italie italienne et indépendante ; une Allemagne, etc. Que chaque nation, affirmée, puisse conclure des alliances avec des nations voisines ou plus éloignées, par affinités ; alliances commerciales, culturelles, etc. Des traités, pourquoi pas ? pourvu qu'ils ne ligotent pas les nations. Ce contre quoi je suis, radicalement, c'est un état supranational. Je n'admets pas qu'un obscur fonctionnaire chypriote puisse décider que la Normandie doive produire moins de fromages au lait cru, et je n'admets pas davantage qu'un fonctionnaire français veuille que Chypre tonde la laine de ses moutons comme ceci et non comme ils ont là-bas l'habitude de le faire depuis des siècles. À la limite, je me fous pas mal que des pays arriérés pratiquent la charia ou l'excision, pourvu qu'on ne vienne pas introduire ces usages chez nous.

Je suis convaincu que la gauche n'est même pas choquée par la xénophobie en soi. Je tiens la xénophobie comme un réflexe naturel de protection. Des xénophobes, vous en trouverez autant à gauche qu'à droite. Il est naturel de préférer sa famille à ses voisins, ses voisins ou ses amis aux « touristes », surtout quand ces derniers prétendent dresser leurs tentes dans votre jardin, au nom d'une hospitalité pour laquelle vous n'avez pas été consulté. La préférence des siens aux autres n'induit pas une hostilité systématique aux autres. L'hostilité naît du surnombre, quand la quantité des autres vous fait sentir minoritaire chez vous. Une famille anglaise ou même maghrébine dans le village, ça ne le dénature pas, ça le colore d'une sympathique touche d'exotisme. Quand, sur les cent feux du patelin, quarante-cinq proviennent de vingt-trois nations différentes, surtout d'Afrique, surtout de mœurs et de pratiques religieuses étrangères à celles du cru, il est non seulement naturel, mais sain de s'en émouvoir. Oui à l'hospitalité, non à l'invasion.

La gauche est choquée par contre, ou fait semblant de l'être, par tout discours affirmant la primauté de la nation, son indépendance, sa volonté de demeurer soi, son désir de faire durer son histoire et ses particularismes, parce que la vision du monde à gauche est cosmopolitique et multiculturaliste. Pour ces gens-là, ils sont chez eux partout, et vous êtes tenus de tolérer chez vous des ahuris baragouinant deux mots de français et qui, à peine installés, se mêleront de vouloir repeindre vos murs à leurs couleurs, se mêleront d'exclure le porc de votre assiette par sournoise intimidation, empêcheront vos femmes et filles de se baigner au soleil dans des tenues toujours trop choquantes pour ces puritains hypocrites. Il n'y a pas d'un côté, à gauche, la vertu et de l'autre, à droite, le vice. L'affrontement gauche/droite n'oppose pas le Bien au Mal. Ce ne sont pas des luttes morales, mais politiques et politiques seulement. La droite a tort de se laisser entraîner dans des catégories morales. Et puisque, décidément, elle s'avère incapable de marquer son territoire sans en avoir sollicité la permission auprès des papautés de la gauche, nous abandonnons cette droite à son embarras et cessons d'attendre d'elle qu'elle défende notre vision du monde.

Quand à droite on prononce « nation », à gauche on affecte d'entendre « nationalisme », au sens exacerbé, agressif et conquérant du terme, et on s'étrangle, comme seule la gauche peut s'étrangler, avec la gestuelle exagérée du cinéma expressionniste. Peut-être ne suis-je pas attentif à tout, mais je ne crois pas avoir jamais entendu Marine Le Pen suggérer qu'elle s'empresserait, au pouvoir, d'attaquer et d'annexer la Suisse, la Belgique et autres contrées folkloriques, avant d'étendre l'aile impériale du coq français sur le reste du continent, afin d'y imposer je ne sais quoi de celtique, la cueillette du gui, le port obligatoire de la coiffe ou la blondeur. Le retour aux fondamentaux d'une nation indépendante ne signifie pas non plus, comme la gauche et une partie de la droite feignent de le penser, un repli frileux entre des frontières garnies de miradors avec soldats casqués dedans et chiens de berger tenus en laisse par d'inquiétantes sentinelles aux lourdes capotes vert-de-gris. Restaurer le contrôle aux frontières et restreindre par ce biais l'immigration illégale, ça n'est pas plus fasciste que de préférer les coccinelles aux doryphores. Quant à la préférence nationale qui fait hurler les comédiens engagés pour ce rôle, laissez-moi rire. Le Pen a affirmé à plusieurs reprises qu'elle ne distinguait pas les Français entre eux (et c'est à mon avis une lamentable erreur, si ce n'est pas un mensonge stratégique). Pour elle, pas de différence entre un Français dont le pedigree remonterait à Vercingétorix et un « Français » né la veille à Roissy d'un couple de Maliens en transit. 

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NOTE — Charles de Gaulle a d'abord été membre de l'UDF giscardienne, avant de rejoindre le MPF de Philippe de Villiers. Aux élections européennes de 1999 et municipales de 2001, il figure sur la liste du FN. Cette « infamie » lui vaudra d'être rappelé à l'ordre par une tribune dans Le Monde, signée de 57 descendants du Général. 

20 mai 2012

Ici la guerre : 2 - hégémonie

Pour rappel : Ici la guerre : 1 - prémices

* * *

Ce brave Ivan Petrovitch Pavlov avait un très bon chien. Il a fait des petits :

vous constatez qu'autour de vous la parole raciste et fasciste s'est libérée
Si nous nous mobilisons, c’est parce que cela fait trop longtemps que la parole raciste s’est libérée en France
Les « déra­pa­ges » ver­baux de mem­bres du gou­ver­ne­ment se suc­cè­dent, la droite décom­plexée la plus réac­tion­naire revient aux affai­res
Nous devons com­bat­tre cette bana­li­sa­tion des dis­cours racis­tes, anti­sé­mi­tes, isla­mo­pho­bes, sexis­tes et homo­pho­bes qui encou­ra­gent la haine de l’autre et pous­sent à la vio­lence
Mardi matin se tenait le débat parisien sur l'identité nationale au lycée Louis-le-Grand. Malgré les volontés de poser des cadres, la parole raciste s'est, comme ailleurs, libérée, offrant une tribune inespérée à l'extrême droite
C’est ainsi qu’en toute impunité s’est libérée et se libère à nouveau la parole raciste en France, 70 ans à peine après notre douloureuse histoire pétainiste

Google est à la portée de vos petits doigts frétillants si vous en voulez d'autres.

À gauche, on aime à se faire peur — ou plus exactement on aime à faire peur à l'aide d'épouvantails habillés pour la cause de cet antiracisme dont on peut désormais dire qu'il est un nouveau fascisme, tant il intervient dans tous les domaines pour dénoncer les « phobies » les plus délirantes et obtenir que soient punis ceux qui prétendent parler et débattre, comme il est naturel de le faire en démocratie.

L'antiracisme, on le sait, est une escroquerie politique imaginée par François Machiavel Mitterrand afin de diaboliser la droite. L'antiracisme est devenu un business juteux (le cas de Lilian Thuram). 

Si la parole, quelle que soit cette parole, se libère, c'est donc qu'elle était muselée. Par qui ? Un Carambar a celui qui trouve la bonne réponse. Je ne sache pas que beaucoup de procès en déviance langagière aient été ou soient intentés par Marine Le Pen, Éric Zemmour, Robert Ménard, Riposte Laïque, Christian Vanneste ou d'autres spécialistes de la langue bien pendue, tous fort nauséabonds au regard vigilant de la doxa antiraciste, antifasciste, citoyenne et bien-pensante.

Un type, on ne sait pourquoi, vivait depuis des années dans les égouts. Il en soulève soudain la plaque et arrondit les lèvres pour prononcer quelque chose. Il ne le dira jamais : fond sur lui un bataillon de vigilants casqués, rouleaux de sparadrap au poing. On le bâillonne. On ne sait ce qu'il allait dire, mais il allait le dire. Et ça n'aurait pas senti bon. Par « type vivant depuis des années dans les égouts », vous devez entendre « Français de souche » : un rat, un raciste. 

En dictature, il est toujours excellent que la parole se libère. En démocratie, c'est mal. Les gens y sont trop cons pour faire autre chose que de honteux amalgames. Ils sont incapables de distinguer entre ce qui relève du débat démocratique (les fameuses questions qui fâchent, sur l'immigration, l'islam) et l'insulte gratuite. Parler de l'islam, en parler sous l'aspect des problèmes sociétaux et culturels que sa présence implique ou risque d'impliquer pour des raisons démographiques, c'est du racisme — ni plus ni moins que de traiter de sale bougnoule ou de macaque un Noir qui n'en peut mais. Le procès intenté à Riposte Laïque par la LDH, la LICRA et le MRAP prouve que la « parole libérée » ne vole jamais longtemps ni haut : à peine murmurée, la voici remise au trou. Où la censure prophylactique ne peut s'exercer, la médecine judiciaire dispose de traitements variés et vigoureux pour soigner le patient atteint du syndrome de la liberté d'expression.
 
Ainsi donc la gauche est en France au pouvoir partout ou peu s'en faut, ses dogmes et interdits font la pluie au pays de Voltaire... malgré quoi la parole libérée menace ! Il reste trois loups en France, d'ailleurs apprivoisés, mais on hurle au loup au moindre craquement du plancher ou du buffet hérité de la grand-mère. Comprenne qui pourra.

En vérité, cette prétendue menace d'une « parole qui se libère » est un jeu de claquettes parfaitement orchestré. Il n'a pour dessein, toujours le même, que de diaboliser la droite même la plus fade, de la faire se sentir coupable du seul fait d'exister, de la contenir enfin dans son ghetto schizoïdique. Bien que matée, anesthésiée, surveillée nuit et jour, il importe toutefois que cette droite paraisse menaçante à l'occasion. On l'excite alors, ou bien on s'excite autour d'elle. Claude Guéant, en vantant la supériorité des civilisations qui respectent la vie, les femmes, la liberté et d'autres valeurs assez peu fascisantes, a ainsi déclenché un fort prévisible hourvari d'indignations. Un tel automatisme, une telle unanimité, relève moins de l'émotion véritable que du procédé. Alors que l'ex-ministre de l'Intérieur (il l'était encore à l'époque) n'a jamais proféré là que des évidences (de ces vérités qu'on appelle truismes, si peu contestables qu'il est vain de les énoncer), le voici convaincu de préparer la couche et les oreillers de la Bête Immonde du nazisme, et désigné comme une sorte de Goebbels à lunettes, ce qui est aussi grotesque que de soupçonner François Hollande de stalinisme. Cependant le message est passé, et le public en arrive, sinon à croire, à soupçonner que l'honnête et droit Guéant travaille pour le FN, donc pour Hitler. Plus c'est gros, plus ça passe, comme on dit.

Si, ces dernières années, jusqu'à l'élection de Hollande, la droite a détenu le pouvoir politique, c'est la gauche qui détient le pouvoir culturel, autrement plus puissant. La droite au pouvoir ne fait jamais que ce que la gauche veut bien qu'elle fasse. Cette droite que l'on prétend dominatrice ne domine guère, dans les faits — quand elle est au pouvoir —, que ses propres pieds, et encore, d'une faible hauteur. C'est la gauche qui tient la société et lui dicte ses lois. Si on se représente la vie politique en France sous la forme d'un échiquier autour duquel gauche et droite disputeraient une partie acharnée, on doit savoir que les Blancs et les Noirs sont agis par la seule main du joueur de gauche. Lorsque la droite veut jouer, elle demande quoi faire à son vis-à-vis, l'écoute puis joue, ou laisse carrément ce dernier déplacer les pièces à sa place, moitié flemme, moitié trouille gluante du mauvais coup, du célèbre dérapage.

Depuis une bonne quarantaine d'années (Mai 68, en gros), nous vivons sous le régime culturel hégémonique de la gauche. La gauche a décidé une fois pour toutes qu'elle représentait le Bien et que toute opposition à sa doxa figurait le Mal — le pire que l'on puisse envisager, avec les relents nauséabonds que vous devinez. Si tu es de droite, même la plus modérée, tu n'es pas un type qui pense différemment, et respectable comme tel : tu es un adversaire, un ennemi dangereux, un suppôt du Diable à svastika. À force de stigmatisations, on en arrive ainsi, lorsqu'on est de droite, à avoir honte de soi et à s'excuser d'être. 
 
C'est peu dire que Gramsci a gagné. La guerre de position (ou d'influence) qu'il prônait, préalable à la guerre de mouvement qu'il assignait comme but au marxisme contre le capitalisme, était la condition même de la lutte finale, le théorème parfait de ce parfait corollaire. Nous vivons bel et bien sous l'hégémonie culturelle de la gauche. Si vous en doutez, c'est que vous êtes de gauche, et donc de mauvaise foi, ou bien d'un crétinisme achevé — et je ne peux rien pour vous.

Que Gramsci ait gagné n'induit pas que sa victoire, écrasante, soit définitive. Avec lui, mais contre lui en fait, je pense que nous ne parviendrons à rien par la politique sans engager d'abord, et remporter, la guerre de position — celle des idées, des mots —, condition sine qua non de la reconquête envisagée. 
 
Comment y parvenir ? La contre-propagande, le raisonnement ? Oui et non. Plutôt non, d'ailleurs, que oui. Au petit jeu traditionnel de la dialectique, nous serons perdants à tous les coups. Je ne propose pas de convaincre, d'éduquer (ou de rééduquer) moins encore — mais de frapper. Nous passerons en revue dans le prochain billet quelques-unes des méthodes, toutes joyeuses, que vous pourrez ensuite utiliser au quotidien avez autant d'alacrité que d'efficacité. Vous n'aurez rien à potasser, rien à télécharger.

3 mai 2012

Donald Duck et le roi Lion

J'ai certes un préjugé assez peu favorable envers le candidat socialiste, sans être un aficionado du président sortant. J'ai regardé le débat d'hier sans rien attendre de neuf sur le plan des projets. Ni l'un ni l'autre des prétendants n'allaient évidemment nous sortir de sa boîte magique un quelconque sésame pour des lendemains qui chantent. Ils étaient comme deux coqs se disputant la suprématie sur la basse-cour. J'attendais que le coq élyséen cogne et démolisse le béjaune hollandais. J'attendais de voir les plumes voler et battre en retraite l'inexpérimenté coquelet corrézien. Je l'ai surtout vu s'étrangler, entendu piauler. Sarkozy n'a pas démoli son adversaire, mais il l'a bien rossé tout de même par endroits. En tous cas, je l'ai trouvé ferme et consistant.

À lire les réactions ce matin, je me demande si certains ont vu le même débat que moi. Hollande aurait gagné selon le clan de gauche. Mélenchon nous apprend que « Hollande a plié Sarkozy en quatre ». Je pense qu'il s'est endormi pendant le débat et a beaucoup rêvé. Les éditorialistes refusent de décerner le pompon à aucun des protagonistes. À droite, le chef a bien parlé.
 
J'ai regardé ce débat en essayant de me placer dans la peau d'un électeur déterminé à choisir un vrai chef pour les cinq prochaines années, dans un contexte de crise nationale (identitaire) et internationale (financière). Un chef, n'est-ce pas, c'est un homme qui saura prendre les décisions que la situation impose. Si son état-major se déchire sur la décision à prendre et/ou quant aux modalités de l'action à mener, il tranchera dans le vif, sans états d'âme. Si demain un déséquilibré balance une grenade dégoupillée dans son bureau, il ne convoquera pas une commission ad hoc afin de savoir quelle attitude observer. En cas de conflit, de tensions internationales, il fera preuve d'autorité et non de compassion. Toujours, pour lui, primera l'intérêt de son pays. Les décisions qu'il sera amené à prendre ne répondront pas forcément à une grille idéologique. S'il doit être constant, il ne sera pas borné. Il sera donc pragmatique et non dogmatique. Ce côté girouette que j'ai entendu Hollande reprocher à Sarkozy est justement un effet de ce pragmatisme. Sarkozy peut avoir été ou être encore, à titre personnel, pour que les étrangers puissent voter lors de scrutins locaux (sous certaines conditions et sous réserve de réciprocité de la part des pays d'où ils proviennent), et ne plus l'être en tant que président, pour avoir compris que ce ne pouvait être là une heureuse perspective dans le contexte de crise identitaire que nous connaissons, avec au surplus un Front National à 18%.

Analysons un peu les attitudes. Nous avions d'un côté, à gauche, un Hollande décidément raide, mal assis, le buste vers l'arrière, comme qui cherche à esquiver des coups. On a pu le voir à maintes reprises modifier sa posture, comme s'il se rappelait soudain les directives de son coach. Il ne s'est jamais retiré par contre le parapluie qu'il s'était enfoncé dans le cul avant de pénétrer dans le studio. Je l'ai trouvé aussi peu naturel que possible, tout boursouflé d'une dignité d'emprunt. Un homme gourmé et boutonné.
 
À droite, Sarkozy, quand il ne gesticulait pas, avec ces frénétiques et bizarres mouvements des épaules qu'on lui connaît, se tenait la plupart du temps vers l'avant, à l'offensive donc. C'était frappant. Certes, il ne m'a pas échappé qu'il cherchait sans cesse l'approbation des journalistes. Certains commentateurs interprètent cette attitude comme celle d'un homme peu confiant. Je ne suis pas de cet avis. Quoi de plus naturel en pareil cas de prendre à témoin les personnes présentes, même si leur rôle est de demeurer neutres ? Hollande, lui, n'a jamais eu le moindre regard pour les journalistes. Il les a ignorés d'un bout à l'autre du débat. Et savez-vous pourquoi ? Parce que Hollande, qui récitait une leçon de toute évidence apprise, ne voulait pas être perturbé par d'autres regards que celui de son adversaire. On lui avait recommandé de soutenir le regard de Sarkozy et c'était bien assez pour lui. Il y est parvenu, mais ce regard était d'un caniche peureux, d'un tendre cabot tout désolé qu'on ne prenne pas trop au sérieux ses grands airs républicains, tout marri qu'on ne veuille pas au moins lui accorder le bénéfice de la gentillesse et de la bienveillance. Avez-vous comme moi observé cet œil gelatineux ? Avez-vous vu là l’œil d'un aigle ou celui d'une morue depuis trois jours à l'étalage d'un poissonnier ? Que le candidat socialiste ait moins le physique d'un guerrier que celui d'un bourgeois sortant de table après avoir un peu trop bâfré est une chose. L'apparence dit beaucoup, mais elle ne dit pas tout. On peut être rond au physique et pointu au mental. On peut avoir une tête de chien et une bravoure de lion. On peut n'avoir l'air de rien et être quelqu'un. Que le futur chef de l'état ait l'œil aussi peu vif et dénué de toute intelligence est une disgrâce et un ridicule pour le pays qu'il pourrait gouverner.

Attitudes, gestuelle, regards... et voix ! Hollande n'a rien pour lui décidément. Une voix de canard cuit, ai-je spontanément pensé. Comment, nanti d'une voix aussi désagréable, peut-il espérer séduire ou convaincre ? Hollande ne sait que piailler. Il s'exprime comme si on lui avait marché sur la queue, comme si on lui tenait la couille entre les mâchoires d'une pince. La voix d'un homme qui ne crie jamais, n'impose jamais ses vues. La voix de qui s'alarme d'un rien, craint son ombre. La voix de qui vous voudrez, sauf celle d'un chef. Or, c'est un chef que les Français éliront dimanche et pas le président du comité des fêtes. Ce chef sera pour cinq ans amené à diriger la France (et non une chorale de vieilles filles), à défendre ses intérêts partout dans le monde, à lui conserver son rang et un prestige déjà bien mal en point. Il lui faudra croiser le fer parfois avec les chefs d'autres puissances : Merkel, Obama, Hu Jintao, Poutine, etc. Vous imaginez Hollande en face de Poutine ? Vous l'imaginez dire et redire Niet ! à Poutine, en russe dans le texte, le regard planté dans le sien, le poing heurtant la table ? Vous le voyez cherchant à convaincre le Chinois hilare de réévaluer le yuan ? Si oui, alors vous avez une imagination puissante et un sens aigu du comique de situation. 

J'ai essayé tout au long du débat de juger les protagonistes en me plaçant dans la perspective d'un chef à élire tout en me glissant dans la peau d'un électeur hésitant. Entre le chef actuel et son challenger, il n'y a qu'un choix possible si on pense à la France et non à la sympathie ou à la répulsion qu'inspire le visage ou les manières d'un des candidats. Ce choix, c'est Sarkozy. Hollande, qui se sait peu inspirant, peu susceptible de soulever l'enthousiasme des foules et dont le programme est extrait, sans dépoussiérage, des fonds patrimoniaux du socialisme, a axé toute sa campagne sur le rejet de Sarkozy. Il a moins défendu son projet que pilonné le bilan de son éventuel futur prédécesseur. Quoi que Hollande et ses sbires disent, s'il y a rejet du bonhomme Sarkozy, sa politique n'a pas été tellement que ça rejetée. Pour un président que tout le monde déteste, réaliser un score de 27,18% lors du premier tour est une prouesse. C'est 4% tout juste de moins que son score de 2007, mais c'est 1,31% de plus que Ségolène Royal la même année, une Ségolène Royal pour qui bien du monde s'était enflammé, assez mystiquement d'ailleurs, et qui avait fait chou blanc. La droite n'est pas non plus rejetée, puisqu'elle s'est renforcée en cinq ans (46,87% contre 45%). Les électeurs perdus de Sarkozy en 2012 ne se sont pas détournés de la droite, bien au contraire. Ceux-là n'ont donc pas jugé que Sarkozy en avait fait trop (dans l'exclusion, la haine et toutes les simagrées pseudo-fascisantes qu'on lui reproche), mais qu'il n'en avait pas fait assez — d'où le succès de Marine le Pen au premier tour. Ces électeurs-là ne sont tout de même pas idiots pour passer des bras de fer de Le Pen à ceux de caoutchouc de Hollande. Ce sont des gens qui aimeraient davantage d'autorité, de poigne. Ils veulent au sommet de l'état un ours, pas un lapin. Ils voteront Sarkozy, s'ils ne s'abstiennent pas.

J'ai beaucoup ri hier quand Hollande a récité sa fable de la grenouille qui se veut faire aussi grosse que le bœuf : Moi président de la République, etc. Quinze fois, qu'il nous a martelé ça ! Il enflait à mesure. On aurait dit un petit garçon essayant de se convaincre qu'il serait John Wayne si sa maman voulait bien lui offrir un pistolet à eau. Avec ça, il en dégommerait, des Apaches ! Le gros effet de rhétorique, la belle anaphore bleue ! Si encore ça lui était venu spontanément ! Le lyrisme peut être sincère. Là, c'était préparé et mimé. Un mauvais acteur récitait sans y croire une tirade digne de Guignol. J'ai cru que le régisseur allait lancer la fameuse chanson de Gérard Lenorman (Si j'étais président) et que tout le staff socialiste allait débouler dans le studio avec des sourires fendus jusqu'aux oreilles, frappant dans leurs mains, reprenant tous en chœur le refrain — que dis-je ! l'hymne hollandais. Franchement, non. Assez de salades. 
 
La veille de ce débat, Sarkozy grignotait un peu de son retard. Hollande était encore toutefois donné vainqueur avec une belle avance (53% contre 47%). Pour les spécialistes, les jeux étaient et restent faits. En effet, jamais on n'a vu un candidat refaire en trois jours un tel handicap. Le débat, sauf explosion en vol du candidat en tête, ne permettrait pas à l'autre de combler son retard. Si j'ai trouvé Hollande médiocre et ridicule, il ne l'a pas été d'une manière saignante. Il s'est débattu, il a geint. Il n'a pas fait sous lui. Sarkozy lui a mis des baffes là où moi j'aurais frappé à mort. Hollande a été agressif, lis-je. Nenni : il a couiné, c'est tout. 
 
Dimanche soir, à vingt heures, le nom du vainqueur sera connu. Je vous avais donné mon pronostic final au soir du premier tour : Hollande, d'une courte tête. Je vous avais promis mon pronostic définitif pour après le débat. Nous y sommes. Alors quoi ?

Une évidence pour commencer : je ne crois pas que Sarkozy puisse perdre avec six points d'écart dans une France qui penche toujours plus à droite. S'il perd, ce sera de peu, et ce ne sera pas un triomphe du clown corrézien. Enfin, j'ai beau me pincer, je n'arrive pas à envisager Hollande président de la République ailleurs que dans ses rêves humides et roses. Il va se passer quelque chose dimanche. Sarkozy, contre toute attente, va l'emporter, d'une très courte tête. Je n'y crois pas dur comme fer, c'est un vœu pieux sans doute, mais je sens que les flonflons ne retentiront pas là où on les attend. Le Diable va frapper. La vie en rose sera une fois de plus remise aux calendes grecques.

Si Sarkozy perd, je ne serai pas plus triste que ça, vu qu'il n'était pas mon candidat au premier tour. Je serais déçu pour la France qui mérite mieux que l'avatar de Pantalon à sa tête, et désolé pour quelques amis. Je me reprendrais bien vite à la perspective goulue des inévitables et rapides déboires de Flanby et associés. Nous ne serions plus alors dans la fiction (Si j'étais président), mais dans la dure réalité (Vaisselle cassée).

Je n'ai pas tout dit.

Si je vois Sarkozy l'emporter dimanche, je vois aussi la majorité perdre aux législatives de juin et Sarkozy obligé de gouverner cinq ans durant avec les socialistes. 
 
Je suis vicieux, je sais.

1 mai 2012

Résoudre ce choix cornélien

Imaginons... Vous devez vous rendre en voiture de Lille à Nice, vous ne conduisez personnellement pas et seuls deux chauffeurs sont disponibles. Le premier est du genre casse-cou, il aime faire crisser les pneus et chérit l'accélérateur plus que tout. Le second conducteur est au contraire calme, tellement d'ailleurs qu'il s'endort au volant, bercé par sa conduite. Vous êtes sur le point d'appeler l'un de ces deux chauffeurs pour qu'il vous conduise de Lille à Nice, mais vous ne parvenez pas à choisir. En fait, vous avez peur. La question que vous vous posez est de savoir lequel de ces deux conducteurs réduira le risque d'accident. À mon avis, le risque d'accident est moins élevé avec le chauffeur énervé qu'avec celui qui s'endort presque compulsivement. Donc, je décroche mon téléphone et je choisis Nicolas Sarkozy.

29 avr. 2012

Une bien louche affaire...

Je lis dans la presse (*)

Le député PS Julien Dray a convié samedi soir dans un bar parisien Ségolène Royal, Manuel Valls et Pierre Moscovici notamment, pour fêter son anniversaire mais sans les avertir de la présence de Dominique Straus-Kahn parmi les convives, ce qui a provoqué leur départ.

L'information a été révélée par un journaliste du Point, Saïd Mahrane, présent, qui a publié sur son compte Twitter deux photos (Valls et DSK, séparément). Ségolène Royal est dans tous ses états et en veut beaucoup à Julien Dray de ne pas l'avoir avertie, elle et les autres, de la présence très encombrante du gros pestiféré. 

Voici trois jours, pur hasard, je traînais sur la fiche Wikipédia de Julien Dray. J'y retourne, troublé, et je lis bien que Julien Dray est né un 5 mars. Nous étions hier le 28 avril. Sentant que ça cloche, je vais voir la fiche de DSK et... Dominique Strauss-Kahn est né un 25 avril ! 

Vous avez compris, je pense. DSK fêtait hier soir dans un bar parisien son anniversaire et avait invité, en plus de son ami Julien Dray, trois de ceux qui sont appelés, en cas d'élection hollandaise, à occuper les plus hautes fonctions (Valls est pressenti pour être le Premier ministre, et Ségolène Royal a des vues sur le perchoir de l'Assemblée nationale). Or, il y avait un journaliste dans la salle et il prenait des photos. Fuite précipitée des trois larrons ! Scandale ensuite, on feint de reprocher à Dray son indélicatesse, etc.

À l'heure où j'écris ces lignes, la presse ne semble pas avoir attrapé le lièvre que je soulève ici.

26 avr. 2012

La retraite au Flamby

Voici plusieurs semaines déjà, la question a été posée à Nicolas Sarkozy de savoir ce qu'il ferait en cas de non-réélection. À ma connaissance, la question n'a pas été posée à François Hollande, ou alors si bas que nous n'avons rien entendu. La clique journalistique envisageait donc une défaite du président, et par corollaire une victoire du prétendant. Ce dernier, il est vrai, menait à l'époque le match avec dix buts d'écart. Il n'en possède plus qu'un. Force nous est ainsi de nous poser sérieusement la question de savoir ce que Hollande pourrait bien faire s'il est battu. À mon avis, il n'aurait que le choix de l'exil. La honte pour lui serait un trop lourd fardeau. 

À la question de « l'après », Nicolas Sarkozy avait répondu qu'il arrêterait la politique et chercherait à faire du fric. La réponse est conforme au personnage que nous connaissons. Elle est au moins claire. Sarkozy a eu 57 ans en janvier : un peu jeune pour une retraite, surtout que l'homme est un suractif. Il a été maire, député, ministre, puis président. Que voulez-vous qu'il fasse encore en politique ? Il deviendrait membre de droit et à vie du Conseil constitutionnel, sans la moindre obligation d'y siéger. Je ne vois pas franchement Sarkozy aller s'enterrer là. Déjà que Chirac s'y emmerde et y fait de l'esclandre... (*)

François Hollande semble n'avoir rien prévu en cas de défaite, tant il est convaincu d'avoir gagné déjà. Que le rôle n'ait pas encore été officiellement attribué ne dérange pas l'acteur corrézien. Chaque jour davantage, avec une grande application et un sérieux de cardinal, il entre dans la peau du personnage. Je ne dois pas être le seul à lui trouver un air plein de componction et à en glousser de rire. Bref, monsieur H. répète. L'homme du rêve français réenchanté n'envisage pas de travailler ailleurs qu'à l'Élysée les cinq prochaines années. Il est têtu.

Mais si le sort, comme dans un film tragique au dénouement aussi inattendu que pervers, en décidait autrement ? Après avoir tant et si fort claironné qu'il y était, que faire et surtout où aller s'il n'y est pas ? Il serait la risée de la France entière et la honte du PS jusqu'au prochain millénaire. Un camouflet pareil ne se digérerait pas le temps d'une salade mâche et truffes à 140 euros chez Laurent (*). Quelques semaines, mois ou années durant, le temps que l'oubli fasse son œuvre, il lui faudrait se cacher. Nous avons préparé au moins corsé des fromages deux ou trois plans de secours.

Nous inspirant d'un épisode célèbre et calamiteux de l'histoire de France, nous suggérerions en première instance au prétendant défait une fuite en bonne et due forme, mais pas n'importe où : une fuite à Marennes ! C'est en Poitou-Charentes, il y connaît du monde. Il pourrait s'y recycler dans l'huître. C'est bon les huîtres, c'est un produit tout à la fois chic et abordable : exactement ce qu'il faut à un socialiste n'aimant pas trop les riches mais un peu tout de même.

S'il n'aime pas la mer, les embruns, l'humidité, les senteurs marines (ah ! ah ! ah ! ah !), Hollande peut toujours demander à sa copine Cécile Duflot qu'elle lui dégote une bergerie et un troupeau de brebis ou de chèvres dans le Larzac. Le fromage, c'est bon ça ! Et c'est sain. Là encore, Hollande pourrait compter sur les conseils et l'expertise d'une sienne ex-compagne (*).

Nous avons songé que, peut-être, François Hollande préférerait un plus pépère emploi dans sa Corrèze d'adoption. Ce ne sont pas les clubs nautiques qui manquent là-bas. L'un d'eux serait certainement ravi de confier à ce comptable avisé la gestion de sa flottille de pédalos — à voile et à vapeur (*), pour lui rappeler son projet, hélas ! tombé à l'eau, du mariage homosexuel. Pourrait d'ailleurs l'y rejoindre un ancien complice, lui aussi dans la mouise et la misère, le trauma postélectoral : un certain Mélenchon...

24 avr. 2012

Message reçu et autres afflictions

Message reçu...

« Les électeurs nous ont envoyé un message », confie tel abruti, membre d'un parti autorisé. Sous-entendre : « Message reçu ! Nous allons vous lire avec la plus grande attention... patati... Veuillez agréer... patata... »

Patate ! Les électeurs votent, point barre. S'ils veulent envoyer des messages, des doléances, s'ils désapprouvent votre politique au point d'avoir envie de vous en toucher un mot, ils sont capables de le faire en ouvrant leur logiciel de mails afin de vous abreuver de remarques acerbes, de récriminations, de conseils un brin menaçants en vue des prochaines élections. Certains sont encore capables — oui ! — d'écrire une lettre avec un vrai stylo, de mettre cette lettre sous une enveloppe affranchie et d'aller la jeter dans une boîte du quartier. Vous saurez alors ce que c'est, un message. Vous saurez alors ce que veut exactement l'électeur, contre quoi précisément il grogne et récrimine — au lieu de lui prêter, vous qui êtes sourds, un vocabulaire de muet. Le type qui met dans l'urne un bulletin qui ne fleure pas la rose ou semble manifester d'inquiétantes réserves à votre endroit, il n'envoie ni message, ni signal. Il ne s'adresse pas à vous. Il fait un choix qui, par malheur, ne s'arrête pas sur vous. Cessez d'interpréter, messieurs, des signes qui n'en sont pas. Cessez de prendre les électeurs pour des estafettes vaguement rageuses. Cessez d'entendre lamentations et cris de souffrance derrière chaque vote dont vous êtes exclus. Si le peuple vous intéresse en dehors des échéances électorales, écoutez-le de janvier à décembre : il gronde assez pour vous permettre d'entendre et de comprendre que quelque chose cloche, et ce quelque chose n'est pas étranger à vous, aux soins que vous mettez à dépecer la vieille Europe, à envoyer ses peuples aux poubelles nauséabondes de l'histoire.

Autres afflictions...

Les gens qui jamais n'accélèrent au feu orange, qui ne traversent les rues que dans les clous, ne cracheraient par terre pour rien au monde, ne sont jamais tentés d'en griller une où c'est qu'on peut pas et n'ont en tête que des pensées parfumées, des opinions modérées et sans doute jouissent de positions sociales qui leur permettent de penser que tout va bien, qu'il n'y a pas lieu de trop se plaindre, de s'énerver, d'aboyer — ces gens cultivés hors sol et à distance des détritus, finissent toujours par prendre dans la poire une réalité dont ils ne semblent pas savoir qu'elle existe en dehors de leur petit monde aseptisé. La soirée électorale et les divers reportages effectués par les journaux parmi les militants sur le terrain, à chaud, nous ont permis de vérifier qu'il existe au moins trois galaxies de distance entre certains (eux) et d'autres (vous et moi). 

On se doute que le score atteint par Marine Le Pen n'a pas fait sauter de joie tout le monde. On trouve de tout comme réactions. Les embêtés font la moue, mais réfléchissent. Les effarés sautent de tous les côtés et ça me fait bien marrer. Les choqués ne sont pas encore sortis de leur tétanie. Les ulcérés, après avoir bien hurlé, sont partis en consultation chez leur stomatologue (v. note). Les paniqués n'osent plus sortir.

Voici une dame — Liliane, informaticienne dans une PME bordelaise et supportrice de l'incorruptible Eva J., semble-t-il — que le score de Marine Le Pen « flingue », selon ses propres termes. « On ne se doute pas qu'une personne sur cinq croisée dans la rue vote pour Le Pen », lâche-t-elle, tandis qu'on devine son air horrifié. On ne se doute pas que... Ben non, ma petite dame. C'est pas tatoué sur le front des gens qu'ils ont voté « Ça pue ». Un électeur du FN, contrairement à ce que vous croyez, à ce qu'on vous a raconté, ce n'est pas obligatoirement un type à l'aisselle qui se sent de loin, au regard torve de crapule, à la mâchoire crispée, au poing armé de quoi planter feuj ou rebeu ou renoi. Cette dame semble découvrir que les opinions politiques ne correspondent pas forcément à une typologie. Elle tombe de la Lune soudain et découvre l'Enfer. Stupeur : il ne ressemble pas aux gravures inquiétantes du Petit humaniste illustré. Qu'elle y retourne, sur la Lune, avec les Bisounours de sa communauté ! 

C'est là qu'on se dit que le matraquage médiatique et la propagande sont efficaces — efficaces, mais pas efficients. Les braves gens ont assimilé l'idée que l'électeur du Front National ne peut en aucun cas être quelqu'un de bien, de propre, d'urbain. Il doit ressembler à la bête qu'il est et en posséder les pires instincts. Il doit puer de la goule, avoir l’œil injecté de sang. Il doit n'aimer que la musique martiale, etc. 

Où le vote Front National est inquiétant, c'est en ce qu'il révèle la naïveté de gens comme Liliane, leur défaut de jugeote et d'imagination, leurs préjugés, leur inaptitude à réfléchir en dehors des saines limites tracées avec du sent-bon par les éditorialistes fréquentables. On leur a seriné que l'électeur du FN était un sale raciste tout frustré, tout haineux, tout barbouillé de sang : c'est pas vrai. On leur a donc menti ! Le mensonge était énorme pourtant et se devinait comme une trompe d'éléphant au milieu d'un visage.

Oh ! je sais : des clients ressemblant comme deux gouttes d'eau aux portraits officiels, il en existe. On se demande d'ailleurs s'ils ne font pas exprès, par mimétisme, de ressembler à leur portrait-robot. On doit bien trouver aussi chez les cocos des allumés de la faucille et du marteau, des collectionneurs de symboles nauséabonds, des admiratrices échevelées d'un Mao aux sourires aussi dégarnis que le front. Il est sûr aussi que l'électorat du PS doit héberger deux ou trois braves capitaines de gentils pédalos. Celui de l'UMP ne peut pas ne pas nourrir en son sein l'un ou l'autre capitaine d'industrie parfaitement dégueulasse, en plus d'être obscènement riche et d'un cynisme corrosif. On trouverait même chez les prêtres des croyants, en cherchant bien !

J'en connais une palanquée, des électeurs du FN — des électeurs convaincus du FN. Je les connais de loin, je les connais de près. Aucun ne m'a jamais mordu. Aucun ne semble vouloir mordre personne, d'ailleurs — mordre réellement, veux-je dire, au-delà des phrases écrites ou prononcées. Aucun ne sent quoi que ce soit de particulièrement fétide. Aucun ne sue le désespoir, etc. Je ne vais pas vous énumérer tout ce qu'ils ne sont pas, mais vous toucher un mot de ce qu'ils sont. 

Comme vous et moi, ce sont des hommes et des femmes de tous âges, de toutes conditions, issus de tous milieux. Beaucoup sont extrêmement cultivés et d'un commerce agréable. Ils sont irrésistiblement drôles souvent, avec un sens aigu de l'ironie. Ils aiment comme vous et moi des choses parfois délicates : les sourires, les aurores, les mots d'enfants, les courbes des femmes, les grâces du papillon voletant de rose en pivoine, la tendresse d'un vieux chien, etc. Au-delà de leurs goûts, pareils aux vôtres, ils possèdent de vraies racines et les cultivent. Ils aiment la terre de leurs ancêtres comme on aime une mère. Ils aiment leurs églises et leurs cimetières. Ils aiment moins les symboles de leur patrie que la chair même de leur patrie : son histoire, ses riches et sombres heures. Ils sont hommes et femmes de mémoire, et de mémoire filiale. Plus que vous, ce sont des héritiers. Ce que leurs pères (les vôtres, les nôtres) leur ont légué, ils veulent le conserver — le conserver, non le figer. Ils veulent eux aussi pouvoir, demain, léguer à leurs enfants le lopin de terre de leurs ancêtres, qu'ils auront par leur labeur amendé, ensemencé, comme avant eux l'ont fait leurs pères. Cette glèbe parfois ingrate qu'ils retournent et moissonnent, ils n'en peuvent plus de la voir chaque jour piétinée par des hordes étrangères invitées et hébergées à grands frais par des élites pour qui le peuple n'est plus un pays mais une main-d’œuvre interchangeable, une collection de zombies parfaitement modulables et intégrés, privés de mémoire, puisque privés d'histoire, surgissant de partout, donc de nulle part. 

Voilà pourquoi, si nous ne sommes pas méchants, nous sommes dangereux — pour vous.

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Note — Lapsus memoriae. Comme le signale ci-dessous dans son commentaire Didier Goux, que je remercie pour sa vigilance, le patient ulcéré devrait consulter un gastro-entérologue plutôt qu'un stomatologue. 

23 avr. 2012

Soliloque à deux voix

Il y eut un précédent... Deux jours plus tard, passé le cap tant attendu du 22 avril 2012, son verdict rendu, me revoici plongé dans un intense soliloque à deux voix. 

— Tout de même... Tout de même !...
— Te voilà bien fier !
— Je déguste ma sagacité. Je ne suis pas mécontent de mon cerveau. Je ferais un excellent analyste politique et une Germaine Soleil tout ce qu'il y a de plus acceptable.
— De fait, tes prévisions ne manquaient pas de pertinence : les deux qualifiés dans l'ordre d'arrivée, l'écart faible entre eux, la hauteur du score de Marine Le Pen, le report des voix de droite favorable à Sarkozy... Tu as juste été un peu trop généreux avec Mélenchon que tu voyais derrière Le Pen, mais plus haut qu'il ne finit.
— Les fumées de la révolution promise ont quelque peu altéré mon jugement sur les capacités de Mélenchon à trouer le mur du son. Qui n'a pas été, comme moi, intoxiqué ? Je suis agréablement surpris par la piètre performance de ce Robespierre en chocolat. La petite sale bête montait, montait ! Elle va devoir redescendre à toute allure de son petit nuage sanguinolent.
— On a compris que tu ne l'aimais pas....
— Rien à battre du bonhomme. Il n'est pas question de lui, mais de ses idées. Il se présentait comme l'un des candidats opposés au système, mais il a axé toute sa campagne contre Marine Le Pen qui le concurrençait sur ce thème, sans avoir jamais fait partie, elle ni son parti, du système dénoncé. Mélenchon, lui, a navigué trente ans durant sur le pédalo socialiste et s'en trouvait, ma foi, fort aise, jusque tout récemment, carrière faite, avant de comprendre soudain qu'il ne serait jamais autre chose sur ce rafiot-là qu'un ravaudeur de filets. C'est un renégat et un opportuniste.
— Mais il a du talent, tout de même.
— Comme tribun ? Nous sommes d'accord. Hitler aussi avait ce talent-là. On appelle ça de l'esbroufe.
— Ouche !... Bon... Maintenant que les finalistes sont connus, comment vois-tu la suite ?
— J'ai lu déjà pas mal de sottises. Le Figaro présentait dans la soirée Marine Le Pen comme l'arbitre du second tour. Ce sera Bayrou l'arbitre et non Le Pen. Marine Le Pen et ses électeurs auront certes un rôle à jouer, et crucial, mais ce ne sera pas celui d'arbitre qui est dévolu au seul candidat à n'être ni de droite, ni de gauche.
— N'est-ce pas un peu chipoter sur les mots ? 
— En aucune façon. Bayrou seul peut se prononcer en faveur de l'un ou l'autre des protagonistes. Marine Le Pen ne peut que se prononcer en faveur de Sarkozy ou ne pas se prononcer du tout. Jamais elle n'incitera ses électeurs à élire Hollande. C'est une certitude que j'énonce là. Elle n'appellera jamais à voter Hollande, même si dans son for intérieur elle souhaite que Sarkozy morde la poussière. À tout moment Bayrou peut, lui, choisir.
— Ce qui ne signifierait pas qu'il soit suivi par ses électeurs...
— Il n'a pas le pouvoir de ramasser ses voix pour les offrir à Hollande, c'est sûr. Il peut néanmoins, en indiquant son choix, influencer les plus indécis de ses partisans qui, sinon, s'abstiendraient peut-être.
— Les sondages pour le second tour effectués à la sortie des isoloirs demeurent plus que jamais très favorables au candidat du PS. Comment expliquer que Hollande puisse littéralement laminer Sarkozy quand la droite, au petit jeu des reports de voix, domine la gauche ?
— Regardons les chiffres. Nous avons les résultats complets, moins les votes des Français de l'étranger. La droite, si on additionne mécaniquement les scores de Sarkozy, Le Pen et Dupont-Aignan, est à 46,89% ; la gauche, à 44,01%. L'arbitre du centre, Bayrou, est à 9,11%. Premier constat : la France penche à droite, mais s'apprêterait à élire triomphalement le candidat de gauche. Un truc va pas. C'est quoi ?
— On se le demande ! Tu vas sûrement nous éclairer...
— Je vais essayer au moins d'écarter quelques araignées... Ces sondages à chaud à la sortie des urnes sont encore une fois des sondages en beurre fondu. Ils font fi allègrement de la campagne du second tour et du fameux débat. Les sondés s'expriment comme s'il ne devait plus rien se passer jusqu'au 6 mai. Or il va se passer un tourbillon nommé Sarkozy et il risque de se passer un effondrement de fromage dans le garde-manger, si tu permets. Les positions sont arrêtées pour le moment, mais elles vont évoluer. Maintenant, ces sondages indiquent tout de même que Sarkozy va devoir y aller les deux cornes en avant s'il veut gagner. Le report des voix est moindre pour la gauche, mais il est assuré, puisque tous se sont prononcés, je crois, en faveur de Hollande. À droite, le report n'est que virtuel.
— Il semblerait effectivement que Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan se taisent.
— Marine Le Pen ne s'est pas tue. Elle refuse de choisir et c'est logique.
— Logique ? Elle est de droite, et même d'extrême droite, et elle refuse de choisir sa famille politique contre des étrangers à têtes de gargouilles et de lampyres ! C'est tout, sauf logique.
— Ce n'est pas à elle de bouger. Elle n'a rien à demander. Ce n'est plus elle qui a besoin de suffrages, mais Sarkozy. Si Sarko continue de snober le Front tout en essayant de racoler ses partisans, eh bien il peut ordonner à Carla de boucler les valises : c'est fini.
— Xavier Bertrand a déjà déclaré qu'il n'y aurait pas de négociations avec le FN...
— Xavier Bertrand est une lamentable andouille que Sarkozy devrait expédier sur la Lune d'un coup de botte dans le derrière. Autant dire alors : « Nous avons perdu. »
— C'est un fait que les premières déclarations de Sarkozy, celles de Guaino, n'allaient pas dans le sens de la vertu drapée de probité candide, etc.
— Ils n'ont pas laissé entendre non plus qu'il y aurait des négociations, et de toutes façons il n'y en aura pas. Mais Sarkozy peut inscrire dans son projet des propositions qui séduiront ceux des électeurs du Front qui ont autre chose dans le ciboulot qu'une haine recuite de Sarkozy. Encore une fois c'est l'avenir immédiat de la France qui est en jeu, pour cinq ans, et pas seulement l'avenir d'un Sarkozy que beaucoup souhaitent tué.
— Le bon sens, une fois de plus, contre les passions...
— Toujours, et à chaque instant ! Les Français sont intelligents. Il leur reste à l'être un peu plus.
— Es-tu plus optimiste aujourd'hui quant aux chances de Sarkozy ?
— Froidement, comme ça, non. Mais il peut encore gagner, parce qu'il doit gagner.
— Tu le vois sortir de son chapeau un lapin géant ?
— Ce n'est pas un lapin, mais un taureau qu'il devrait sortir de son chapeau !... Je ne crois pas qu'il doive renchérir avec de nouvelles propositions. La partie est délicate. Il lui faut convaincre une très forte majorité des électeurs de Marine Le Pen et en même temps ne surtout pas effaroucher ceux de Bayrou. Les arguments psychologiques et non plus uniquement politiques sont appelés à jouer le rôle majeur.
— Sans doute est-ce présomptueux, mais quels conseils donnerais-tu à Nicolas Sarkozy ?
— Une chose qu'il doit comprendre, c'est que les électeurs de Marine Le Pen n'ont pas le front bas qu'on leur prête. Ne pas leur parler comme à des attardés mentaux me semble primordial. Cesser ensuite de les prendre pour les désespérés qu'ils ne sont pas. Ce ne sont pas des brebis égarées qu'un coup de sifflet ou de suaves propos ramèneront au bercail. Il ne faut pas les flatter non plus, mais les convaincre, sinon d'adhérer au projet de l'UMP, de la nuisance absolue que représente POUR LA FRANCE le Hollandais et sa clique. Mettre la nation au premier plan, l'exalter ! De la grandeur nom de Dieu, du drame ! C'est là qu'intervient le débat avec Hollande. Sarkozy doit mettre à poil ce marchand d'illusions, littéralement. Il doit le ridiculiser devant la France entière, montrer et faire rire du petit zizi hollandais. Hollande doit être en pièces détachées à la fin du débat, il doit avoir sué maladivement, pleuré, mouillé son pantalon ou que sais-je encore dans le genre catastrophique. Alors Sarkozy peut l'emporter.
— Nous en resterons là. Des projets ?
— Pour ce qui est de cette élection, je n'interviendrai plus avant le débat du 2 mai, sauf imprévu. Nous tâcherons de faire une dernière analyse avant l'horrible journée du 6 mai.
— Horrible ?
— Doublement. L'attente du résultat sera horrible mais au fond délicieuse, et la soirée sera horrible si jamais qui tu sais l'emporte...

21 avr. 2012

Monologue dialogué

J'étais assis au bord de ma piscine, hier après-midi, quand je me surpris à me poser un tas de questions, et à y répondre ! J'appuyai sur la touche rec de mon fidèle dictaphone... Je fus bavard...

— Quels seront les deux qualifiés dimanche soir ?
— Hollande et Sarkozy, dans cet ordre.
— Ce n'est pas très original...
— La question ne l'était pas non plus.
— Le duel idéal, selon toi ?
— Oh non ! Ce n'est que le plus prévisible.
— Et quel aurait été pour toi le duel le plus original ?
— Question sans intérêt. 
— Je la formule autrement alors : le duel qui t'aurait le plus excité ?
— J'aime mieux ça... Le Pen contre Mélenchon. 
— Pourquoi ?
— Pour voir sauter de tous les côtés les poules effarées des médias. Et de un.
— Et de deux ?
— Pour la bagarre. Ce serait saignant à souhait. 
— Qui l'emporterait ?
— Mélenchon, obligatoirement.
— Comment ça, « obligatoirement » ?
— Hitler ne peut pas gagner contre Staline. C'est interdit. 
— Hitler... Staline... De bien gros mots...
— C'est caricatural, bien sûr. Quoique, pour Mélenchon...
— Terrain fangeux. Sortons de là. 
— Bien volontiers.
— Revenons à ce duel partout claironné. Qui l'emporte ?
— Hollande sans doute, d'une courte tête.
— D'une courte tête seulement ? On l'annonce grand et large vainqueur un peu partout.
— « On » ferait mieux de comprendre que le second tour est une tout autre compétition.
— Tu vois donc Sarkozy capable de refaire presque tout son handicap ?
— Que sait-on au juste de ce handicap ? Les pronostics pour le second tour sont de toute évidence un magistral fake.
— Sondages manipulés, entends-tu ?
— Non. Sondages peu fiables. On demande à des gens de s'exprimer sur une éventualité, pas sur des faits. Or, les faits, c'est que nous ne connaissons pas encore les noms des deux qualifiés.
— Toi-même, cependant, tu t'es prononcé. Tu n'envisages pas une surprise, apparemment.
— Non, mais quand les deux qualifiés seront connus, même si ce sont les deux noms que tout le monde a en bouche, ce sera une autre histoire.
— J'ai du mal à comprendre...
— En prenant les meilleurs des sondages pour la gauche entière et en offrant à Hollande, pour le second tour, toutes les voix qui semblent acquises aux candidats de gauche, il n'arrive pas à 50%. Le report des voix de gauche ne sera donc pas prépondérant. Au petit jeu des reports de voix, je vois plutôt Sarkozy en tête, parce que Marine le Pen fera entre 18 et 20%. Hollande, pour atteindre le score burlesque annoncé (56 ou 57%), doit pomper la quasi-totalité des voix recueillies par Bayrou. C'est impossible. 
— Toutefois, les sondages...
— Je pense que l'électeur de Bayrou n'a pas envie que Sarkozy soit réélu. C'est pour cette unique raison que, après avoir voté pour Bayrou au premier tour, il reporte son choix sur Hollande pour le second, mais il le fait comme moi qui, de loin, mettrais bien une baffe à Untel, mais reviens en sa présence à plus de raison. Par là je veux dire que choisir Hollande au second tour, pour un électeur de Bayrou, alors que le premier tour n'a pas encore livré son verdict, c'est un leurre. Quand il faudra effectivement choisir entre Hollande et Sarkozy, la raison lui reviendra et il choisira, avec répugnance, certes, de voter pour Sarkozy, dont il sait bien qu'il appliquera pour la France une politique moins désastreuse que celle de Hollande. C'est le pari que je fais. Itou pour ceux des électeurs de Marine Le Pen qui prétendent préférer Hollande à Sarkozy. C'est pure folie que de préférer Hollande à Sarkozy si on pense à la France — à la France et non à soi-même, à ses affects. Ce premier tour est une question d'affects. Comprends-tu mieux, là ?
— Un peu mieux. Sauf que... sauf que tu fais le pari, tout de même risqué, du bon sens, de la raison.
— Et je n'ai aucune preuve que le bon sens l'emportera, nous sommes d'accord.
— En dehors de ce que feront ou ne feront pas ensuite les électeurs dont le candidat sera éliminé dimanche soir, penses-tu que Sarkozy puisse, seul, refaire une partie au moins de son handicap, si handicap réel il y a et quelle que soit l'ampleur de ce handicap ? 
— C'est évident. Le débat télévisé aura une importance capitale, une fois de plus. Mais pas au point de renverser la vapeur si Sarkozy est donné large perdant... sauf coup de Jarnac ! Malgré le battage médiatique, beaucoup de Français suivent la campagne de très loin... parfois de très, très loin. 
— Les Français expatriés ?
— Pas du tout. Récemment, je lisais un reportage effectué dans la file d'une C.A.F. en province. Une dame disait qu'elle allait voter... Chirac ! Une semaine avant le premier tour, voici une électrice qui ne sait même pas, apparemment, que non seulement Chirac n'est pas candidat, mais qu'il n'est plus président depuis cinq ans ! Un cas, me diras-tu. Oui, mais révélateur. Un tas d'électeurs, les moins politisés, ceux qui s'en foutent un peu et ne font pas la différence entre un cheval et un âne, ne s'intéressent pas encore à l'élection. Mais ils regarderont le débat, exactement comme ces gens qui se moquent du foot mais regarderont quand même une finale de Coupe du Monde que la France dispute. Ils regarderont le débat comme on va au marché, pour choisir entre deux salades la plus appétissante ou la moins fripée. 
— Et Sarkozy leur paraîtra plus appétissant, selon toi ? Sur quels critères ?
— Gauche ou droite, ces gens fort peu ou pas du tout politisés s'en foutent. Ils n'ont d'ailleurs qu'une vague idée des différences. Ils s'en foutent, tout en ayant du respect pour la personne du président, quel qu'il soit. Les petites gens ont un respect inné pour ceux qui incarnent l'autorité. Or, le président, c'est Nicolas Sarkozy. Pour ces gens-là, c'est quelqu'un, le président ! On peut ne pas l'aimer, tout en le respectant. Je me souviens d'un village où c'est le comte qui régentait tout. Il était le gros propriétaire foncier du coin et le plus gros employeur. Il était en outre assez peu sympathique, se croyant encore sans doute au temps des Louis. Le dimanche, il se rendait à l'église en famille et en calèche. Je veux dire : sa famille dans la calèche, lui devant sur son cheval. Il portait la cravache et l'air revêche. Au village, les gens le haïssaient. Il y avait de quoi ! Le comte eut un jour des ennuis à cause de malversations financières liées à des terrains. Tu penses que tout le monde lui tomba dessus ? Au contraire ! Attaqué par l'état, le comte n'eut que des défenseurs au village. On le détestait dans le cadre du village, on ne jurait que par lui à l'extérieur. En attaquant le comte, c'est eux qu'on attaquait. Les villageois n'étaient pas peu fiers, dans le fond, de leur comte.
— Es-tu en train de dire que rien n'est perdu pour Sarkozy ?
— Sa situation semble trop précaire pour espérer mieux qu'une courte défaite, mais ce sur quoi je tenais à mettre l'accent, c'est sur des données un peu irrationnelles, mais en apparence seulement, que personne ne songe à prendre en compte. On fait comme si tout le monde s'y connaissait en politique, comme si tout le monde ne cessait, comme nous le faisons, d'analyser la situation, comme si chaque électeur avait de réelles convictions.
— Ce second tour et ce débat va donc permettre au président de... de quoi, au juste ?
— De remettre à l'heure les pendules. Il n'est pas qu'un candidat. Il est avant toute chose le président. Hollande n'est rien du tout. Quand ce dernier va se retrouver en face de Sarkozy, on va bien voir qu'un truc cloche, qu'il n'a pas l'étoffe d'un président. Considère seulement sa tête la plupart du temps : ses sourcils sont haussés. Signe de l'impuissance, du désarroi. Il semble toujours sur la défensive, offusqué. Quand on l'attaque, il souffre. Sarkozy, lui, a les sourcils froncés d'un décideur. C'est un homme offensif. Se battre, il adore ça. Il ne va pas se priver de démolir le falot, surtout si la cause semble perdue. Il va jouer son va-tout. Hollande, il va l'atomiser.
— Pour rien, puisque tu le vois perdant, même si c'est de peu... Un coup dans l'eau, donc.
— Si j'avais de l'argent à perdre, je miserais tout de même quelques gros billets sur le cheval donné battu.
— Le bilan de Nicolas Sarkozy... Aussi catastrophique que dénoncé ?
— Bien sûr que non. Les circonstances étant données (la crise financière), il a fort bien agi. Il est allé au front. La France ne va pas bien, mais elle résiste.
— Que lui reproche-t-on alors ?
— On reprochait à Chirac, que les gens aimaient bien comme on aime son Papy, de ne rien faire. On reproche à Sarkozy d'en faire trop, d'occuper tout l'espace, avec des tics et des manières de marionnette. Il est horripilant à cet égard, c'est indéniable. On l'a assez vu. Si Hollande gagne, que ce soit de justesse ou largement, ce ne sera pas une victoire de Hollande mais une défaite de Sarkozy. Beaucoup de gens vont voter Hollande contre Sarkozy. Et dans moins de six mois ces gens crieront : « Sarko, reviens ! » Je pense que certains redoutent déjà d'avoir à regretter bientôt Sarkozy. Mais c'est plus fort qu'eux, ils ne peuvent plus l'encadrer. Il ne s'agit pas pour ces gens d'élire Hollande, mais d'éliminer Sarkozy.
— Toi-même, que lui reproches-tu ?
— D'être tout de même assez vulgaire. Il m'a fait honte le soir même de son élection, quand, quelques jours plus tôt, lors du débat avec Royal, il m'a presque fait pleurer de joie quand j'ai compris qu'il avait gagné. Je bondissais dans mon fauteuil comme si on venait de gagner la Coupe du Monde !
— Quel romantisme !
— J'ai un côté très crétin...
— Et donc, le soir de son élection... ?
— ... je vois un parvenu se pavaner comme un jars, roulant carrosse, très occupé à pérorer au téléphone, comme le premier imbécile venu qui aurait décroché le bac et recevrait des félicitations de tout son clan. À côté de lui, ses deux belles-filles, pendues aussi à leurs portables. C'était ça, le président...
— C'était une belle victoire. Il était en droit d'être joyeux. Le rêve de sa vie était accompli.
— Il avait le droit surtout de commencer à faire le président ! Les plus grandes joies sont intérieures. Il fêtait ça comme le gars qui vient de remporter le Tour. Or, il venait simplement d'être appelé au départ. Le Tour, il allait le courir pendant cinq ans. Il aurait donc dû être un peu plus solennel, ayant conscience de la lourde tâche pour quoi les Français l'avaient élu. Il pouvait toujours fêter ça comme il voulait dans l'intimité, loin des caméras. Et danser tout nu sur la table s'il voulait, sur des airs populaires.
— Le Fouquet's ?
— Je m'en fous un peu. C'était une soirée privée. Stupide, mais privée.
— Tu as aussi des reproches politiques à lui faire, j'imagine. Quels sont-ils ?
— On sait bien qu'un président ne peut pas tenir toutes ses promesses et qu'il sait lui-même sans doute celles qu'il ne tiendra pas, parce qu'il les a faites pour séduire des électeurs peu emballés sinon. Ainsi, ceux qui ont cru ou feint de croire que Sarkozy allait nous ramener au temps de Pétain sont des imbéciles d'un calibre exceptionnel. Je pense à Noah, à toutes ces têtes à claques du show-biz qui songeaient sérieusement (?) à quitter la France, parce que dans leurs têtes ils entendaient le martèlement lugubre des bottes. Était-ce ridicule, mon Dieu ! Si j'ai cru que Sarkozy serait ferme sur les questions de sécurité et des racailles, je n'ai jamais cru à ces histoires de Kärcher. Je n'ai donc jamais eu peur de Sarkozy, n'ai jamais douté qu'il était un démocrate, bien davantage que Ségolène Royal, soit dit en passant.
— Jusqu'à présent, tu reproches plus de choses à ses adversaires qu'à lui-même...
— J'y viens... L'ouverture à gauche, quelle déception ! Et quelle horreur ! Un président issu d'une droite qu'on disait dure, fort bien élu, qui était de droite sans complexe, enfin !... et qui nous met au gouvernement des gugusses de l'autre camp ! Kouchner aux Affaires étrangères ! Un ministère régalien pour ce concentré de tiédeur, ce prélat tiers-mondiste ! Les Amara, Yade et autre Dati, dont aucune n'avait jamais affronté le moindre suffrage universel et que le président a choisies pour prouver aux perdants de l'élection qu'il n'était pas raciste, en plus de n'être pas sectaire. Il nomme Dati à la Justice ! Ça ou jeter une bombe dans une église, c'est du pareil au même. La dame avait certes des qualités intéressantes, en plus d'avoir un charme évident, mais s'il fallait donner un poste à cette néophyte, ce n'était pas le bon. Naturellement, le truc lui est monté à la tête et il fallut l'écarter. Erreur de casting...
— Aucun ministre ne trouve donc grâce à tes yeux ?
— Si. Alliot-Marie à l'Intérieur, ce n'était pas un mauvais choix. Fillon à Matignon était un excellent choix. Lagarde à l'Économie était un choix audacieux et parfait. On ne pouvait pas lui reprocher son incompétence, à celle-là. Et Darcos à l'Éducation nationale me plaisait bien, il en voulait, n'était pas sans courage, jusqu'à ce qu'on lui demande de retirer un projet majeur sous la pression de lycéens boutonneux !
— Finalement, tu reproches plus à Sarkozy le choix de ses acteurs que son scénario...
— Les questions purement économiques m'échappent un peu. Je pense que la réforme des retraites était une nécessité et qu'il fallait du courage pour la conduire jusqu'au bout, encore que je la trouve assez timide, dans le fond. Mais bon, en France, dès qu'on touche au social, ça gueule... Ce que j'ai détesté par-dessus tout, c'est la ratification par le Parlement du Traité de Lisbonne. Cette manière de faire passer en force un texte que les Français avaient rejeté unanimement... ! Pour un héritier du gaullisme, je trouve ça... !
— Sarkozy n'a pas trahi son électorat sur ce coup-là. La ratification du Traité par la voie parlementaire était dans son programme.
— Oui, oui, oui, je sais... Il n'a pas tenu d'autres promesses : il aurait pu ne pas tenir celle-là non plus. Il aurait pu décider que, non, finalement, il demanderait leur avis aux Français par voie référendaire. C'eût été risqué peut-être pour ce partisan du Traité, mais noble.
— D'autres griefs ?
— la façon dont il a traité Fillon au début et pendant un bon moment d'ailleurs : infect ! Traiter son Premier ministre de collaborateur ! Un valet, quoi ! Non, franchement... ! Le pauvre Fillon a dû en avaler plus d'une, de couleuvres. Je l'aime bien, Fillon. Qu'il ait tenu cinq ans à sa place est un miracle en soi. Il n'est pas expansif, c'est le moins qu'on puisse dire, mais il fallait je crois un caractère bien trempé pour résister à ce qu'il faut bien appeler du mépris. Certains y ont vu la preuve que Fillon n'était qu'un laquais, un torchon. J'ai la faiblesse de croire qu'il est plutôt trempé, comme l'acier du même nom. Fillon n'a jamais déraillé.
— Est-ce tout ?
— Presque... Agacé m'a le Sarkozy joggeur, le Sarkozy-Bobet sur son vélo ! Ridicule ! Que le président fasse du sport, entretienne sa forme, pourquoi pas ? Qu'il le fasse discrètement ! Il n'y a pas de salle de fitness ou je ne sais quoi du genre à l'Élysée ? Imagines-tu le grand de Gaulle, le gros Churchill, en short et baskets, suant comme des malades en compagnie de leurs gardes du corps sous un soleil de plomb ?
— Je l'imagine bien, non sans rire, de fait... À propos d'imagination... Nous sommes le dimanche 6 mai, il est 20 heures et Hollande est annoncé vainqueur de l'élection... Que se passe-t-il ?
— Nous rions pas mal pendant quelques semaines, de bon cœur. Ensuite les larmes coulent, coulent... mais ce ne sont pas des larmes de gaieté... Ce sont des larmes d'abattement, de colère... Parce que si nous rions des prévisibles bévues et autres culbutes du Bisounours en chef, nous pleurerons quand nous réaliserons que ce n'est pas du théâtre et que nous sommes au cœur d'un ouragan avec à la barre un capitaine d'opérette, à peine qualifié pour déplacer de vingt mètres un pédalo... Mais j'ai prévu l'impensable, une grimace inopinée du diable, un rebondissement de l'intrigue...
— Comment cela ?
— En juin, il y aura les législatives... Hollande ne va pas rigoler avec Mélenchon. Hollande aura besoin d'un maximum d'élus. Il a déjà, sottement, abandonné aux Verts plus de 60 circonscriptions ! Les Verts avec Eva Joly comme candidate vont faire 3%, 3,5%. Mélenchon, lui, sera entre 13 et 15%. Les négociations pour les législatives vont être explosives. Hollande voudra lâcher le moins possible. Mélenchon ne se contentera pas des mégots. Je crois cet ambitieux capable de présenter et de maintenir partout où c'est possible des candidats du Front de gauche contre le PS. Nous nous retrouverions alors avec des centaines de triangulaires et de quadrangulaires (UMP, FN, PS, FG) potentiellement mortelles pour le PS. La droite pourrait ainsi tirer son épingle du jeu et mieux que cela. Le scénario du diable, ce serait que Hollande se retrouve dès juin à devoir cohabiter jusqu'au terme de son mandat !
— Mélenchon prendrait ce risque-là, crois-tu ?
— Oui. Il n'aura pas deux chances comme celle-là. S'il est le révolutionnaire qu'il semble être, au moins de la gueule, il fera tout, même ça, pour emporter la mise en 2017. Avec la dynamique qui sera la sienne au soir du premier tour, ce dimanche, il doit entrevoir la possibilité historique de mettre à genoux le PS, de l'envoyer dans les roses. Rien que pour ça j'espère qu'il fera un haut score, dans les 15 ou 16%. J'attends la suite avec une gourmandise dont tu n'as pas idée !

18 avr. 2012

Little Gouda au pays de Candy

François Hollande, alias Little Gouda, est depuis longtemps déjà donné par tous les sondages vainqueur autoritaire au second tour. Au mieux, il gagnerait avec 56% des suffrages contre 44% à son adversaire désigné, le « candidat sortant », au pire avec 53% contre 47%. Donc, c'est plié, adieu le Fouquet's !

Ces chiffres me laissent perplexe. J'ai beau retourner dans tous les sens les divers sondages et accorder au candidat hollandais les meilleurs reports, je ne vois pas comment, ni par quelle astuce, il parvient à un score relevant du plébiscite, alors qu'on sait qu'il est un choix par défaut et que sa candidature ne suscite pas un enthousiasme débordant, même à gauche. Y a quelque chose comme un lézard dans le fromage. 

En admettant que Hollande soit à 28% au premier tour (il est à 26,5% dans le dernier sondage IFOP), et si on lui offre pour le second tous les suffrages recueillis par un Mélenchon à 15% (à 13,5% dans le sondage IFOP), ça ne fait jamais que 43%. Si on ajoute à cela tous les votes engrangés par les petits candidats de gauche (Arthaud, Poutou, Joly), on n'atteint pas encore les 50%, donc assez loin des 53, 54, 55 ou 56% promis pour le « Grand Soir ». Pour atteindre ces scores, Hollande doit presque tout prendre chez Bayrou (à 10,5% chez IFOP) et quelques voix aussi chez Le Pen (à 16%). Ça me semble très audacieux de croire possible une telle razzia.

C'est une fois de plus le centre qui couronnera le roi. En 2007, Bayrou, plus haut dans les sondages (et au final dans les urnes) qu'il ne l'est aujourd'hui, avait subi plus d'un appel du pied émanant de Ségolène Royal. Le Béarnais s'était gardé d'y répondre, sans repousser toutefois ce pied d'une dame qui avait tout de même des séductions autrement plus bandantes pour un homme que celles, moites et suintantes, de l'ex-conjoint à Ségo. Sarkozy avait donc décroché la timbale, confortablement, sans que Bayrou donnât la moindre consigne de vote. Ses électeurs du premier tour avaient majoritairement reporté leurs voix sur le candidat de droite. Quoi de plus prévisible ? Le centre en France est un centre droit et a toujours été associé à la droite. Jamais le candidat du centre n'a fait partie d'un quelconque programme commun avec la gauche. Bayrou n'est pas né de la dernière pluie, il sait que, même en cas d'entente plus ou moins officielle, jamais la gauche ne lui abandonnera un seul strapontin, et jamais il n'y aura d'accords avec le PS en vue des législatives. Déjà que son propre camp reproche à Hollande de n'être pas assez à gauche, d'où le succès d'un Mélenchon en révolutionnaire apoplectique et choc, ce n'est pas pour ajouter au flan du mou ! Bayrou sait par contre que Sarkozy est parfaitement capable de le nommer à Matignon, et ses électeurs le savent aussi, sinon tous, la plupart. Lorsqu'on a voté pour un candidat finalement éliminé, on se rabat ensuite logiquement sur celui des qualifiés qui offrira à nos idées la meilleure exposition. De ce côté-là, les électeurs du centre ont tout à gagner d'une victoire de Sarkozy.

L'antisarkozysme expliquerait la raclée promise au candidat sortant. Quel antisarkozysme ? Où le voit-on dévorer le candidat de l'UMP, sinon dans les journaux et dans la gueule du socialiste caséeux ? Dans les intentions de votes, Sarkozy demeure bien haut pour un candidat rejeté de tous. Il est au coude à coude avec la « providence » hollandaise, parfois devant, parfois derrière mais de peu, ce qui cadre mal avec la victoire torrentielle, annoncée à grand fracas de buccins, du candidat « normal ».

Il y a une inconnue dans le scrutin à venir, c'est le score que réalisera Marine Le Pen. Les sondages sont très fluctuants à cet égard, mais tous à peu près la voient en constant repli. Au mieux, elle stagne. Rien ne justifie ce repli, surtout que ce repli profiterait non à Sarkozy comme en 2007 (siphonnage annoncé et obtenu), mais à Mélenchon, celui-là même qui ne cesse de taper dur sur la candidate du Front et sur ses électeurs, celui-là même qui récemment encore, à Marseille, chantait son amour du Maghreb et déclarait sa flamme non tricolore aux Arabes et aux Kabyles, jusqu'à les présenter plus estimables que vous et moi — soit une population que les électeurs du FN préféreraient savoir dehors que dedans. Y a un varan dans la confiote, que je vous dis, moi ! S'il est envisageable que Mélenchon prenne des intentions de vote à Le Pen plutôt qu'à Hollande comme il serait logique, alors nous nageons en plein délire et tout devient possible, même que Cheminade coiffe tout ce beau monde sur le poteau ! Et même si quelques brebis égarées se détournaient de Le Pen pour Mélenchon (il y a des fous partout), ce n'est pas une garantie de report automatique de leurs voix sur Hollande au second tour (la folie a aussi ses limites). Quant à croire possible un large et stratégique mouvement des électeurs lepénistes en faveur de Hollande, je n'y crois pas en dehors des intentions et des menaces. La réalité, l'horreur de la réalité les rappellera à l'ordre au moment de glisser dans l'urne le bulletin fatidique. S'ils veulent croire que le mandat de Hollande sera une catastrophe et qu'il suffira de ramasser les morceaux en 2017, ils se fourrent le doigt dans le zœil ! Si la France est en capilotade au bout de cinq années de « rêves réenchantés », l'électeur, qui est aussi un consommateur et un citoyen, ne prendra jamais le risque de se rabattre sur l'aventure nationale proposée même habilement par le FN. Il se donnera donc au plus rassurant des prétendants de l'opposition, soit le candidat de droite, soit celui du centre.

Sarkozy pendant ce temps-là, imperturbable et batailleur, s'en va répétant que la campagne pour le second tour est une nouvelle campagne, comme si les compteurs étaient remis à zéro dans l'intervalle. Eh bien, il a raison. Les compteurs seront remis à zéro en pratique et il n'y aura plus sur le ring que deux adversaires appelés à en découdre — face à face. Le choc sera direct et frontal. Fini le temps des petites piques lancées de loin, comme ces attentats de cour de récréation commis par un revanchard haut comme trois pommes à l'encontre d'un vilain plus grand que lui ! Crachoter en direction de l'ennemi, à vingt mètres, outre que ce n'est pas l'atteindre, cela manque un peu de témérité. C'est une autre affaire que de se retrouver nez à nez avec le vilain et réitérer ce crachat, en l'atteignant cette fois, en pleine face. Hollande ne part pas favori d'un corps-à-corps l'opposant à Sarko. Et il le sait. On a des preuves qu'il redoute ça plus que tout. N'est-il pas contre l'idée de deux ou trois débats directs et thématiques au lieu d'un seul entre les deux tours ? Pourtant, ce serait pour le candidat « normal » la double ou triple occasion de mettre en scène sa normalité, d'en mettre à cet égard plein la vue aux Français supposés en avoir plein les bottes du ludion. Tout le monde verrait à quel point Hollande rassure, comparé au petit nerveux d'en face avec ses tics et ses coups de bluff. Les électeurs encore hésitants auraient enfin l'occasion d'en savoir davantage sur le programme, inouï de justice sociale et de retour garanti de la croissance, du pâtre corrézien. Ben non, Hollande y veut pas. Un débat, un seul, puis l'Élysée. Son rêve, à Hollande, est de finir président et non martyr comme Sébastien. Pour y parvenir, il doit éviter de s'exposer en présence de Sarkozy. Il le sait, et je suis à peu près sûr qu'il sue déjà de l'intérieur à la seule perspective de ce débat cathodique avec le type à l'arc. Sarkozy, lui, n'attend que ça.

Hollande s'y croit, et s'y voit trop pour ne pas être en train de commettre le péché d'orgueil qui pourrait bien l'expédier en enfer plutôt qu'au paradis. Hollande s'y croit, sauf que le Diable existe et qu'il n'a pas lâché son dernier mot. Observez Hollande, écoutez-le : il y est, on a gagné ! Le round de qualification n'a pas eu lieu encore que les petits fours et le champagne sont prêts. Une douce euphorie flotte, un vent de roses souffle. Tant de calme, tant de sérénité, tant de confiance et tant de bonhomie dans le chef du candidat entrant ! Ohé ! François, on est dans la vallée, il reste à franchir l'Aubisque puis le Tourmalet, c'est pas le moment de rêver tout haut et de te voir déjà dans les nuages parmi les miss en rose et leurs froufrous ! Poupou (*), à qui on peut comparer Hollande pour la jovialité et le capital sympathie, n'a jamais pu battre ni Anquetil ni Merckx les teigneux dans la compétition cycliste majeure qu'est le Tour. Il aurait pu, et même aurait dû, à trois reprises au moins, sauf qu'un jour la malchance, la maladresse un autre jour, l'empêchèrent de coiffer jamais des lauriers pourtant promis et même déjà tressés. Comme quoi la peau de l'ours, mieux vaut ne pas la vendre avant d'avoir terrassé l'ours — surtout que l'ours en question est un redoutable et rusé mâle que l'on a tort, selon moi, de croire déjà capturé, soumis, dépouillé. Quand je regarde Hollande, quand je vois ce petit notaire de province promener sa bobine rubiconde et suintante, le bedon en guise d'écharpe municipale et de garantie à vie contre la voracité des grands patrons et des banquiers filous, je ne peux pas rester sérieux et penser que ce gars-là ait la moindre chance de présider un pays comme la France, sauf si la France n'est plus la France, mais un rêve d'épicier — telle une mondaine jadis orgueilleuse et belle, rangée des bals, des éventails et des chapeaux, craignant, l'âge venu et les varices, la solitude et se donnant au premier marchand de cochonnailles à passer, pourvu qu'il veuille et sache encore la gâter parfois, d'une rondelle ou deux de l'appétissant saucisson que je vois là. Quand je considère ce monsieur-là, si imbu de sa replète suffisance, tout rose déjà d'une victoire demeurant à conquérir, l'image à moi s'impose, grotesque, de Little Gouda au pays de Candy.

En 2007, il y avait un tel battage, un tel et si frétillant désir d'avenir autour de Ségolène Royal que, même si Sarkozy menait le bal des chiffres dans les intentions de vote, les électeurs de droite ont craint jusqu'au bout un revers de leur champion, tellement la gauche, toujours si sûre de son jugement et de ses prédictions, avait partout claironné que Sarkozy, représentant d'une droite qui commence à puer, n'avait aucune chance d'être élu président. Royal face à ce dangereux et nauséabond individu n'avait que des atouts. Une femme ! Si belle ! Si charismatique ! Tellement tout ça ! Tellement plus que tout ça ! En face d'elle un nabot, un facho, un Cruchot (*) ! La magie et le charme allaient opérer, si les chiffres regimbaient. Au final que vit-on ? La madone du Poitou en petite culotte rue de Solférino, rasant les murs de son dépit et de sa courte honte... 

Si l'histoire pour Hollande devait encore bégayer dans le sens d'une déculottée et si nous devons cinq ans durant vivre avec en tête la pénible image d'un Hollande en slip, je le déclare tout de suite : Little Gouda for president ! J'aime le cinéma d'horreur jusqu'à un certain point seulement.