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23 juil. 2014

De Mossoul à Sarcelles (via Oradour)



L'archevêché de Mossoul a été incendié samedi dernier par les zélotes de « la religion d'amour et de paix » (selon Manuel Valls). Les chrétiens de la ville (ils étaient encore 25.000 jeudi) fuient en masse vers le proche Kurdistan. Ils avaient été sommés la semaine précédente de se convertir ou de payer un tribut, sous la menace du sabre en cas de résistance. 

Dans ces régions où ils étaient présents bien avant le premier couinement de la première chèvre violée par Mahomet, des chrétiens sont aujourd'hui spoliés, chassés, quand ils ne sont pas éliminés sans la moindre distinction de sexe ou d'âge, d'une manière pas toujours très présentable, même pour les cœurs bien accrochés. Leur crime ? Ils sont chrétiens, donc infidèles. Et dans le monde nuancé de l'islam, l'infidèle doit périr, s'il ne se convertit pas ou refuse de se soumettre. Ainsi perd-on la tête, parfois. 

Qu'on les nomme islamistes, salafistes ou djihadistes, ces barbares sont la lie putréfiée de l'humanité. Il n'y a pas à discuter avec ces monstres. Inutile d'attendre d'eux la moindre réflexion, le moindre scrupule ou compassion, le plus petit remords, ni l'ombre d'une quelconque résipiscence. Cessons de croire, naïfs, idiots que nous sommes, qu'ils nous ressemblent et puissent être rendus à la raison. Ce sont des fous, et ils sont nombreux, et forts. Des fous déchaînés, des empoisonnés de Dieu. Ils ne sont forts que parce que nous sommes faibles, et leur religion de mort prospère sur les larmes d'un christianisme rangé des conquêtes, embourgeoisé.

Que leur opposons-nous ? Des prières — pour ceux qui croient et poussent le bouchon jusqu'à entrer parfois dans des églises pour un motif autre que les vitraux, les statues ou le mobilier religieux. La prière, ou la parole muette de l'impuissance... Eux prient, moi je tonne. C'est le même dégueulis de mots et le même prurit verbal. Les zélotes d'Allah parlent avec le couteau et on les écoute, on les entend.

Si j'avais un quelconque pouvoir, j'ordonnerais le feu nucléaire pour nettoyer le monde de cette plaie. 

Vous me direz qu'une tapette suffit pour écraser les mouches. S'ils n'étaient que des mouches ! Ce sont des frelons, chacun de la taille d'un aigle, dont le venin est dix fois plus puissant que celui de cent cobras enragés. Rangez votre tapette ridicule et cessez de considérer comme des humains ceux qui n'ont d'humain que l'apparence. Hitler pouvait rire, plaisanter, admirer un paysage, une œuvre d'art, respirer le parfum d'une fleur, apprécier un air de musique, chantonner, etc. Il avait au moins ça d'humain. Ça ne l'exonère d'aucun crime et ça ne minore pas l'horreur de son projet. Mais il était des nôtres, né parmi nous, enfui de nous plus tard, parti à l'opposé de la raison, au nom d'une rationalité érigée en système, en dogme, en religion. A-t-on déjà vu rire un djihadiste ? Ricaner, oui, en exhibant la tête fraîchement tranchée d'un infidèle ou d'un musulman à la ferveur douteuse. Imagine-t-on un salafiste faisant des blagues, genre contraindre un chrétien à s'asseoir sur une chaise garnie d'un coussin péteur ? Quant aux œuvres d'art, on sait quel sort les attend quand l'islamiste, barbe noire en avant et kami souillé du sang rouge encore de sa dernière victime, pointe son nez. Les Bouddhas de Bâmiyân l'ont su, hélas ! Récemment, on a pu voir les images d'une statue assyrienne démolie à coup de masse par un de ces dégénérés furieux, tout fier de son massacre, parce que pour ces bactéries-là tout ce qui rappelle l'humain et la trace divine qu'il porte en lui doit être anéanti, car susceptible de distraire le croyant de sa piété (tout créateur assume une part divine qui le signale comme un concurrent de Dieu, un concurrent bénin, à la mesure de l'homme, parfaitement conscient de n'être que ça, même chez un hâbleur tel que Dali, qui était aussi un comédien, un fou au délire maîtrisé). Demain, soyez-en avertis, ils seront devant Notre-Dame avec la tractopelle et vos cris et vos larmes n'y pourront rien changer. Ni vos prières.

Considérez un peu le nombre de dictateurs, grands et petits, que la terre a vu passer. Tous ont été, plus ou moins, amateurs d'art et de frivolités. On aime à croire qu'ils avaient des goûts de chiottes, pour leur dénier tout voisinage avec l'humanité telle que nous la concevons : urbanité, exquisité et sûreté du goût, délicatesse, bon sens, mesure, etc. S'ils étaient comme nous, nous serions un peu eux, au moins virtuellement, suspects de complicité même inconsciente, susceptibles donc de basculer dans la folie meurtrière, nous aussi. « Hitler ne peut pas avoir aimé Bach ! » s'emporte Aline, indignée. Qu'en savons-nous ? S'il eût aimé Bach, ça ne fait pas de Bach un musicien fasciste, ni de ceux qui aiment Bach dans la foulée du Führer des complices du nazisme, mais ça consigne Hitler parmi les hommes et non parmi des entités extraterrestres. Tous ces dictateurs, y compris les plus sanglants, étaient des hommes, par cette disposition qu'ont les hommes de goûter les fruits de la création artistique, même quand ils sont amers. Une fois encore, ce n'est en aucun cas une circonstance atténuante. Démembrer sa femme au couteau de cuisine dans la baignoire sur un fond tonitruant de Vivaldi ne rend pas la boucherie plus aimable.

C'est humain de torgnoler un moutard impossible. C'est humain d'avoir envie de tuer une personne qui nous fait souffrir ou de la désirer morte. C'est humain de souhaiter que soient pendus ministres, juges et banquiers, et ce l'est encore de rire d'un pauvre hère qui se casse la pipe (c'est la situation qui fait rire, pas l'individu). Mais est-ce humain de suriner un inconnu parce qu'il porte un chapeau rond, une rosette à la boutonnière, des lunettes, un kilt ? — parce qu'il vous refuse la clope qu'il n'a pas ou n'obtempère pas à l'humiliation gratuite à quoi vous voulez le soumettre ? Est-ce humain de violer une octogénaire, de torturer un chaton, de tuer pour dix sous qu'on ira boire ou de défoncer le crâne d'un type qui photographie un réverbère, avec la circonstance aggravante et fatale pour lui qu'il le fait dans votre quartier ? Est-ce humain, pour conclure la litanie, de sortir de chez soi un beau matin avec une ceinture d'explosifs pour aller se faire sauter dans un bus bondé, tout cela au nom d'un idéal politique ou religieux ?

Et qu'on ne vienne pas me chanter comme quoi le déni de l'humanité de ceux qu'ils éliminaient était précisément par quoi se signalaient les Nazis, pour couper court à tout émoi psychologique, empêcher le vague à l'âme, écarter la menace du scrupule suspensif, tout flottement de la détermination dans l'exécution de la sombre tâche, rendre enfin plausible l'insupportable. Je ne parle pas d'éradiquer du monde des gens paisibles ou trop ceci ou pas assez cela. Je ne parle pas de noyer les roux, les chauves ou les canailles à gros bide, au seul motif qu'ils sont cela et que j'en ai la sainte horreur. Je parle d'éliminer impitoyablement, par les moyens que j'ai dit, la pourriture islamiste et tout ce qui hait au nom cent fois maudit, mille fois ignoble, d'Allah. On peut très bien ne pas aimer les Juifs ou la judéité sans pour autant planifier un génocide. Il ne s'agit pas de vengeance, mais de prophylaxie. On tolère l'existence des scorpions et des serpents les plus venimeux, des araignées à la piqûre mortelle et autres sales bêtes ailées ou non. Nul ne demande qu'on débarrasse la planète de ces créatures peu amènes, du moins tant qu'elles ne se mettent pas à proliférer et à tout infester, nuire gravement aux autres espèces, mettre en péril l'existence même de tout ce qui n'est pas scorpion, ni serpent parmi les plus venimeux, ni araignée à la redoutable piqûre. Ce n'est donc pas au nom de ma détestation personnelle, mais à celui de l'humanité, de l'espèce, que je prône l'anéantissement des assassins se réclamant d'Allah et du Coran.

Je ne suis pas décidé à faire la part des choses, à relativiser, à séparer le bon grain musulman, tout beau, tout gentil, fréquentable, de l'ivraie qui serait le modèle perverti du premier, comme il y a d'un côté les femmes et de l'autre les putes. Je les mets tous dans le même panier, je scelle le couvercle du panier et je vous balance tout ça dans un volcan en ébullition, pour ne pas polluer l'océan davantage qu'il ne l'est. Je ne suis pas venu ici pour répandre une confiture poisseuse de bons sentiments et de réflexions pondérées. Je ne suis pas venu pour assurer le musulman de base, qui n'emmerde personne et n'exige pas que je bannisse le porc de mon alimentation, de ma fraternelle sympathie, ni pour lui dégueuler à la face tout le miel de mon hypocrisie avec des propos du genre : « L'islam est une religion de tolérance, d'amour et de paix, malheureusement pervertie par une poignée d'inconséquents. » Je suis venu dire que l'islam, modéré ou non, n'a pas sa place chez nous, en Occident, pas plus qu'un éléphant dans un magasin de porcelaines. Nous n'avons pas besoin de lui, et comme il semble nous haïr à un point frisant la démence, nous le prions d'aller se faire soigner à la pisse de chamelle là où personne ne critiquera le bâchage des femmes ni le port obligatoire du poil abondant dans le bas de la gueule.

Il faut, me souffle-t-on dans le casque, éviter tout amalgame de cette espèce : l'islam des salafistes ne représente que lui-même, il est la détestable exception (qu'il faut combattre évidemment, par le dialogue et la démocratie) d'une confession sinon tout à fait estimable et parfaitement adaptée à la société occidentale, laquelle ferait mieux d'ailleurs de cesser de stigmatiser les musulmans, car cela exacerbe les souffrances et blablabla.

Albert, ta gueule. J'en ai rien à foutre. Je ne veux rien savoir de l'islam en général et en particulier, qui est une pratique exogène, notoirement hostile aux valeurs pour lesquelles sont morts des milliers de gens : la liberté de dire et de faire, celle de débattre et de contester, de contredire, avec des mots dans la bouche et non des couteaux sous la gorge, celle de croire ou non — en Dieu, en Diable, en Bouddha, en Mick Jagger ou en bermuda ! Ils se sont battus pour que l'homme et la femme chez nous puissent se vêtir comme bon leur semble et aller là où l'envie les attire : à la messe, à la plage, au bordel, au cinoche, sans avoir à se justifier auprès d'un barbu à l’œil noir et sourcil froncé qui consultera son catéchisme pour décider si c'est ou non conforme à la doxa et à la volonté du cornichon divin qu'il vénère et craint comme je vénère la merde et crains l'air pur.

Le musulman modéré, c'est le loup blanc dont tout le monde parle et que l'on cherche en vain. On le dit pourtant nombreux !

Où vois-tu, lecteur raisonnable et gentillet, admirateur pleurard des perles humanistes enfilées par Nicolas Domenach — où vois-tu que les musulmans modérés protestent, dans quelles rues désertes de Paris, Rome ou Londres, dans quels libelles à fort tirage ? Quand une voix musulmane ose émettre un semblant de critique envers ses pairs moins modérés, elle l'assortit aussitôt d'une restriction annulant de facto sa critique : « Non, Merah, ce qu'il a fait, ce n'est pas bien, mais ça ne serait pas arrivé si les Juifs arrêtaient de massacrer le peuple palestinien. » Parce que, bien entendu, partout dans le monde, les musulmans en bavent à cause des Juifs qui ont des griffes aux doigts et le nez crochu, comme on nous l'a appris en maternelle. Et quand ils ne tuent pas des enfants, ils les mangent — vivants. Même que c'est vrai : un pote à moi l'a lu sur Twitter. Quand le disque judaïque se raye, on accuse la société « qui ne nous aime pas », « les Français qui sont racistes ». Il ne faut pas attendre d'un musulman qu'il fasse son autocritique : il est parfait, au poil.

Beaucoup de musulmans sont des hypocrites. Les interdits religieux quant à l'alimentation et aux mœurs sont régulièrement bafoués. On le conçoit et on les féliciterait volontiers, n'était que ce gamin qui traite sa « sœur » de pute pour son habillement et son comportement de française, n'est pas le dernier à se goinfrer de porc, à écluser des bières devant le zinc, à écumer les boîtes de nuit, à mater les putes blondes, quand un semblable et bref coup d’œil de la part d'un Céfran sur une Beurette équivaut à signer son arrêt de mort.

Naturellement, un terroriste ne sommeille pas en chaque musulman. Ce serait trop simple. Il est évident qu'une majorité de musulmans ne partage pas la folie djihadiste. Or, ceux-là se taisent. Et nous savons qu'ils se taisent pour éviter l'accusation de tiédeur, de blasphème ou d'apostasie. Impossible donc de savoir au juste combien de musulmans dits modérés se taisent par complicité silencieuse et combien par crainte. En quoi d'ailleurs le modéré prouve-t-il qu'il l'est ? Avant le massacre d'Utøya, le taciturne Breivik était un modéré, alors, puisqu'il se tenait coi. Le silence ne prouve en aucun cas la modération, et il est des silences lourds. Ne rien dire ne signifie pas ne rien penser. Je peux tout aussi bien me taire et attendre l'heure propice. En islam, cette attitude porte un nom : la taqîya...

Je suis catholique, admettons. Une frange extrémiste issue du catholicisme et s'en réclamant perpètre des meurtres en série au nom de Jésus, Marie, etc. Je m'insurge, non ? J'exige au moins des autorités ecclésiastiques qu'elles se prononcent et condamnent les assassins, les excommunient. Et si ce n'est pas le cas, si je sens le clergé un peu tiède, j'entre en dissidence ou je quitte l'Église. En chrétienté, heureusement, chacun dispose de son libre-arbitre. En islam, non. Ceci est dû à l'absence de hiérarchie cléricale digne de ce nom. N'importe quel imam autoproclamé peut, au nom du Coran, décréter une fatwa contre tel énergumène qui aurait vaguement critiqué le Prophète ou ri de sa poire (toute critique équivalant à un blasphème, et tout blasphème étant puni de mort dans un grand nombre de pays).

Voici moins d'un mois, le terroriste al-Baghdadi s'autoproclamait calife dans le nouvel État Islamique instauré dans le Nord de l'Irak et l'Est de la Syrie à la faveur du chaos offert à ces pays par les États-Unis et leur politique étrangère inconséquente. Dans la foulée, l'apprenti-calife, sans rire, réclamait que tous les musulmans lui fassent allégeance. Imaginez le curé de votre paroisse s'emparant, avec son armée d'enfants de chœur et de bigotes en furie, d'un lopin de terre municipal et y instaurant un État Catholique, exigeant que les catholiques du monde entier lui fassent allégeance : rires assurés de Rome à Byzance, immense poilade à tous les étages de l'Église ! Une ambulance serait vite affrétée, les enfants de chœur sermonnés et les bigotes envoyées à l'hospice. Quant à l'intrépide curé, il s'en tirerait avec une tape épiscopale et miséricordieuse sur l'épaule, agrémentée d'un : « Voyons, mon brave... ! » prononcé sur le ton de l'ironie douce-amère et de la sincère affliction.

La posture chrétienne consistant à prier et à ne faire que ça en présence d'un malheur touchant la communauté m'exaspère au plus haut point. Bel aveu d'impuissance ! Un chrétien reçoit une baffe ? Il ne la rend surtout pas, il pardonne, puis il prie. C'est ça, le message chrétien (tout entier issu de la cuisse païenne du stoïcisme philosophique, avec sa devise Sustine et abstine — « Supporte et abstiens-toi »). On te fout sur la tronche ? Prends la mandale et ne réplique pas ! Il y a là quelque chose de sublime, paraît-il. Comme idéal oui, sans doute. Mais que sommes-nous ? Hommes ou peaux à tanner ? Qui peut, en dehors de quelques saintes exceptions, tolérer qu'on porte la main sur lui sans même esquisser un geste naturel de défense ? Eh bien, pas moi. Je ne suis pas et ne veux pas être une sainte exception.

« Nous sommes la civilisation et eux sont les barbares. Ne nous mettons pas à leur niveau ! » Tel est en substance le message rabâché sous nos latitudes devant l'innommable. Autant avouer que cela ne nous concerne pas ! S'ils fustigent, égorgent, lapident et crucifient, devons-nous laisser faire, prier ensuite puis, horreur ! pardonner ? Chercher à comprendre, psychologiser ? Et puis quoi encore ? Une fessée et au lit sans dîner ?

Un pauvre chien endormi près de l'âtre est massacré par son maître sans la moindre raison. C'est de la barbarie. Le même maître contraint de tuer son chien devenu furieux et qui l'attaque ne peut être qualifié de barbare. Il se défend et défend son existence menacée. Ce n'est pas l'heure de chercher à comprendre, mais d'agir. Et en présence d'un chien furieux qui tente de vous happer à la gorge, on n'agit pas à coups de prières ni d'oraisons canines. On frappe, on déglingue ! Et si on retrouve suite à cela des morceaux de chien éparpillés un peu partout, c'est lui qui l'aura cherché, pas vous. Bien sûr, on n'aime pas ça, on n'a nulle envie d'en faire un métier, on préférerait comme tout un chacun s'adonner à des activités moins brutales, mais quand c'est la guerre, ce n'est plus le temps de pleurnicher ni d'éplucher qui sa Bible, qui son Manuel d'Épictète : il faut la faire, et la gagner si Dieu le veut.

Habib, un réfugié chaldéen d'Irak établit à Sarcelles se plaint dans le Figaro : « Nous sommes partis pour fuir les islamistes et nous les retrouvons ici », faisant allusion aux violentes manifestations pro-palestiniennes du week-end dernier. Nous les retrouvons ici... En France ! Ils ne sont pas arrivés ici à vélo pour participer au Tour et vivre-ensemble avec nous dans la joie et la bonne humeur. La plupart sont nés ici, chose déjà fort inquiétante. Ce ne sont pas les mêmes qu'à Mossoul, bien sûr... pas encore ! On commence par hurler contre les Juifs (dans le pays du plus-jamais-ça et de la repentance !), puis à brûler quelques-uns de leurs commerces après un pillage atavique, à tenter de s'en prendre à une synagogue. La République est débordée et les CRS bien moins fiers et forts que devant les poussettes et les fleurettes de La Manif Pour Tous ou du Printemps Français. Ça rassure, vraiment ! Et demain quand ils seront mille fois plus dans cent villes différentes, simultanément, la France aura cessé d'exister, du moins comme état de droit. Et alors, lâchés, les chiens ne se gêneront pas pour être ce qu'ils sont, sans muselière, sans laisse, sans maître. Et où serons-nous alors ? Dans nos églises en train de prier ? Pour finir façon barbecue géant, à la mode d'Oradour ?


20 juil. 2013

Le grand mot d'un tout petit homme

« Trappes : Valls juge les violences inacceptables »

Inacceptable : le grand mot du petit homme.

Un commissariat de police assiégé par deux cents excités du Coran ? Inacceptable ! On fait quoi ? On dit que c'est inacceptable. Mais encore ? On joue du bec et des claquettes, façon Cambadélis : « La cohésion française abîmée par le sarkozysme est achevée par la relégation urbaine. Il faut bien sûr en appeler à la République, mais s'interroger sur ce qu'elle a à offrir à ses enfants comme modèle d'intégration, donc d'égalité. » La France du PS égrène son chapelet républicain et s'interroge. Mais concrètement, quoi ?

Trois personnes veillant devant une mairie de province ? Inacceptable ! Et on envoie un fourgon pour mater les terroristes immobiles.

Port d'un T-shirt représentant une famille traditionnelle, donc moisie ? Inacceptable ! Ça ou lire Mein Kampf devant une classe de primaire, traitement identique : dans le fourgon, garde à vue, procès !

Ils ne comprendront jamais, parce qu'ils refusent la réalité, qu'une part importante de Français d'origine subsaharienne et musulmane refuse l'intégration, refuse la démocratie, conchie la France et toutes ses institutions. Une seule solution (redoutable) : on remballe tout ça, Français ou non, et direction le pays d'origine. Et ce, dès le premier pet de travers dans la djellaba ou le kami. En attendant, il existe une force qui s'appelle l'armée et à laquelle il suffirait de demander d'intervenir et de tirer à vue, histoire de refroidir ceux qui sont bel et bien en train de détruire la civilisation.

Mais voilà, tout cela est inacceptable en vérité. Alors on s'adonne en silence à des incantations hollandaises : ça va passer, suffit d'y croire et de le marteler dans le poste en présence des Pujadas émerveillés, leurs petits yeux rapprochés de fouine écarquillés. Le réveil sera brutal et douloureux.

31 mai 2013

In Europa venenum

Imaginez une bande internationale de siphonnés crapuleux qui décréteraient à brûle-pourpoint que l'amanite phalloïde est bonne désormais pour la santé (la vôtre surtout). Ils ne diraient pas ça par cynisme, dans l'espoir de vous empoisonner, mais par idéologie, persuadés qu'ils seraient du bien-fondé de leur science nouvelle, science évidemment nourrie à la louche par des experts graves et sentencieux. Qui peut mettre en cause la science des experts ? Pas vous, ni moi.

Un peu dubitatif, méfiant, vous commenceriez à grignoter de l'amanite, un petit bout ici, un petit bout là. Rien de bien dangereux ni de toxique, en dehors de quelques troubles un peu gênants toutefois, mais supportables à force d'optimisme et de propagande. Arrive le moment où votre santé montre des signes de faiblesse inquiétants. Vous adressez vos doléances au consortium de raclures : « C'est la faute à ce champignon vénéneux que vous nous faites manger ! » — « Ah mais pas du tout ! entonne le chœur unanime des saletés internationales. Pas du tout, mon brave ! Vous êtes malade parce que vous ne mangez pas assez de ce champignon magique et bienfaisant. » 

Vous n'êtes pas un mauvais bougre, ni un anarchiste : vous doublez la dose, matin, midi et soir. Et bientôt vous n'êtes plus en état de vous plaindre de quoi que ce soit en ce bas monde, mort que vous êtes et sous terre...

Maintenant, demandez-vous pourquoi, à la lueur de ce qui précède, le remède aux problèmes qui sont les nôtres à cause de l'Europe des malfaisants est, de leur point de vue : plus d'Europe, davantage d'Europe et moins de nations !

L'excellent remède que voilà...

4 juin 2012

Le grand dérèglement ontologique

Récemment, sur les ondes d'une radio que je ne nommerai pas, j'ai exprimé le malaise que provoque en moi la multiplication des actes de cannibalisme et autres dépeçages en règle. Je suis, c'est vrai, une petite nature pour ce qui est de la viande, surtout saignante, et l'imagination ne me laisse pas en repos, que je veuille ou non chasser les images épouvantables que trois lignes lues dans un canard suscitent en mon esprit. Je ne parle pas d'un malaise psychologique, s'il est présent toutefois. Le malaise que je ressens est profond, ontologique. 

Quand je pense à ces affaires, c'est malgré moi et sans complaisance aucune. Je m'interroge. En vain. 

Ce ne sont pas moins de quatre histoires de cannibalisme que les médias ont colportées la semaine dernière : une en France, trois en Amérique du Nord. L'histoire française semble fade comparée aux trois autres cas, tous plus abominables et effrayants les uns que les autres, à propos desquels je n'arrive d'ailleurs pas à plaisanter.

L'histoire française se déroule à Montauban, dans le Tarn-et-Garonne. Un SDF de 31 ans, clandestin du nom d'El Bouazati, condamné à diverses reprises pour des faits de violence — et toujours pas expulsé, bien entendu —, s'en prend, alcoolisé au dernier degré, à un homme de 42 ans dont le tort aura été de se trouver par hasard sur le chemin de l'énervé. Une rixe éclate. Coups de pieds et de poings. El Bouazati accule sa victime, l'enserre et lui dévore les deux tiers de l'oreille droite. Et La Dépêche de préciser : « On ne sait d'ailleurs où il a recraché les morceaux. Les enquêteurs et policiers n'ont rien retrouvé dans le périmètre de la rixe. » Autant dire qu'il ne les a pas recrachés, mais avalés !

Aux États-Unis, à Baltimore (Maryland), un étudiant de 21 ans, Alexander Kinyua, est interpellé suite à la découverte à son domicile, par son frère, de restes humains (une tête, deux mains). D'autres parties de corps furent ensuite retrouvées à proximité dans un container. La victime, démembrée au couteau, était un homme de 37 ans, Kujoe Bonfaso Agyei-Kodie, colocataire de Kinyua et porté disparu depuis quelques jours. Arrêté, Kinyua reconnaît les faits et avoue avoir mangé le cœur et une partie du cerveau de sa victime...

Le cannibalisme n'est pas avéré dans le cas de Luka « Rocco » Magnotta, le dépeceur de Montréal, mais il en a fait l'apologie sur Internet et dans des mails à des journalistes. Qu'il ait ou non consommé de la chair humaine n'apportera rien, n'ôtera rien à la parfaite horreur de son crime, dûment prémédité, annoncé, mis en scène, filmé et diffusé. 

Le plus fou des cas dans l'absolu est celui du « zombie de Miami ». Rudy Eugene, d'origine haïtienne, est surpris complètement nu le long d'une voie rapide en plein cœur de la ville, en train de dévorer le visage de l'homme qu'il venait d'agresser, un sans-abri du nom de Ronald Poppo. Des témoins tentent d'intervenir. Eugene relève la tête, des morceaux de chair dans la bouche, grognant. La police intervient et abat le... la chose, dirais-je. Ronald Poppo, toujours hospitalisé entre la vie et la mort, est désormais amputé de... 80% de son visage !

On pourrait ajouter à ces cas celui, glaçant, de Wayne Carter, cet homme de 43 ans du New Jersey, retranché dans son appartement et menaçant de se blesser à l'aide d'un couteau. Alertés par un témoin, deux policiers font irruption et somment Carter de lâcher son couteau. Sourd aux injonctions policières, Carter s'inflige des coups de couteau dans l'abdomen, le cou, les jambes. Il est en train de s'éviscérer. Aspergé de spray au poivre, il ne réagit pas... du moins pas dans le sens espéré : il se met à lancer vers les policiers des bouts de sa propre chair déchirée et de ses intestins ! 

Qu'un homme en tue un autre ou plusieurs, même de sang-froid, même spectaculairement à la manière Breivik, ce n'est pas rien, bien sûr, mais cela reste dans la norme humaine, si je puis m'exprimer ainsi. Un homme que l'on a des raisons de tuer — raisons politiques, passionnelles ou psychiques —, on le tue, autrement dit on l'élimine physiquement, on le raye du monde des vivants. En aucun cas on ne le dépèce, en aucun cas on ne le déguste. On voulait un cadavre, rien de plus. S'acharner sur un cadavre à la manière d'un boucher ivre de sang, c'est de la démence. Ce n'est plus la mort d'un homme qui excite alors, mais son sang. L'attrait du sang signe la bête, non l'homme. En plus, boire ce sang, manger cette chair, sans être motivé par la faim dans des circonstances extrêmes, comme celles des rescapés andins du Vol 571, qui s'adonnèrent à l'anthropophagie pour survivre... 

Qui peut croire qu'on puisse avoir envie de démembrer un être humain et d'en goûter la chair ? 

Un ami me souffle que, dans de pareils cas, le Diable n'est jamais loin. Le Diable me semble un invité un peu trop commode pour expliquer de telles horreurs, une telle accumulation d'horreurs en un temps si court. Puisque c'est le Diable, dormez tranquilles, bonnes gens ! On le connaît ! Il rassure en un sens, malgré ses méfaits sanguinaires, puisque son existence prouve celle de Dieu — comme le reflet dans un miroir prouve la personne qui se mire ! Merci bien pour la leçon de théologie et de réflexion, mais l'explication me semble à peine plus crédible que la très américaine suggestion d'une soudaine invasion de zombies ! Si je ne suis pas ce qu'on pourrait appeler un brainchovey, ou un mythomane en bon français — si je refuse les explications faisant la part trop belle au cinéma ou à la dramaturgie biblique, je ne crois pour autant pas au hasard. 

Des signes existent, multiples et récurrents, dans divers domaines, tendant à prouver l'existence sournoise encore d'un phénomène humain prenant chaque jour davantage de consistance et de force, que, faute de mieux, j'appellerai le grand dérèglement ontologique. D'où il vient, de quels tréfonds, je l'ignore, mais il pourrait avoir pris racine et corps dans une espèce de sublimation négative des tabous. À force de vouloir tout vaincre, de prétendre à tout surpasser, soi-même en premier, à être en tout le meilleur, le plus fort, le plus performant, le plus original, le plus célèbre, etc., on aboutit à nier tout ce qui faisait de nous des humains plus ou moins débonnaires, plus ou moins veules ou salauds, en tous cas limités, voire même cernés (par la honte, la pudeur, la crainte du jugement parfois divin, etc.). Le phénomène en soi n'est pas neuf. L'histoire regorge de criminels étranges et de fous — sauf qu'ici le phénomène semble collectif et touche le commun des mortels. On assiste à de permanentes surenchères et à des déchaînements de folies tous azimuts, parfois absurdes (des octogénaires qui se mettent au saut à l'élastique, au saut en parachute, à l'escalade ; des handicapés, tel cet amputé des quatre membres saisi d'une frénésie nautique et qui s'échine à vouloir faire le tour du monde à la nage et qui bien sûr y parviendra, à moins qu'un requin ne s'en mêle). À peine un homme en a-t-il occis dix autres sans raison, si ce n'est pour le frisson, qu'un plus ambitieux en épingle douze à son tableau de chasse, avant d'être sorti des statistiques par un plus conquérant, qui portera à vingt le macabre record, etc. Même l'art, naguère encore domaine des dieux, est contaminé par des performeurs de plus en plus loufoques et malades. Nous connaissions quelques allumés du chapeau, les Actionnistes viennois (Otto Muehl, Günter Brus, Hermann Nitsch), Pierre Molinier, le Peintre Nato, Michel Journiac, Carolee Schneemann, David Wojnarowicz, Orlan, Jean-Louis Costes et des dizaines d'autres, tous plus véhéments, malsains, fêlés, pourris les uns que les autres. J'apprenais récemment que le MOCA (Museum of Contemporary Art) de Los Angeles avait présenté l'exposition d'un performeur russe, Oleg Kulik, dont la spécialité éminemment contemporaine et puissamment artistique est de... vivre comme un chien ! Dès l'aéroport, le type marchait à quatre pattes. Jeffrey Deitch, le directeur du MOCA, l'a embarqué tel quel dans le coffre d'un véhicule loué pour l'occasion, parce que bien sûr la performance commençait avant la performance, laquelle consistait à vivre quinze jours durant comme un chien sous les regards du public.  

Entre l'octogénaire que l'envie prend soudain de sauter en parachute et le dépeceur montréalais, s'il existe une différence — et de taille ! —, ce n'est qu'une différence de degré et non de nature. Ça ne veut pas dire que la vieille est susceptible de s'adonner un jour prochain aux délices du cannibalisme. Ça veut dire qu'un truc... je ne sais quoi... une saleté cosmique... un monstrueux et multiforme cancer de l'âme est à l'œuvre en nous depuis pas mal de temps déjà, mais que là, soudain, les dernières défenses explosent de toutes parts, alors que nous avons atteint nos trop humaines limites, que nous avons tout remis en question et qu'à force de défis, de transgressions, nous sommes sortis de nos gonds.

6 mai 2012

Cette France qu'on assassine

Certains faits divers dégagent chez moi une charge émotive particulière. Ils me rendent infiniment triste. J'en pleurerais parfois, comme d'assister impuissant à l'effondrement d'une cathédrale.

Roger Brioult avait 90 ans et était invalide. Cet historien de l'automobile, spécialiste de la marque Citroën, avait publié plus d'un livre sur sa passion. Collectionneur, il possédait la dernière 2 CV commercialisée en France et assemblée dans les usines de Levallois-Perret. Il l'avait commandée dès 1974 et réceptionnée le 23 mars 1988. Il ne l'avait jamais conduite. D'ailleurs, il ne l'avait pas immatriculée. C'était le joyau de sa collection. Inutile de vous rappeler en quoi la Deuche est le symbole populaire par excellence d'une France que d'aucuns prétendent moisie. Et quoi de plus symbolique que le dernier exemplaire produit d'un symbole ?

Dans le courant du mois de mars, Jeanine, 95 ans, l'épouse de Roger Brioult, constatait le vol de la 2 CV et portait plainte. Aucun autre véhicule, tous de collection, n'avait été volé. La Deux-Pattes de Roger Brioult était estimée à 110.000 €. Invendable, évidemment. Le véhicule n'a bien sûr pas été volé pour commettre un larcin. Quelle piste alors ? Celle d'un collectionneur jaloux qui aurait voulu cette voiture pour lui tout seul ? Ce n'est pas tellement le genre dans ce milieu. 

Le 24 mars, une semaine après le vol de sa voiture fétiche, Roger Brioult, très affecté, mourait. Vous me direz qu'il se passe dans le monde des événements plus dramatiques que la mort d'un nonagénaire suite au vol d'une de ses voitures, fût-elle de collection. Bien sûr. Je ne suis pas en train de comparer la mort de ce monsieur avec celles des victimes d'Hiroshima. Restons dans le symbole. Avec la 4L de chez Renault dans une moindre mesure, la Deuche a symbolisé des décennies durant une France rurale, jeune et joyeuse. Des paysans l'ont malmenée sur des chemins noueux (elle avait été conçue pour ça). Des jeunes par dizaines de milliers l'ont acquise comme premier véhicule (son faible coût, son allure sympa). Des babas cool en mal de fleurs et de paix l'ont décorée façon champêtre. Tous, nous en avons vu par centaines sur les routes, de tous les âges, de toutes les couleurs et dans tous les états. Si nous ne l'avons pas conduite, au moins avons-nous été tous une fois passager dans ce véhicule à la suspension clownesque. Qui, aujourd'hui, apercevant une 2 CV, ne sourit pas spontanément, comme à l'apparition de notre grand-mère avec un panier de confitures et une brassée de fleurs fraîchement coupées ? Qui la 2 CV n'émeut-elle jamais pour ce qu'elle représente : la France de notre jeunesse, rurale, insouciante et astucieuse ?

Ce faits divers, lorsque je l'ai découvert, m'avait ému... pour le monsieur dont le vol de sa voiture avait hâté le trépas, pour son épouse, pour le symbole enfin. Hier, je tombe sur la nouvelle qu'on a retrouvé la fameuse 2 CV ce jeudi 3 mai à La Roussière, dans l’Eure... calcinée... 

Pourquoi ont-ils fait ça ? C'est quoi le but ? Quel est le gain ?

Vous ne voyez pas ? Moi, je vois très bien. 

Qui vole un œuf vole un bœuf. Qui détruit aujourd'hui l'un des symboles sympathiques et populaires de la France détruira demain, pour la même absence apparente de raison, Reims, Chartres, Vézelay, Versailles — et détruira tout en France qui rappellera la France chère à nos cœurs, et le fera sans sourciller, avec une joie mauvaise, par crapulerie pure, barbarie, par haine. 

Roger et Jeanine Brioult avec la Deuche


Articles de presse relatifs à cette affaire :



NOTE — Je lis ce matin dans Le Parisien (*) que des voleurs ont dérobé au domicile du compositeur Charles Dumont des souvenirs personnels qu'il conservait d’Édith Piaf... Édith Piaf... Vous en faut-il encore, du symbole de cette France en allée et que sans cesse ils dépècent ?

14 avr. 2012

Ethnocide à bâbord !

On ne mesure pas toujours les désagréments, prévisibles pourtant, de certains bienfaits sociaux. Quand je dis « désagréments », c'est un euphémisme. On ne mesure donc jamais, disais-je, la nocivité parfaite de nos belles inventions sociales. 

La contraception par exemple. Merveilleux, non ? La contraception a libéré nos femmes d'une terrible servitude : la fidélité. C'est un indéniable progrès, une avancée démocratique. C'est vrai que nous avons parfois, nous les hommes, avalé cette pilule de travers, mais la contraception de nos compagnes nous a délivrés d'une lucidité obligatoire et parfaitement odieuse : devoir sortir précipitamment du bain alors que nous venons à peine de nous y plonger et que l'eau est bien chaude est un abominable crève-cœur. Je sais très bien, inutile de m'en parler, que certains vieux madrés et expérimentés orpailleurs parvenaient mieux que d'autres à demeurer au chaud plus longtemps, si bien que l'eau du bain avait tiédi quand la lave en eux montait irrésistiblement et qu'en même temps l'avenir projetait, dans leur esprit recouvré, l'indicible horreur de la paternité. Ceux-là ne bougonnaient donc pas trop au moment de quitter le chaud fourneau afin de cracher plus loin, dans la sciure : ils en avaient eu pour leur argent. 

L'avortement est une autre avancée majeure de l'humanité occidentale. Pensez un peu : pouvoir, sans craindre les foudres de la justice — Dieu, on s'en fout —, tuer un enfant ! Et le faire en étant, qui plus est, remboursé des inévitables et menus frais de l'opération (téléphone, déplacement, place de parking, etc.). Quel plaisir ! Et dire que, des siècles durant, des femmes qui s'étaient adonnées à ce rare délice étaient rudement châtiées ! Nos ancêtres les Gaulois avaient une conception cruelle des libertés individuelles et des droits imprescriptibles de la personne humaine, vraiment... 

Nous étions des losers, nous sommes devenus des winners, tout cela grâce au militantisme de quelques politiciens aux idées larges et à la compétence de la médecine moderne, son infinie bonté. Remords ? Nada ! Culpabilité ? Zéro ! Chagrin ? Schnol ! Du bonheur et seulement du bonheur.

Sauf que...

Tout a un prix, et nous sommes en train de le payer. Je ne parle pas d'argent, une intervention même énergique du FMI n'empêchera pas le désastre. Il nous fallait jouir maintenant et sans entrave, si bien que nous ne nous sommes pas préoccupés des conséquences hautement prévisibles de notre lubricité. Nos poules ne pondant plus assez d’œufs, la main-d’œuvre vint à manquer. Nous dûmes importer des enfants exotiques, que nous n'avons ni choisis, ni élevés, ni éduqués. S'ils n'étaient que turbulents et un peu plus basanés que nous ne le sommes nous-mêmes, ce ne serait rien. Nous avons fait venir des enfants d'une culture un rien plus rigide que la nôtre ou moins engagée que nous dans le rayonnant avenir. Cette culture ne permet ni la contraception, ni l'avortement. Elle encourage qui pis est la reproduction, le nombre faisant la force (amère vérité que nous dégustons chaque jour un peu plus). Pour notre malheur, les poules de cette race-là sont fécondes à souhait et n'ont rien à faire dans la vie en dehors de s'arrondir neuf mois par an. Les nôtres ont le sein qui déborde outrageusement, mais le ventre triste. Quand elles enflent, c'est pour avoir trop bouffé, mal et n'importe quoi. Les petits blancs dans les maternités commencent donc à s'y faire rares. 

C'est ainsi que, fatalement, en à peine trente années — allez, quarante, soyons larges —, nous sommes en déclin démographique, tandis que nos petites pousses d'importation croissent et se multiplient dans un joyeux désordre et avec la bénédiction fourbi et gourbi de nos autorités autant civiles que religieuses. Majoritaires, nous le sommes encore. Jusques à quand ? Moi qui suis vieux déjà sans être encore très vieux, je ne suis pas assuré de mourir entre nous, entre vieilles gens du pays. Il est même à peu près sûr que ceux-là qui auront la tâche de creuser ma tombe et d'y enfouir mon cercueil porteront des prénoms qui ne seront pas Charles, ni Louis, ni Henri, mais Momo, Moussa, Ibrahim, Salif. Vous me direz que dans l'état où je serai, ça ne me fera ni chaud, ni froid. N'empêche que ça me fait rudement chier. Là, aujourd'hui.

Je lis l'effroi dans vos yeux. Je vous ai coupé l'appétit et filé la pétoche. Vous me dites : « Il faut faire quelque chose ! » J'aimerais pouvoir vous rassurer, vous répondre, clin d’œil complice à l'appui : « On s'en occupe ! » Ce serait mentir. Cassandre a crié en vain, il est aphone désormais, malade, dégoûté. Ce n'est par contre pas mentir ni fantasmer que d'affirmer que tout cela découle non d'une naïveté, d'une implacable et sordide sottise de nos devanciers, mais d'un projet — froidement conçu, patiemment élaboré, rigoureusement suivi — de société universelle uniforme.